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sans choisir les lieux les plus favorables au passage. Déja il étoit arrivé à la rive opposée, lorsque les cris de son épouse l'avertirent que Nessus cherchoit à lui faire violence. Perfide! s'écria-t-il, mes flèches t'atteindront, malgré la légéreté de tes pieds en laquelle ta te confies.

Il dit, le trait vole et perce le Centaure dans sa fuite. A peine le fer fut retiré de la blessure , que le sang coula en abondance, mêlé avec le poison de l'hydre de Lerne, dont la flèche étoit teinte. Nessus le reçoit. Je ne mourrai pas du moins sans vengeance, dit-il en lui-même. Près d'expirer, il donne à Déjanire une tunique trempée dans ce sang envenimé, comme un moyen de réveiller l'amour de son époux.

F A B L E I V.

Déjanire envoie à Hercule la tunique fatale, sans savoir qu'elle fût empoisonnée.

LONG-TEMPS après, lorsque les exploits du grand Hercule étoient fameux par tout l'univers, et que Junon même sembloit lasse de le persécuter , il revenoit d'Echalie , et faisoit un sacrifice à Jupiter, au promontoire Cénée. La Renommée apprit à Déjanire que ce héros étoit enflammé d'amour pour Iole. Déjanire alarmée s'abandonna d'abord aux plaintes et répandit des pleurs; mais bientôt après : Que fais-je ? dit - elle : ma rivale jouira de mes larmes. Mais puisqu'elle approche , prenons quelque résolution ; trouvons quelque moyen de l'empêcher de prendre ma place. Dois-je éclater en reproches ? Dois-je dissimuler ? Retournerai-je à Calydon ? Resterai-je en ces lieux ? Faut-il ainsi céder la victoire à l'étran. gère sans m'opposer à son bonheur, et lui abandonner ce palais ? Ne devrois-je point plutôt, Méléagre, prouyer par quelque grand

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exploit que je suis ta seur, et montrer, eri égorgeant mon ennemie, ce que peut une femme outragée?

Son esprit flotte long-temps dans une cruelle irrésolution. Elle prend enfin le parti d'ena voyer à Hercule la tunique que lui avoit laissée le Centaure. Sans savoir que ce funeste présent renferme son malheur, elle le confie à Lichas, et lui recommande de le porter à son époux. Le héros prend cette fatale tunique, et charge ses épaules du venin de l'hydre de Lerne.

FABLE V.

Douleurs et fureurs d'Hercule.

HERCULE versoit le vin sur les autels, et adressoit à Jupiter ses prières parmi des flots d'encens : le venin s'échauffa par degrés et pénétra dans tous ses membres. Armé de sa vertu et de sa force ordinaire, il étoufla ses gémissemens aussi long-temps qu'il lui futs possible de résister à la douleur : nais lorsque sa constance fut vaincue par l'excès du mal,

il

repousse l'autel, et remplit de ses cris les bois du mont (Eta. Il fait ses efforts pour dépouiller ce voile fatal : tantôt il ne peut l'enlever ; tantôt en l'arrachant il arrache sa peau, et découvre ses membres misérablement déchirés. On entend bouillonner son sang avec le venin enflammé; le feu rapide pénètre avidement dans son sein; une sueur noire et brûlante découle de tout son corps; une flamme bruyante dévore ses nerfs, et le venin ardent ya fondre jusqu'à la moelle de ses os. Alors, élevant ses mains vers le ciel, il dit:

Cruelle Junon', jouis à présent du barbare plaisir de me voir dévoré par le plus horrible poison; repais-toi de mon supplice : ta vengeance doit être enfin satisfaite. Ah! plutôt, si mes maux sont tels qu'ils excitent la

compassion de mes ennemis, implacable déesse , ta haine a-t-elle assez éclaté contre moi, et ne veux-tu pas m'arracher, au moins par pitié, le reste déplorable d'une vie malheureuse, qui n'étoit destinée qu'aux travaux et qu'aux souffrances ? La mort, qui sera ma consolation dans l'état où je suis, est un présent bien digne d'une marâtre. Suis-je donc cet Hercule

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qui ai vengé les dieux en leur immolant le barbare Busiris, qui souilloit leurs temples du sang de ses hôtes? Suis-je cet Hercule vainqueur du fier Antée, malgré les secours qu'il recevoit de la Terre sa mère ? Est-ce moi que le monstrueux Géryon avec ses trois corps, ni Cerbère avec ses trois têtes, n'ont pu effrayer? N'est-ce pas ce même bras qui a domté autrefois le plus épouvantable taureau ? L'Élide atteste encore ma valeur. Le lac Stymphale , la biche aux pieds d’airain dans la forêt de Parthénie, et le dragon qui, malgré sa vigilance, n'a pu garantir les pommes d’or confiées à sa garde, ne sont-ils point autant de preuves de mon courage? C'est par mon audace intrépide que j'ai enlevé le baudrier d'une fière Amazone. Les Centaures vaincus , le sanglier d'Érymanthe terrassé, ont illustré mes exploits. L'hydre de Lerne est tombée sous coups, quoiqu'elle tirât de nouvelles forces des blessures mêmes que je lui faisois. N'estce pas encore moi qui, voyant les écuries du cruel Diomède remplies des membres sanglans des malheureux qu'il égorgeoit pour en nourrir ses féroces jumens, ai délivré son

mes

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