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Brantôme, qui, sans être son contemporain, avait connu plusieurs de ses compagnons d'armes, nous a laissé de lui un portrait pris sur le vif; il nous le fera connaître en quelques lignes aussi bien et mieux peut-être que ne pourrait le faire une longue étude. Après avoir constaté que Bayart n'exerça jamais de grandes charges et eut peu de part aux largesses royales, il ajoute : « Aucuns ont dict qu'il n'avoit esté jamais ambitieux de telles charges et que de son naturel il aimoit mieux estre capitaine et soldat d'adventure et aller à toutes hurtes et adventures de la guerre ou il lui plairoit et s'enfoncer aux dangers, que d'estre contrainct par une si grande charge et gêné en sa liberté à ne combatre et mener les mains quand il vouloit..... Bien avoit-il cet heur qu'oncques général d'armée de son temps ne fit voyages, entreprinses ou conquestes qu'il ne fallust toujours avoir M' de Bayard avec lui, car sans lui la partie estoit manquée, et tousjours ses advis et conseils en guerre estoient suivis plus tost que les autres ; par ainsy l'honneur lui estoit très-grand, voire plus, si on le veut quasi bien prendre, pour ne commander pas une armée, mais pour commander au général, c'est à dire que le général se gouvernoit totalement par son advis... A ceux qui l'ont veu j'ay ouy dire que c'estoit l'homme du monde qui disoit et rencontroit le mieux, toujours joyeux à la guerre, causoit avec ses compaignons de si bonne grâce qu'ils en oublioient toute fatigue, tout mal et tout danger. Il estoit de moyenne taille, mais très belle et fort droicte et fort dispote, bon homme de cheval, bon homme de pied. Que luy restoit-il ? Il estoit un peu bizarre et haut à la main quand il falloit et alloit du sien. >>

Brantôme effleure à peine le portrait physique de Bayart, mais Symphorien Champier, son historien et son allié, nous le représente ainsi : « Bayardus statura erat excelsa, colore cardido, corpore macileto, oculis nigris vegetisque..... Blandus, hilaris, non elatus sed modestus“. » La plupart des portraits de Bayart sont apocryphes; trois seulement paraissent contemporains de leur modèle et présentent un caractère suffisant d'authenticité ; ce sont : 1° le buste en marbre qui orne son cénotaphe dans l'église de Saint-André à Grenoble, euvre d’un rare mérite due au ciseau d'un sculpteur habile de l'école française ; 2° un dessin au crayon acquis il y a peu d'années à Paris par M. H. Gariel, bibliothécaire de Grenoble, et placé aujourd'hui dans la galerie de portraits dauphinois créée par ses soins dans le musée de cette ville ; 3° une peinture sur bois d'une exécution médiocre, mais paraissant ancienne, conservée au château d'Uriage, aujourd'hui propriété de M. le comte de Saint-Ferréol, jadis possédé par la famille Alleman, étroitement alliée à celle de Terrail. Dans tous ces portraits, Bayart a le visage doux, imberbe et allongé; ses cheveux, coupés carrément sur le front, retombent de chaque côté jusqu'au-dessous des oreilles ; il porte au cou le collier de l'ordre de Saint-Michel. Le portrait du château d'Uriage est signé des initiales J. D. M.

1. Brantôme. Edition de la Soc. de l'hist. de France. Vol. II,

p. 382.

La vie de Bayart a été écrite par trois de ses contemporains dont l'un était son serviteur, l'autre son allié; le troisième, conseiller au parlement de Grenoble, l'avait intimement connu. Ces trois ouvrages, qui se complètent et se contrôlent mutuellement, sont également dignes de créance. Parlons d'abord des deux derniers. Celui de Symphorien Champier, que l'on a cru jusqu'ici le premier en date, est intitulé : Les gestes, ensemble la vie du preulx chevalier Bayard, avec sa généalogie, comparaisons aulo anciens preuls chevaliers, etc. 4. Champier avait épousé Marguerite Terrail de Bernin, cousine de Bayart, et cette alliance lui avait permis de voir de près à plusieurs reprises le bon chevalier et de le recevoir même à sa table, comme il ne manque pas d'en tirer vanité. Mais il n'était pas homme de guerre; il était médecin érudit et écrivain disert, c'est dire que son histoire pèche par la pauvreté des renseignements en ce qui concerne les exploits militaires de Bayart; aussi, pour allonger son mince volume, n'a-t-il pas manqué, en exagérant encore les défauts de son époque, d'y joindre des comparaisons avec les héros de l'antiquité et les preux du moyen âge, la biographie des compagnons d'armes de son héros, des pièces de vers latins et français, autant de horsd'ouvre inutiles, qui ne nous apprennent rien de nouveau. Là même où il raconte les hauts faits de Bayart, on sent qu'il parle seulement par oui-dire et sa phrase emphatique et de mauvais goût est très-éloignée de la simplicité du vrai style historique.

1. S. Champier. Compendiosa illustrissimi Bayardi vita, fol. 2. Cet opuscule de quatre feuillets se trouve en général joint à l'ouvrage de Champier : les Gestes de Bayard, dont nous parlerons ci-après, et sur le titre on voit Bayart représenté à cheval.

Aymar du Rivail (ou plutôt Aymar Rival), conseiller au parlement de Grenoble, a introduit dans son histoire des Allobroges un résumé très-exact et très-circonstancié de la vie de Bayart?. L'auteur, né vers 1490, mort en 1557, avait habité l'Italie pendant plusieurs années, précisément au moment où Bayart y acquit le plus de gloire; sans doute il l'y avait connu et avait été admis dans son intimité en qualité de compatriote, car nous le voyons, après son retour en Dauphiné, lorsqu'il eut été nommé conseiller au parlement de Grenoble (1er septembre 1521), paraître comme témoin dans l'acte de l'acquisition faite par Bayart des terres de Grignon et de Saint-Maximiné et dans le contrat de mariage de sa fille naturelle 2. Bien placé par ses relations et sa haute position dans la magistrature pour connaître l'histoire de son temps, il doit faire autorité en ce qui concerne les faits contemporains, de plusieurs desquels il avait été témoin oculaire. C'est ainsi qu'il nous donne sur le séjour de Bayart en Dauphiné (1521-1523); sur la destruction qu'il y fit d'une troupe de bandits qui, sous les ordres d'un chef nommé Mocton, désolait la province; sur ses relations avec le connétable de Bourbon et sur la disgrâce qui en fut la conséquence, des détails très-circonstanciés, évidemment véridiques, et que l'on chercherait vainement ailleurs. Aussi avons-nous souvent cité cet ouvrage qui s'arrête à l'année 1535.

1. A Lyon, par Gilbert de Villiers. 1525, pet. in-4°, 88 ff. Cet ouvrage a eu plusieurs éditions au xvi' siècle.

2. Son ouvrage intitulé : Aymari Rivallii, Delphinatis, De Allobrogibus, libri novem, conservé en manuscrit à la Biblioth. nation., a été imprimé seulement en 1844 par les soins de M. A. de Terrebasse (Vienne, in-8°).

L'histoire de Bayart par le Loyal serviteur, que nous rééditons aujourd'hui”, est une lecture des plus attrayantes; elle joint tout l'intérêt d'un roman de cape et d'épée à l'exactitude de l'histoire : il se dégage de ces pages pleines à la fois de finesse et de naïveté, comme des meilleures ceuvres littéraires du xvro siècle, un charme exquis; on croit y sentir palpiter lecour lui-même du bon chevalier. Lestyle est simple, le récit attachant; on n'y sent nulle part la recherche ni le travail, et l'historien a atteint sans peine, et pour ainsi dire en se jouant, le comble de l'art qui consiste à nous faire vivre dans l'intimité de son héros, à nous le faire connaître et aimer, plutôt qu'à suivre avec une précision académique le rigoureux enchaînement des faits. On ne trouve dans ce livre ni parallèles ambitieux, ni remplissage inutile, et l'auteur ne s'assujettit même pas à tout raconter. On a depuis tenté bien des fois d'écrire la vie de Bayart, mais les modernes sont toujours restés bien au-dessous du vieux chroniqueur qu'ils prétendaient remplacer?,

1. 1521, 31 octobre.

2. 1525, 24 août. Bayart avait eu cette fille nommée Jeanne, d'une Italienne de noble race, Barbe de Tresca : on ignore quelles circonstances l'empêchèrent d'épouser cette femme. Il la fit élever en Dauphiné, la dota, et ce furent les frères du bon chevalier qui la marièrent après la mort de son père.

3. L'édition originale est d'une extrême rareté; elle contient 102 ff. in-40, est intitulée : La très-joyeuse, plaisante et récréative histoire composée par le Loyal Serviteur, des faiz, gestes, triumphes et prouesses du bon chevalier sans paour et sans reprouche le gentil seigneur de Bayart, dont humaines louenges sont espandues par toute la chrestienté : de plusieurs autres bons, vaillans et vertueux capitaines qui ont esté de son temps. Ensemble les guerres, ba les, rencontres et assaulx qui de son vivant sont survenues tant en France, Espaigne que Ytalie, et porte à la dernière page la mention suivante : Nouvellement imprimé à Paris par Nicolas Couteau pour Galliot du Pré, marchant libraire juré de l'Université dudit lieu. Et fut achevé d'imprimer le XVIIIe jour de septembre l'an mil cinq cens vingt et sept. Brunet signale l'existence d'un splendide exemplaire sur vélin de cette édition, exemplaire décoré de peintures, parmi lesquelles devait se trouver probablement le portrait de Bayart. Ce précieux volume était en 1820 dans la bibliothèque d'un amateur allemand.

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1. Le mérite de l'histoire de Bayart avait été reconnu dès le XVIe siècle : voici ce qu'en dit Brantôme : « Qui en voudra plus scavoir lise son roman qui est un aussi beau livre qu'on scauroit voir et que la noblesse et jeunesse devroient autant lire... Qui en voudra voir la preuve lise le vieux roman, mais tout roman qu'il est ne parle point mal et en aussi bons mots et termes qu'il est possible. Il y en a deux, ajoute-t-il en faisant allusion au livre de Champier dont nous avons parlé plus haut, mais le plus grand est le plus beau. » (Vol. II, p. 385-386.)

2. On peut voir dans le tome IX (p. 285-287) du Catalogue des imprimés de la Bibliothèque nationale, et dans la Biographie du Dauphiné, par A. Rochas (Paris, 1856. T. II, p. 448), la liste des ouvrages consacrés à la vie de Bayart.

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