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FABLE V I.

Lalone se plaint à son fils et à sa fille de

l'insolence de Niobé. Apollon et Diane tuent les enfans de cette reine orgueil, leuse,

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LATONE indignée parla "ainsi à ses deux enfans sur le mont Cynthus : J'étois, jà juste titre, enorgueillie d’être votre mère , et je ne voyois dans tout l'Olympe que Junon au-dlessus de moi; mais en ce jour, j'ai lieu de douter si je suis encore au rang des déesses. Je me vois chassée de ces temples où j'ai été honorée depuis tant de siecles : oui , tous mes auțels sont renversés si vous ne venez promptement à mon secours. La fille de Tantale, en imitant l'impiété de son père, eut l'insolence de vous insulter et de vous préférer ses enfans; elle a même eu l'audace de me mettre au rang de celles qui ne sont pas mères : puisse-t-elle mériter ce reproche!

A ces paroles Latone alloit ajouter des

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prières. C'est assez, dit Apollon; vos plaintes retarderoient notre vengeance. Diane dit la même chose; et tous deux, enveloppés d'une nue, fendent les airs et s'arrêtent sur une tour du palais de Cadmus.

Hors de la ville de Thèbes étoit une plaine immense où l'on'avoit coutume de s'exercer aux courses de chevaux : c'étoit à cet exercice que s'amusoient alors une partie des enfans de Niobé, montés sur de superbes coursiers dont les mors étoient d'or, et les housses de la plus belle écarlate.

Isménos, l'aîné de tous, faisoit tourner dans un cercle un coursier écumánt', dont sa main modéroit l'ardeur. Tout-à-coup il gémit, se sentant percé d'une flèche au milieu de la poitrine; ses doigts mourans ne retiennent plus la bride, et il expire en tombant.

Sipylus, averti par le bruit du carquois qu'il entend sans le voir , fuyoit et pressoit son cheval. Tel qu’un pilote prévoyant l'orage prêt à tomber sur son vaisseau plie toutes les voiles et cherche à se garantir de la furie des vents déchaînés , tel ce jeune princé, à l'aspect du danger qui le

qui le menace, tâche de l'éviter en précipitant sa course, mais une

flèche rapide le perce entre la tête et l'épaule. Comme son front étoit penché, la force du coup le précipite sur la crinière du cheval et lui fait mesurer la terre, qu'il rougit de son sang.

Phédime, et Tantale, malheureux héritier du nom de son aïeul, avoient fini ce premier exercice, et avoient passé à celui de la lutte. Déja l’huile étoit répandue sur leurs membres luisans, déja ils se tenoient étroitement serrés l'un à l'autre, lorsqu'une flèche bruyante les perça tous deux du même

coup.

Tous deux gémirent, tous deux tombèrent', vaincus par la douleur;

Tous deux, en même temps couchés sur la poussière, Fermèrent à la fois les yeux à la lumière ;

Tous deux ensemble rendirent le dernier soupir.

Alphénor accouroit pour les soutenir; mais un fer meurtrier l'empêche de s'acquitter de ee devoir.

Damasichihon, blessé au jarret, vouloit retirer le trait qui l'avoit atteint ; un autre lui perce la gorge, et sort repoussé par le

sang qui s'élance à gros bouillons de sa blessure.

Grands dieux, je vous implore tous, s'écria Ilionée en étendant inutilement les bras, et ignorant que ce n'étoient pas tous les dieux qu'il falloit iinplorer; grands dieux, épargnez. moi. Sa prière toucha le fils de Latone; mais la flèche étoit déja lancée.

F A B L E VI I.

Niobé furieuse contre les dieux. Ses filles

sont tuées à coups de flèches comme leurs frères. Elle-même, immobile de douleur, est changée en statue de pierre.

Niob é apprit bientôt ce malheur par la renommée, par la donleur du peuple, par les larmes de toute la ville. Déja Amphion, dans son désespoir, avoit terminé le cours d'une vie importune. Elle entre en fureur, elle s'indigne du pouvoir et de l'action des dieux.

Hélas ! qu'elle étoit différente de cette Nio, bé * qui avoit fait sortir le peuple du temple

* Heu ! quantùm bæc Niobe Niobe distabal ab illa! etc. Ce vers ressemble à ces mots de Virgile: Hei mihi, qualis erat! quantùm mutatus ab illo Hectore! etc.

(Æneid. lib. II, V. 274.)

de Latoné , de cette reine superbe qui marchoit avec tant de fierté parmi les Thébains, dont elle s'attiroit la haine ! Maintenant elle pourroit exciter la compassion de ses ennemis eux-mêmes. viii,

Elle s'approche de ses enfans, les embrasse; et, levant les yeux au ciel, elle dit : Repaistoi de mes douleurs, cruelle Latone * ; goûte le barbare plaisir de me voir accablée par

le chagrin et le désespoir : ton lâche cæur doit être enfin rassasie de mes amertumes. Je succombe sous le poids de mon infortune, et tu peux t'applaudir de ta victoire. Mais je me trompe; ton triomphe n'est pas encore complet : dans le malheur le plus affreux qu'une mère puisse éprouver, il me reste encore plus d'enfans qu'à toi, qui te montres sí fière de ton

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C'est Niobé qui parle ainsi dans ce sixième livre des Métamorphoses. Hercule, dans le neuvième, dit aussi à Junon :

Cladibus, exclamat, Saturnia , pascere nostris;
Pascere, et hanc peştem specif, cruclelis, ab alto,
Corque ferum satia.

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