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corte tous les navires de commerce prêts à faire route et d'effectuer son retour en France avec les vaisseaux et les frégates qui composaient son escadre à son départ de Toulon. L'exécution immédiate de ces instructions pouvait avoir le résultat le plus fâcheux ; le parti américain avait fait des pertes très-grandes depuis que l'escadre française avait quitté les côtes d'Amérique. La lutte n'était plus égale entre les parties belligérantes, car les Américains n'avaient pas de marine. La ville de Savannah et toute la Géorgie étaient au pouvoir des Anglais; la Carolime courait des dangers imminents, Le vice-amiral d'Estaing ne voulut pas retourner en Europe avant d'avoir rendu un dernier service aux Américains et, malgré les ordres formels qu'il avait reçus, cédant aux vives sollicitations du consul de France à Charlestown et à celles du gouvernenr de la Caroline, il appareilla du Cap Français, le 16 août, et se porta sur les côtes de Géorgie avec 20 vaisseaux. Le 31, il mouilla devant la rivière de Savannah pour appuyer les opérations du général américain qui voulait faire le siége de cette ville. Le lieutenant général de Breugnon, gravement malade au moment du départ, avait été remplacé par le chef d'escadre de Barras Saint-Laurent ; quelques autres changements avaient été la conséquence de cette mutation. L'armée navale, sur laquelle 3,000 hommes de troupes des garnisons de la Martinique et de Saint-Domingue avaient été embarqués, était composée comme il suit :

Canons. Languedoc. . . . . . . . . capitaine Boulainvilliers. 80 comte d'Estaing, vice-amiral. Tonnant. . . . . , . . . .. capitaine de Pontevès-Gien. comte de Barras Saint-Laurent, chef d'esc. César. . . . . . . .. . . capitaine de Castellet, aîné. comte de Broves, chef d'escadre. Annibal. . . . . . . . . . capitaine de Lamotte-Piquet, chef d'esc. Robuste. . . . . . . . . . comte de Grasse, chef d'escadre. 74 Fendant. . . . . . • • • • marquis de Vaudreuil, chef d'esc. Diadème. . . . . . • • • commandeur de Dampierre.

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comte de Bruyères. Guerrier. . . . . . . . . . de Bougainville. Hector. . . . . . . , . . . chev. de Moriès-Castellet,ch.d'esc.

70 Dauphin-Royal. . . . . . - Mithon de Genouilly.
Sphinx.. . . . . . . . . . - comte de Soulanges.
Artésien. . . . . . . . • • - chevalier de Peynier.
Réfléchi. . . . . . . . • • - Cillart de Suville.

64 W Vengeur. . . , . . . . . . chevalier de Retz.
Fantasque. . . . . . . . . - commandeur de Suffren.
Provence.. . . . . . . . . - Desmichels de Champorcin.
Vaillant. . . . . . . . . . - marquis de Chabert.

50 Sagittaire. . . . . . . . . — d'Albert de Rions.

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Le succès semblait devoir couronner cette entreprise. L'arrivée inopinée de l'armée navale remplit les Anglais d'épouvante; mais les éléments vinrent, une fois encore, contrarier les opérations du vice-amiral d'Estaing. Le 2 septembre, l'armée navale reçut un coup de vent du S.-E. au S.-O.; le Réfléchi, qui appareilla, eut toutes ses voiles emportées et perdit son mât de misaine. La Chimère et l'Alerte cassèrent leur beaupré ; 5 vaisseaux eurent leur gouvernail démonté, et sur ce nombre 3 le perdirent : le Languedoc était un de ces derniers. Toutes ces avaries furent réparées; mais la saison avançait et il n'y avait pas de temps à perdre; on fit donc toutes les dispositions d'attaque.

La ville de Savannah est bâtie à quelques milles de l'embouchure et sur la rive droite de la rivière qui porte son nom. Cette rivière est barrée par un grand banc qui s'étend au large et sur lequel il n'y a d'eau que pour les navires d'un faible tonnage. Plusieurs îles, près et généralement dans le Nord de l'embouchure de la rivière, forment de nombreux canaux par lesquels on peut aussi y entrer. Le canal de Port-Royalsépare l'île de ce nom de la terre ferme. Le bras de mer entre cette île et l'île Sainte-Hélène, qui est plus au large, porte le nom de Beaufort, ville située dans le N.-E. de Port-Royal. L'île Tybée semble être le prolongement des terres du Sud de la rivière. La prise de posses

sion de cette île avait donc une grande importance, puisque de ce point on pouvait surveiller l'entrée de la rivière Savannah ainsi que l'entrée Sud des canaux et empêcher alors les communications par mer avec Savannah. Mais surveiller l'entrée Nord de ces canaux n'était pas moins nécessaire. Voici les dispositions que prit le vice-amiral d'Estaing. Il plaça le capitaine d'Albert de Rions devant l'entrée Nord des canaux avec le Sagittaire et la Lively, capitaine Coetlando, et le capitaine Lapérouse plus au Nord, à la hauteur de Charlestown, avec l'Amazone. Le chef d'escadre de Lamotte-Piquet eut mission de surveiller la rivière Hosaba, ou Great Ogechée, distante de 20 milles au Sud de l'île Tybée, cette rivière ayant été choisie pour le débarquement des troupes. Enfin l'Ellis, capitaine Fonteneau, fut envoyée en croisière devant l'île Sapello, à 20 milles aussi au Sud de la rivière Ogechée; elle s'appuyait naturellement sur les 5 vaisseaux du chef d'escadre de Lamotte-Piquet. Ces dispositions prises, le vice-amiral d'Estaing laissa le commandement supérieur au chef d'escadre de Broves et, le 9, il franchit la barre de la rivière Savannah avec les frégates la Chimère de 26°, capitaine Trolong Durumain, la Blanche de 32, capitaine Barin de la Galissonnière, les flûtes la Bricole et la Truite, capitaines de Costebelle et Chastenet de Puységur, opéra un débarquement sur l'île Tybée et s'en rendit facilement maître. On s'occupa de suite de mettre les troupes à terre. Le temps était assez mauvais et, soit ignorance des localités, soit mauvais vouloir des pilotes, les embarcations cherchèrent pendant trois jours l'endroit où elles devaient débarquer leurs passagers; quelques-unes furent jetées à la côte. Le 16, toutes les troupes étaient rendues à Minghausen ; elles y campèrent. Pendant ce temps, un nouveau coup de vent vint compromettre l'escadre, qui dut mettre sous voiles et se tenir éloignée de la côte pendant plusieurs jours. Le débarquement des troupes françaises avait une importance que le commandant de la place de Savannah ne se dissimula pas, et il chercha

de suite à arrêter leur marche au moyen d'un armistice. Cet armistice lui fut accordé inconsidérément peut-être, et il sut en profiter pour faire entrer dans Savannah des renforts sans lesquels il n'aurait pu repousser les attaques des Français réunis aux Américains. De ce moment, il rejeta toutes les propositions qui lui furent faites. Il fallut dès lors se résoudre à un siége en règle, malgré les difficultés qu'offrait le transport de canons montés sur affûts marins et des munitions qu'il fallait débarquer des vaisseaux. Tout cela conduisit jusqu'au 3 octobre. Les batteries ouvrirent leur feu dès le lendemain, et elles le continuèrent pendant plusieurs jours, mais sans beaucoup d'effet. Le temps pressait cependant, car le séjour des vaisseaux sur cette côte, à l'époque de l'année où l'on était arrivé, n'était pas sans quelque danger; il fallut prendre un parti. L'assaut fut résolu pour le 9. Le vice-amiral d'Estaing le dirigea luimême. Cette attaque de vive force n'ayant pas réussi, on battit en retraite et les troupes furent rembarquées. Le commandant en chef de l'armée navale avait reçu une blessure très-grave. Ne voyant désormais aucun inconvénient à mettre à exécution les instructions qui lui avaient été expédiées de France, le vice-amiral d'Estaing ordonna de suite les dispositions de l'appareillage. Le Magnifique, qui avait une voie d'eau considérable, fut dirigé sur la Martinique sous l'escorte de l'Annibal et du Réfléchi : ces trois vaisseaux arrivèrent isolément à leur destination, du 20 au 27 novembre, après une série non interrompue de coups de vent qui leur occasionnèrent de nombreuses avaries. Il enjoignit au chef d'escadre de Grasse de partir avec le Robuste, le Fendant, le Diadème, le Sphinx, l'Iphigénie et l'Alceste; de rapporter les troupes qui avaient été prises aux garnisons des Antilles, et de prendre en passant des farines dans la Chesapeak. Quant aux vaisseaux qui étaient partis de Toulon, ils durent se tenir prêts à mettre sous voiles. Un dernier coup de vent de N.-E. vint, ce jour-là même,

compléter la série des contrariétés qui n'avaient cessé d'accabler le vice-amiral d'Estaing depuis son arrivée dans ces parages où, par un pressentiment assez remarquable, il avait déclaré ne vouloir rester que huit jours. Appareillés avec le commencement du coup de vent, les vaisseaux du chef d'escadre de Grasse se rendirent isolément et directement, les uns à Saint-Domingue, les autres à la Martinique; le Fendant seul entra dans la Chesapeak. Le 15 janvier 1780, ce vaisseau arriva au Fort-Royal de la Martinique, chassé par 3 vaisseaux anglais qui le canonnaient depuis le canal de la Dominique. Les vaisseaux restés devant Savannah éprouvèrent d graves avaries : quelques-uns cassèrent leurs câbles; d'autres s'abordèrent. L'escadre se trouva dispersée avant même d'avoir pu être ralliée. Le Languedoc perdit toutes ses ancres et eut toutes ses embarcations enlevées. Obligé de tenir la mer, il rencontra la Provence le 9 du mois suivant. Ce osseau donna au Languedoc une des deux ancres qui lui re tient, mais ce ne fut pas sans de grandes difficultés, eu égard à la violence du vent et à l'état de la mer qui était fort grosse. Le Languedoc et la Provence naviguèrent de conserve et arrivèrent à Brest le 7 décembre; le César et le Fantasque y entrèrent le 9. Le Marseillais, le Zélé, le Sagittaire, le Protecteur et l'Expériment passèrent le détroit de Gibraltar et allèrent à Toulon. Le Guerrier mouilla à Rochefort ; le Vaillant et l'Hector entrèrent à Lorient. Le Tonnant relâcha à la Havane. .. | | | | | | | | : Pendant que les escadres de la France et de l'Angleterre étaient aux prises dans toutes les parties du monde, quelques bâtiments isolés livraient des combats que je vais rapporter ci-après : • • En janvier, c'était la frégate de 32° la Boudeuse, capitaine de Grenier qui, se rendant en France avec un convoi, chassa la corvette anglaise de 16° WEAzLE, capitaine

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