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sœurs qui veulent se revoir encore. Répondeź à ma confiance en traitant ma chère Philomèle comme votre propre fille; ayez pour elle la tendresse d'un père : je vous en conjure par notre alliance, par notre union, renvoyez-lá moi au plutôt. Hélas ! quelque prompt que soit son retour, il ne le sera jamais assez au gré de mes desirs. Et vous, ma fille, quand vous aurez demeuré quelques jours avec votre sœur, ne manquez pas de vous rendre aux embrassemens d'un père qui vous chérit : c'est bien assez pour moi d'être privé de votre sœur.

En parlant ainsi, Pandion pressoit Philomèle dans ses bras, et baignoit son visage de ses pleurs. Pour gage de la promesse qu'ils lui font, il demande leurs mains à l'un et à l'autre, et les joint ensemble dans la sienne; il les prie de saluer et d'embrasser tendrement pour lui sa fille et son petit-fils; enfin il put à peine prononcer le dernier adieu d'une voix entrecoupée de soupirs; et sa tristesse lui parut d'un sinistre présage.

Lorsque Philomèle fut dans le vaisseau, et qué le vaisseau fut éloigné du rivage : J'ai vaincu ! s'écria le barbare; j'emporte avec moi l'objet de mes vœux! A peine peut-il se

résoudre à différer l'instant de son bonheur. Semblable à l'oiseau de Jupiter, qui dévore de ses regards le timide lièvre qu'il a enlevé et porté dans son aire, Térée tient sans cesse ses yeux attachés sur sa proie.

Les vaisseaux étoient arrivés au port: Térée conduit la fille de Pandion dans une vieille forteresse cachée au fond d'une forêt antique et sauvage. Là il l'enferme ; et tandis que, déja la pâleur sur le front, elle demandoit, d'une voix tremblante, où étoit Procné, seul avec elle, il lui déclare sa passion et son dessein. Il l'exécute, ce dessein détestable ; il immole sa victime, malgré les vains efforts qu'elle fait pour échapper, malgré le nom de son père, le nom de sa sœur et celui des dieux qu'elle implore.

Philomèle tremble et frémit encore après son malheur, ainsi que la timide brebis qui, ayant été blessée par un loup, s'épouvante lors même qu'elle s'est dérobée à la voracité du cruel animal, ou telle que la foible colombe qui, voyant ses plumes teintes de son sang, redoute encore les serres du vautour qui l'a laissé échapper.

Philomèle, revenue à elle-même, meurtrit

son sein, elle arrache ses cheveux, elle s'écrie en levant les mains au ciel: Barbare! quel crime exécrable as - tu commis! Quoi! ni les larmes de mon père, ni ses prières, ni l'intérêt de ma sœur, ni les droits sacrés de l'hymen, ni l'innocence d'une fille timide confiée à tes soins, rien n'a pu t'arrêter ni t'émouvoir! Cruel! tu as violé tout ce qu'il y a de plus sacré sur la terre. Malheureuse que je suis me voilà donc la rivale de l'infortunée Procné! Et toi, homme détestable, tu t'es rendu le mari des deux sœurs. Hélas! je n'avois pas mérité un traitement si atroce. Arrache-moi donc la vie; ne t'épargne pas ce dernier forfait. Et plût aux dieux que tu m'eusses donné la mort avant ton infame attentat! j'aurois porté ma vertu dans le tombeau. Si cependant il est des dieux qui voient les actions des hommes, si le ciel est juste, si tout n'a pas péri avec moi, je serai vengée. Moimême, mettant bas toute honte, je publierai par-tout ta brutale fureur; ou, si tu me tiens enfermée au milieu de cette forêt, je ferai retentir les arbres et les rochers de mes plaintes et de mes gémissemens du moins le ciel protecteur de l'innocence, et les dieux, s'il en

est quelqu'un qui l'habite, m'entendront et me vengeront.

La fureur et la crainte agitént le tyran, et l'engagent à prévenir l'effet de ces menaces. Il la saisit par les cheveux, lui enchaîne les mains derrière le dos, et tire son épée, Philo mèle, à cette vue, se flattoit déja de l'espérance d'une mort prochaine, et présentoit sa gorge au coup meurtrier. Le monstre presse sa langue entre les branches d'une tenaille, cette langue indignée qui s'efforçoit de parler et de prononcer le nom de son père, et la coupe du tranchant de son épée. La racine de la langue se meut encore dans la bouche de Philomèle; l'autre partie murmure et fré mit sur la terre ensanglantée, et cherche à rejoindre celle dont elle est séparée, comme la queue d'un serpent saute et palpite longtemps, quoique retranchée du trone, et fait ses efforts pour s'y réunir. Après cet indigne traitement, il ose, il ose encore (s'il est permis de le croire) profaner par ses horribles embrassemens ce corps qu'il vient de mutiler.

Il ne balance pas même de retourner ensuite auprès de Procné; il lui annonce la mort de

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