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ses deux enfans ! Non, non : il faut que nos larmes se confondent et coulent pour le même sujet. Mânes de mes frères, chères ombres qui venez de descendre dans l'empire ténébreux, voyez quelle est la victime qui doit être immolée dans vos funérailles. Malheureuse ! où m'emporte une aveugle fureur! Princes infortunés, pardonnez à une mère qui n'ose se venger; mes mains tremblantes se refusent au crime qu'elles étoient près de commettre. Mon fils, il est vrai, mérite la mort; mais est-ce à sa mère à faire cet horrible sacrifice ? Quoi! son crime ne sera donc point venge! Fier de son impunité autant que de son triomphe, il régnera sur les Calydoniens, pendant que mes frères , tombés sous ses coups, ne seront plus qu'un peu de cendre et de vains fantômes! Non; cette image me fait frémir. Que mon fils périsse, et qu'il emporte dans le tombeau toutes les espérances de l'héritage de son père! que le sceptre qu'il en attendoit , que ses états qu'il devoit gouverner, soient ensevelis avec lui!... Mais dis-je ? Sont-ce là les veux d'une mère ? Dois-je rompre les liens sacrés qui unissent un fils à l'auteur de ses jours ? Est - ce donc la la

que récompense des maux que j'ai soufferts en le portant neuf mois dans mon sein? Que je serois heureuse s'il eût perdu la vie au moment que les

parques mirent dans le feu le tison fatal ! plus heureuse encore si je ne l'en eusse pas retiré ! C'est par mon secours que tu as vécu; meurs par ton crime *: cueille le fruit de ta barbare action; rends-moi le jour que je t'ai donné deux fois, et en te mettant au monde, et en éteignant le tison près de se consumer; ou donne-moi la mort et me joins à mes frères. Hélas ! je veux le punir, et je ne puis. A quoi me résoudrai-je ? Je vois les blessures et la mort sanglante de mes frères; mais je vois aussi , mais je sens que je suis mère , et la nature me parle en faveur d'un fils. Malheureuse que je suis ! vous l'emportez, mes frères : je serai coupable de vous venger ; mais je Vous yengerại. Qui, je le veux, pourvu que je pe survive ni vous ni au fils que je vous sacrifie. Elle dit, et, détournant les yeux,

elle jette

* L'antithèse est la 'figure favorite d'Ovide. Il la met dans la bouche des personnages,, même lors qu'ils sont agités de passions violentes. Rien de moins naturel.

au milieu du feu ce tison de mort. Il gémit, ou du moins il parut pousser un gémissement, et les flammes le consumèrent à regret*.

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Méléagre meurt. Ses sæurs, sont changées

en oiseaur.

MÉLÉAGRE, absent et ignorant l'action de sa mère, se sent'embrasé du même feu qui brûle le tison ; il sent ses entrailles dévorées d'une flamme inýisible: mais son courage lui fait surmonter ses horribles douleurs. It se plaint cependant de mourir sans gloire et loin des armes; il envie le bonheur d’Ancée; il appelle en mourant son vieux .père, ses frères, ses tendres sæurs, sa chère épouse, et peut-être même sa mère. Sa douleur augmente avec le feu violent qui brûle le tison; elle diminue à mesạre que la flamme perd de son ardeur : sa **. * La nature en frémit, et ce rivage affreux S'abreuvoit à regret de leur sang malheureux.

( Henriade, ch. VIII.)

vie s'éteint avec le bois , et se dissipe avec les cendres.

Toute la grande ville de Calydon est en deuil; tout pleuré, les jeunes gens, les vieillards, le peuple, les grands; les dames éto. liennes frappent leur sein et arrachent leurs cheveux. L'infortuné vieillard Enée, couché sur la terre , gémit sur la mort de son fils; et, couvert de cendre et de poussière, il déteste ses jours prolongés jusqu'à ce fatal moment. Pour Althée", sa main qui avoit commis le crime l’ayoit punie én lui ploiigeant'un poignard dans le sein.

Quand j'aurois reçu de la nature cent langues, avec l'art et les talens de toutes les muses * , je ne pourrois bien décrire la douleur et les regrets des malheureuses sæurs du

* Non, mihi si cenlum Deus ora sonantia linguis,
Ingeniumque capax, totumque Helicona, dedisset,
Tristia persequerer miserarum vota sororum.

Ces vers d'Ovide ressemblent beaucoup à ceux de Virgile (Æneid. lib. vi, v. 625):

Non, inibi si linguæe centum sint oraque centum,
Ferrea vox omnes scelerum comprendere forinas,
Qwnia počuarum percurrere nomina possim.

prince étolien : couvertes de deuil, elles se meurtrissent la poitrine ; elles prennent le corps de leur frère entre leurs bras, le réchauffent, l'embrassent , arrosent de pleurs le lit de parade sur lequel on l'avoit mis ; et après que le feu l'a consumé, elles recueillent ses cendres, et, les tenant sur leur sein, elles cherchent encore à les ranimer. Couchées sur son tombeau, elles baisent la pierre sur laquelle son nom est gravé; elles sont en proie à la plus grande douleur, jusqu'à ce qu'enfin Diane, assez yengée d'Enée, par, les malheurs de sa maison, changea toutes şes filles en oiseaux, excepté Gorgé et Déjanire.

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Thését, après avoir, assisté à cette chasse célèbre, retournoit à Athènes sa patrie. L'Achéloiis, débordé par des pluies abondantes, arrêta ses pas. Entrez, lui dit le dieu du fleuve, entrez dans ma demeure, illustre fils d'Égée,

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