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hommes avant la chute, à la chute et à ses conséquences. Dans la troisième partie, il est parlé de la rédemption et du rédempteur divin. Les avantages et les conditions de l'alliance de grâce sont exposés dans la quatrième partie. La cinquième et dernière partie présente les diverses économies de l'alliance de grâce, ses signes extérieurs, les Sacrements et l'Eglise, les dernières destinées de l'homme, savoir la mort, la résurrection, le jugement dernier, le bonheur ou le malheur éternel.

Tel est le plan général de la Théologie de Chavannes. La doctrine nous a paru solide et conforme à l'orthodoxie des Eglises réformées. Nulle part cependant il n'est fait mention de la Confession de foi helvétique.

Les chapitres sur l'élection, sur la vocation, sur la foi, sur la régénération, sur la sanctification et sur la justification, sont, il nous semble, irréprochables sous le rapport de l'orthodoxie ; les articles de la foi ne sont pas exprimés, il est vrai, dans les termes sévères, et quelquefois trop exclusifs, qui plaisent aux théologiens de nos jours, mais la vérité a aussi sa liberté, et ce n'est pas dans les liens des formules qu'elle déploie sa plus puissante efficacité.

Les applications pratiques sont constamment jointes à l'exposition du dogme : celui-ci reçoit de la vie, et si l'on osait le dire, une nouvelle évidence, par son appropriation aux besoins de l'âme et aux devoirs religieux.

Tel qu'il est, ce livre, malgré son âge, est un monument de science et de talent. S'il n'a pas l'originalité d'invention qui frappe dans les autres ouvrages de l'auteur, c'est qu'il ne pouvait l'avoir. Destiné à l'enseignement élémentaire de la théologie, il devait présenter la science dans son état actuel, et se préserver des innovations, des hardiesses, des témérités que l'on pardonne et même que l'on aime quelquefois dans les ouvrages destinés aux savants. Tout vieux qu'il est, le manuel de Chavannes serait encore consulté avec fruit parles jeunes théologiens, ne fût-ce que comme un répertoire systématique de textes de l'Ecriture Sainte.

Ce sont là les travaux de Chavannes. Et remarquonsle bien : ces travaux ne sont point les corvées d'un manœuvre ou d'une machine sans intelligence : partout l'intelligence règne, lumineuse, ferme, féconde, étendue, élevée, souvent originale et créatrice. Chavannes a l'esprit classificateur de Bacon, sans avoir' peut-être au même degré la vue lointaine et le coup-d'œil pénétrant. Le nerf du style, le pittoresque de l'expression lui manquent aussi. Il nous parait supérieur à Locke; plus vrai, plus savant, et d'une conception plus puissante et plus étendue.

Chavannes vivait dans la solitude; il s'était retiré de bonne heure de la société, quoiqu'il eût beaucoup de moyens d'y réussir. Il tenait de la nature une galté originale, de la vivacité et du plaisant dans l'esprit. Il savait placer à propos dans la conversation les choses instructives dont sa mémoire était ornée. Mais bientôt il fut absorbé par l'intérêt que lui inspirèrent ses études favorites. Ses parents et ses amis avaient de la peine à obtenir de lui de temps en temps le sacrifice de quelques heures. Cependant il travaillait avec une grande facilité. Son esprit enrichi par des études profondes et variées et assoupli par une discipline sévère, obéissait à sa volonté et fournissait avec fécondité les matériaux à mettre en œuvre. Chavannes s'attachait peu à la parure littéraire du style ; mais l'ordre, la clarté et la force qui ressortent du fond des choses, il les recherchait et les trouvait. Au brillant, il préférait le solide et le vrai, et sa phrase n'était jamais un ensemble de mots sans idées. La composition de ses sermons lui coûtait si peu, que pour l'ordinaire il avait préparé le lundi matin celui qu'il devait prêcher le dimanche suivant. Il fallait bien cependant que ses sermons eussent un mérite réel, et même le mérite qui doit distinguer la prédication chrétienne : ils étaient goûtés également par les hommes instruits, qui savaient y trouver toujours des choses neuves ou originales, et par les personnes peu cultivées dont ils excitaient la réflexion.

Le professeur Chavannes eut ainsi une existence douce, parce qu'elle fut remplie de travaux selon son cœur et selon ses devoirs. Ce bonheur peut devenir un écueil; la vie scientifique éteint souvent la vie religieuse. Il n'en a pas été ainsi du professeur Chavannes; il enseignait la théologie avec conscience et avec foi; ses travaux scientifiques étaient devenus comme des œuvres chrétiennes. Il termina sa longue carrière le 2 mai 1800. Ses derniers moments furent parfaitement calmes; il savait en qui il avait cru.

On trouvera sans doute la notice biographique qui précède trop longue et surchargée de trop de détails théoriques. Notre justification sera facile: ceux de nos lecteurs qui s'intéressent à l'Académie de Lausanne, l'accepteront sans hésiter; elle ne sera pas repoussée non plus par les Vaudois jaloux de l'honneur de la patrie. Le professeur Chavannes a vécu dans l'obscurité, tout entier fidèle à ses devoirs obscurs; il est mort dans l'obscurité; ses ouvrages sont oubliés ou négligés dans la poussière des bibliothèques. Ne fallait-il pas jeter enfin quelque lumière autour de sa tombe? Heureux serionsnous, si les pages que nous lui avons consacrées appelaient sur sa mémoire le respect de nos lecteurs, et plaçaient son nom parmi les noms vaudois aimés, vénérés, que quelque gloire environne, et dont le souvenir ne s'effacera pas encore.

Après avoir fait ressortir ainsi tout le mérite de Chavannes, qui, on le voit, est à beaucoup d'égards le précurseur des Auguste Comte et des Herbert Spencer, ainsi que des anthropologistes modernes et de tous ceux qui s'efforcent aujourd'hui de mettre l'éducation intellectuelle sur un pied rationnel et scientifique, — il serait injuste de ne pas dire quelques mots de deux hommes, contemporains et également distingués, qui furent à leur tour les précurseurs de Chavannes, pour

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ce qui concerne la réforme de l'enseignement classique, réclamée actuellement dans tous les pays civilisés par un nombre toujours croissant de voix toujours plus autorisées.

Je ne veux nullement faire l'histoire des idées sur l'enseignement secondaire; je tiens seulement à montrer que les idées des « réformateurs modernes » ne sont pas aussi modernes qu'on veut bien le dire, que depuis le commencement du XVIIIe siècle la Suisse n'a pas manqué d'hommes courageux qui les ont proclamées, et que, parmi les premiers et les plus dévoués champions de ces idées, se trouvent deux Vaudois, l'un Lausannois, l'autre d'Yverdon, — tous les deux théologiens; je veux parler de Jean-pierre De Grousaz, professeur de philosophie à l'Académie de Lausanne, et mathématicien distingué, et de Christophe-louis Potterat, Recteur du Collège d'Yverdon.

Voici ce que dit M. Gindroz au sujet de de Crousaz:

Ramener la philosophie au véritable but de toute science, le développement des facultés humaines; l'approprier aux besoins de l'intelligence, la faire en un mot rentrer dans la vie en la faisant sortir des écoles, comme autrefois Socrate l'avait fait descendre du ciel, c'est-àdire des nuages de la sophistique, telle fut la tâche que s'imposa de Crousaz.

C'est dès le début de son enseignement qu'il rompt ainsi avec l'empire des traditions : l'époque de la publication de sa logique et quelques passages de la préface l'indiquent clairement. On ne saurait douter toutefois que les voyages, les études dans l'étranger et les relations avec des hommes distingués, tous ces faits qui séparent les deux époques de son professorat, n'aient exercé une influence marquée sur ses vues scientifiques. Mais il n'est pas nécessaire de recourir à ces circonstances pour expliquer la position de réformateur qu'il sut prendre dans l'Académie. Un développement libre et spontané avait caractérisé les études de sa jeunesse. Les mathématiques lui révélèrent la clarté et la rigueur que doivent revêtir les méthodes scientifiques; quelques écrits de philosophie cartésienne ouvrirent devant son intelligence de nouvelles perspectives, et ces premiers élans d'un esprit actif, avide, accessible aux inspirations de la vérité, sont soutenus, dirigés et confirmés par les leçons de plusieurs des grands maîtres de l'époque.

De Crousaz apporte donc à la chaire de philosophie un esprit affranchi de l'esclavage de l'école et indépendant dans la sphère de la science. •

De Crousaz a publié de nombreux ouvrages, que j'ai parcourus avec beaucoup d'intérêt, malgré leur prolixité. J'extrais de quelques-uns d'entre eux les passages qui peuvent le mieux caractériser sa manière de voir sur l'enseignement secondaire.

Réflexions sur l'utilité des mathématiques.
(Amsterdam, 1715.)

Je finirai l'exposition de ma méthode en ajoutant que je voudrais faire commencer l'étude des mathématiques dès le premier âge. Si l'on s'y prend bien on trouvera que les enfants en sont capables à dix ans et plus tôt. Voici les fruits qu'on en tirera:

Premièrement, ils se rendront ces principes parfaitement familiers, et l'habitude qu'ils se seront faite d'y penser de bonne heure, jointe à leur certitude, les égalera presque aux notions communes. Or on sait, ou l'on doit savoir, que les principes sont d'autant plus féconds qu'ils sont plus familiers, et que l'on s'est habitué depuis plus longtemps à en faire usage : alors ils s'offrent d'eux-mêmes dans le besoin, on les applique sans peine à tous les cas, et non seulement on les voit, mais avec

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