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nement en main, de quelque nature que soit ce gouvernement, sont les pères des peuples, et quand il s'agit des ornements de l'âme et de sa nourriture, ils sont obligés d'y pourvoir, et de penser que ce sont tout autant d'enfants qui leur appartiennent, et dont la Providence les a chargés à cet égard. Là-dessus ils disent : Qui sont ceux qui me demandent le moins pour s'acquitter de ces fonctions, c'est à eux que je les abandonne? Mais ils s'en acquitteront mal. Ce sont leurs affaires. Mais les enfants n'apprendront presque rien, et à divers égards sortiront de ces écoles plus gâtés qu'ils n'y étaient entrés. Tant pis pour eux.

Si l'on pouvait en donnant des titres inspirer une capacité qui y répondit, on pourrait se permettre de choisir à l'aventure; mais on est bien loin de là. Aussi voiton qu'après huit années consumées dans le collège, on en sort sans autre fruit que de parler plus mal latin que les plus vils esclaves ne le parlaient à Rome.

On dirait qu'une fatalité empêche presque toujours l'esprit humain d'arriver au simple qu'après s'être épuisé dans le composé par des essais de toute sorte. Dans le temps du renouvellement des sciences, on composa des grammaires pour apprendre les langues mortes et le latin en particulier; on les chargea de beaucoup trop. Les disciples des premiers maîtres enseignaient ponctuellement ce qu'ils avaient appris, et leurs écoliers, devenus maîtres à leur tour, en firent de même; de sorte que le temps autorisa ce qu'il aurait dû servir à corriger. On a blâmé pendant un siècle la méthode établie de faire apprendre de mémoire en langue latine, la grammaire destinée à apprendre le latin à ceux qui ne le savaient point encore, sans avoir le courage de changer cet établissement. Les voies abrégées ont trouvé encore plus de peine à s'insinuer. Il ne paraissait pas juste qu'un seul homme se donnat assez d'autorité, pour régler à son gré tout ce que les régents d'un collège auraient à faire. On a trouvé plus à propos de faire là-dessus des consultations; mais malheureusement les consultants, soit par politesse, soit par politique, en accordant chacun quelque point aux vues des autres, ont consenti à des volumes, là où des brochures auraient suffi. D'autres motifs encore s'en sont mêlés. Il n'est pas sans exemple que l'ouvrage d'un grammairien habile, revu par des personnes éclairées , ait été désapprouvé par quelques-uns de ces soupçons terminés en isme, dont son auteur était chargé.

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ll importe que le nombre des régents ne soit pas petit. Un régent réussit mieux sur un moindre nombre d'écoliers que sur un plus grand. Le changement a des appas pour la jeunesse, elle use de diligence pour ne demeurer pas longtemps dans la même classe, et dès qu'un jeune écolier a appris dans une demi-année ce qu'il doit apprendre dans une classe, s'il y reste davantage, il risque de donner dans la dissipation et de tomber dans l'inaction......

J'ai connu plusieurs personnes très éclairées, et remplies d'un grand zèle pour l'intérêt public, déplorer le temps qu'on fait passer à la jeunesse presque uniquement à l'étude de la langue latine. Si une coutume se trouve affermie à proportion du temps qu'elle a duré, c'est en vain qu'on se promettrait du changement dans celle-ci. Il y a plus de deux siècles qu'il fallait savoir lire en latin et l'entendre un peu, pour être reçu prêtre. Il était rare qu’on demandât beaucoup au-delà. Les notaires et les commissaires n'écrivaient qu'en latin. Les écoles étaient principalement destinées à mettre ces deux ordres en état de gagner leur vie. Elles sont restées sur le même pied; et tout ce qu'on y fait de plus qu'autrefois c'est de bannir les barbarismes et les mots vulgaires latinisés, sans avoir jamais été latins. On s'est borné, et dans le renouvellement des sciences on s'est trouvé d'autant moins éloigné de faire de cette étude à peu près le capital de l'érudition, que les langues vulgaires, étant alors dans une extrême grossièreté (car partout les lan

gues se sont cultivées en même temps que les esprits) on ne pouvait pas expliquer les sciences dans une langue qui, jusque-là, n'avait point été faite pour cet usage.

Il n'était pas nécessaire à ceux à qui on ne demandait rien autre chose, d'avoir tant soit peu même de génie audessus du commun, pour remplir les fonctions dont on les chargeait. Des milliers d'artisans romains auraient suffi pour briller dans les collèges, sur le pied qu'ils sont aujourd'hui. Quand un jeune homme, mal conseillé, s'est obstiné à vouloir devenir homme de lettres, et qu'à l'âge de vingt-cinq ans il ne se trouve pas en état de prononcer par semaine un très médiocre sermon à quelques douzaines de laboureurs, on en fait par pitié un régent, à qui l'on confie la fleur de la jeunesse, l'espérance de l'Eglise et la ressource de l'Etat.....

Il y a déjà quelques années que j'avais écrit ce que l'on vient de lire; depuis j'ai eu diverses occasions de réfléchir sur le tort qu’on a, dans les bas collèges, de faire de la connaissance du latin et du grec le capital de l'éducation, et de ne se proposer presque d'autre but pendant plusieurs années. Avant qu'une raison bien cultivée soit parvenue à éprouver les fruits qu'on peut tirer de ces connaissances, on n'y trouve que peine et que désagréments; la crainte des châtiments et les aiguillons de la vanité et de l'envie sont les seuls ressorts capables d'attacher la jeunesse à des études si sèches. On hait les maitres sous le dur empire desquels on gémit, on s'applaudit toutes les fois qu'on peut impunément leur causer quelques chagrins, ce sont des dédommagements dont on se félicite. On se forme par là dès l'enfance à supporter impatiemment toute supériorité, et à s'élever contre les meilleurs conseils, avec quelque douceur et quelques précautions qu'ils soient proposés. On ne peut souffrir ceux dont on est surpassé, et on s'aigrit contre ceux-là même qu'on laisse derrière soi, parce qu'il en coûte des efforts pénibles. On se rend, par toutes ces circonstances, les dispositions à l'impolitesse et aux grossièretés si naturelles, on s'y affermit à un tel point, que les années et l'usage du monde viennent rarement à les changer. Ceux qui ne savent pas remonter à la source de ces défauts ne peuvent assez s'en étonner, et dès qu'ils n'en ont pas été les témoins, les récits qu'on leur en fait leur paraissent incroyables.

Quant à Potterat, tout ce que nous savons de lui, nous le devons à M. Ch. Wulliémoz, Instituteur au Collège cantonal, à Lausanne. Il a eu la chance de découvrir sous les combles de l'ancien collège d'Yverdon, un vieux manuscrit contenant « la fondation, les premiers pas, les plus anciens règlements et les discours officiels, pendant un siècle au moins » du collège en question. M. Wulliémoz a remis le parchemin au Département de l'Instruction publique, mais non sans en avoir publié de fort intéressants extraits, dans une brochure intitulée Variétés Pédagogiques. (Un collège vaudois au XVIIe siècle.)

Le collège d'Yverdon n'allait apparemment pas trop bien; l'enseignement y était embryonnaire, les « régents » peu consciencieux. Je ne puis mieux faire que laisser la parole à M. Wulliémoz :

La classe inférieure était une simple école préparatoire où l'on retenait tous les élèves qui ne voulaient pas faire d'études complètes, et l'on n'y apprenait que l'orthographe, la lecture, la musique, les quatre règles et le catéchisme de Heidelberg.

Plus haut commençait le latin qu'on poursuivait jusqu'à César, Comenius, Ovide, Cicéron et les dialogues de Mathurin Cordier.

On avait des thèmes de Victoire, des compositions et des provocations ou discussions latines. La grammaire de Port-Royal était employée dans les classes supérieu

res où l'on commençait aussi tout doucement le grec avec quatre ou cinq chapitres du Nouveau-Testament.

Les leçons, d'une heure et demie, commençaient le matin, à midi et le soir.

Le patois, langue nationale alors, était sévèrement proscrit et procurait le bonnet d'âne (vendre l'âne) au délinquant. Quant aux vacances, elles étaient juste de moitié celles d'aujourd'hui : 8 jours à Pâques, 15 aux moissons, 15 aux vendanges, 2 à Noël et au jour d'an autant et rien plus.

Dés 1670 on n'admit que la verge comme punition physique pour éviter plaintes et dégoût. (*)

Voici maintenant comment on reprenait les instituteurs paresseux, incapables ou débauchés :

« Règlement de l'année 1713. » Messieurs les Commis qui ont la charge d'examiner le Collége et la conduite des Régens en 1713 ont fait les réflexions suivantes :

» EXAMEN DE LA CONDUITE DES RÉGENS » En général le relâchement des dits Régens en leur devoir, ce qui ruine entièrement le Collège de ce lieu.

» Premièrement, en ce, quelques-uns, de leur propre authorité, ils absentent l’école pour s'attacher à d'autres faits particuliers et substituent en leur place de leurs écoliers ou d'autres personnes sans l'aveu de Messieurs du Conseil, ce qui demande une réformation.

» 1. En particulier sur le Principal et premier régent : on peut dire qu'il a assez de lumières pour enseigner; il serait à souhaiter qu'il s'appliquât mieux à exercer le jugement de ses écoliers, plutôt que la mémoire et que selon son devoir, il examinat la conduite des autres Régens et leurs écoliers pour raporter les défauts à qui de droit.

» 2. Pour ce qui regarde le second Régent étant pré

(*) On avait au moins la franchise de l'admettre! Voir la note à la p. 22.

A. H.

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