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cela même, non-seulement rendu impossible l'émancipation de ses futurs confédérés, mais assuré le succès des tentatives des Habsbourg pour faire passer les autres Waldstàtten sous leur domination. Au lieu d'une confédération d'Etats libres, la Suisse allemande serait devenue pour les Habsbourg un duché ou un royaume, et la Suisse romande, pour les comtes de Savoie, ces Habsbourg welches, un appendice de leur principauté.

Mais, grâce à l'une de ces heureuses conjonctures qui ont joué, dans les destinées des Waldstàtten, un rôle si marqué, l'aliénation consentie par Frédéric II ne dura pas longtemps car son fils, Henri (VII), roi des Romains, racheta, en 1231, du comte Rodolphe les hommes établis dans la vallée d'Uri (tomines in valle Uraniceconstitutos), et il prit l'engagement de les maintenir à perpétuité sous la domination immédiate de l'Empire sans jamais les en détacher par inféodation ou par hypothèque (per concessionem seu per oWigationem),8. Ils échappaient ainsi une seconde fois au péril de devenir les sujets d'un prince, et ils rentraient, pour n'en plus sortir, dans la condition où Frédéric I I semblait d'abord les avoir placés, c'est-à-dire sous la mouvance directe de l'Empire. C'est de ce diplôme du roi Henri (VII), sur lequel nous aurons à revenir, que date, à proprement parler, l'origine de leur indépendance politique. Avant d'étudier les développements de celle-ci, nous devons jeter un coup d'œil rapide sur l'état intérieur des deux autres Waldstàtten, pendant cette première période de leur histoire.

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LA VALLÉE DE SCHWYZ

Le nom de Schwyz apparaît pour la première fois dans un document de 970, où il est question d'une propriété du couvent de Pfeffers située in Sunites, et cédée, contre échange, au couvent d'Einsiedeln, qui possédait déjcà au même lieu quelques terres dont lui avait fait don le comte de Toggenbourg. Un diplôme de l'empereur Othon II (972), qui énumère et garantit les diverses possessions d'Einsiedeln, mentionne Schwyz (Suuites) comme étant situé dans le duché d'Allémanie et dans le comté de Zurich (Zuriehgmme),9. Ce comté, qui n'avait pas encore une existence entièrement distincte, lorsque Louis le Germanique fit donation d'Uri à l'abbaye de S'-Félix et S"-Régula, fut, peu après cette époque, définitivement détaché du comté de la Thur, dont il formait la portion occidentale, et il comprit dès lors les vallées d'Uri et de Schwyz et une partie du pays d'Unterwalden. H eut à sa tête, comme comtes du Zurichgau, les mêmes seigneurs qui furent avoués du couvent des religieuses de Zurich, c'est-à-dire ceux de Nellenbourg et de Lenzbourg, et, plus tard, les comtes de Habsbourg20.

Le pays de Schwyz, ne jouissant alors d'aucune immunité, devait être soumis au droit commun, et cette vallée, où ne se trouvaient qu'en petit nombre des propriétés nobles ou monastiques, relevait, par conséquent, de la juridiction immédiate du comte du Zurichgau. Ce fonctionnaire avait le droit d'exiger des hommes de condition libre certaines prestations personnelles et certains impôts (vogtei), et c'était devant son propre tribunal ou devant celui de ses délégués qu'ils devaient eux-mêmes comparaître en justice. Toutefois, cette subordination n'excluait pas pour les hommes libres de Schwyz une sorte d'indépendance collective, dont les preuves se trouvent dans les rapports qu'ils entretenaient avec le couvent de Notre-Dame des Ermites. De tout temps, il régna entre eux et ce monastère voisin un esprit de rivalité et de lutte, d'où l'on peut conclure qu'à Schwyz existait une population qui, pour tenir tête à une maison religieuse aussi puissante qu'Einsiedeln, devait se sentir elle-même libre et maltresse de ses faits et gestes.

Le monastère de bénédictins, fondé dans la solitude, où saint Meinrad avait, en 831, bâti son ermitage, jouissait, en effet, d'immunités et de priviléges proportionnés à sa renommée. Il s'était vu l'objet des faveurs et de la prédilection des chefs de l'Empire; il avait comme avoués et protecteurs d'importants seigneurs du voisinage; il pouvait lui-même, dans cette société féodale si morcelée, passer pour une puissance. En s'attaquant à lui, le petit peuple de Schwyz se faisait presque son égaL Cette égalité même ne semble pas contestée par les arrêts impériaux qui, tout en donnant tort aux pâtres contre les moines, ne refusent cependant pas de reconnaître aux premiers, dans les débats où ils se trouvent engagés, une position indépendante.

A la suite de longs conflits pour la possession de ces pâturages alpestres, qui forment l'objet essentiel des convoitises et des querelles de voisinage dans les hautes et sauvages régions du centre de la Suisse, était intervenue une sentence suprême. L'empereur Henri JV, assisté du duc d'Allémanie ou de Souabe, et d'autres seigneurs formant sa cour, avait en 1114 prononcé à Bâle, d'après les règles que fixait < la loi des Allémans > (sient docet lex Allemannorum), un jugement solennel sur les prétentions rivales des religieux d'Einsiedeln, d'une part, et des comtes de Lenzbourg et des citoyens de la vallée de Schwyz (cives de vaïïe Suites), de l'autre. On a, il est vrai, élevé quelques doutes contre l'authenticité de ce jugement, rendu en faveur des moines; mais l'état d'hostilité dont il suppose l'existence n'en demeure pas moins certain, car trente ans plus tard (1144) une décision royale prise < en conformité de la loi allémanique (lege etjudieio Suevonm quiet Allemanni dicuntur) par le roi Conrad EQ, à l'occasion des querelles entre le couvent et ses adversaires, donne raison aux religieux contre les comtes de Lenzbourg et les gens de Schwyz. Ces derniers sont appelés, dans le texte du décret, < ceux qui habitent et possèdent le village de Schwyz > (qui in vida Suites habitant et ejusdem vUlcepossessores). Dans l'acte authentique, comme dans celui qui est douteux, chacun des deux princes s'autorise, pour justifier son verdict, du droit inhérent à l'autorité impériale de disposer, selon son gré, de toutes les terres en friche, des forêts non exploitées et des territoires déserts **.

De quelque côté que, dans cette lutte, fût la bonne cause, et quels que fussent, des religieux ou des laïques, les vrais coupables du délit d'empiétement, ce n'est pas là qu'est pour nous l'intérêt du débat. Cet intérêt résulte, soit du rôle indépendant que jouent les <citoyens> ou les <possesseurs! de Schwyz, soit de la position qu'ils occupent à côté des comtes de Lenzbourg, comme parties au procès. C'est, en effet, à titre d'associés (competitores), et non de subordonnés de ces puissants seigneurs, qu'ils sont mentionnés dans les actes impériaux; ils ont, les uns et les autres, indûment cherché à arrondir leurs propriétés aux dépens de celles du couvent, et c'est cette faute commune qui les rapproche et leur vaut une égale censure. Les hommes de Schwyz semblent donc être sur le pied d'une certaine égalité, soit avec le couvent impérial d'Einsiedeln, soit avec les principaux seigneurs laïques du voisinage.

Cette situation était pour eux un motif de ne point se soumettre à un arrangement territorial qui, dans leur opinion, lésait des droits de propriété que leur avaient légués leurs ancêtres. Les documents historiques nous font, il est vrai, défaut pendant près de quatre-vingts ans; mais le premier acte écrit qui, dans l'ordre successif des dates, nous reparle des Schwyzois, les montre encore aux prises avec leurs voisins d'Einsiedeln. Ce perpétuel antagonisme dénote chez les gens de Schwyz (comme chez ceux d'Un), une persistance frappante dans le sentiment de leurs droits, et, de plus, une disposition marquée à les fane prévaloir par l'emploi de la force. Les lieux qui étaient le théâtre, comme l'objet, de ces luttes violentes répondaient bien, par leur âpre nature et leur caractère sauvage, à la rudesse et à l'obstination des Schwyzois. On se battait, pour des forêts et des alpages, dans la montueuse région où prennent leur source l'Alpbach et la Sihl, et qui s'étend derrière les Mythen entre Schwyz et Einsiedeln. Souvent les seigneurs de Rapperschwyl, avoués du couvent, usèrent contre les libres paysans de représailles sanglantes. Enfin, après une guerre de trois années, où il y eut, des deux parts, beaucoup de pertes subies et de méfaits commis, les adversaires s'entendirent pour remettre l'arbitrage de leurs différends au comte de Habsbourg, Rodolphe le Vieux, celui-là même

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