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rique, ils arrêtaient et visitaient les navires français qu'ils rencontraient. Au mois de mars 1778, le gouvernement anglais fit saisir tous ceux qui se trouvaient dans les ports de la Grande-Bretagne. En représailles de cette mesure, l'embargo fut mis sur les navires anglais qui se trouvaient dans les ports de France et des croisières furent établies pour la protection du commerce. Déjà des coups de canon avaient été échangés, car les Anglais avaient essayé d'étendre leur système inquisitorial jusqu'aux bâtiments de guerre. Au mois d'avril 1777, une frégate anglaise avait tiré quatre coups de canon à la frégate la Tourterelle, capitaine Beaussier de Châteauvert, dans les parages de Saint-Domingue. Après une canonnade fort vive, le commandant anglais avait renoncé aux prétentions qu'il pouvait avoir. Au mois de septembre, c'était la frégate l'Hébé qui avait été canonnée par deux vaisseaux anglais, en sortant de Dunkerque, et elle n'avait échappé à leur visite que par la supériorité de sa marche. Ces agressions répétées décidèrent le roi de France à mettre un terme à ses hésitations : il conclut un traité d'alliance avec les Américains. L'Angleterre rappela son ambassadeur. Laguerre n'était pas déclarée, mais le mécontentement allait croissant de part et d'autre. Louis XVI accepta le roi d'Espagne comme médiateur, à la condition que les États-Unis d'Amérique seraient compris dans la réconciliation. Le ministère anglais répondit aux ouvertures de l'Espagne qu'il ne pouvait être question de réconciliation et de paix que quand la France aurait retiré la déclaration du 13 mars, par laquelle elle avait conclu un traité défensif avec les États-Unis d'Amérique. L'Angleterre passa bientôt des paroles aux actes. Les escadres des amiraux Keppel et Byron sortirent de ses ports, et ses vaisseaux attaquèrent 3 frégates françaises. Ce fut dans ces circonstances que M. de Sartine, alors ministre de la marine, annonçant au lieutenant général comte d'Orvilliers sa nomination au commandement en chef de l'armée navale de l'Océan, lui écrivit la lettre suiVante :

« Versailles, 2 avril 1778.

« Le roi vous a chargé, Monsieur, d'une commission des « plus importantes; vous en connaissez toute l'étendue. « S. M., en vous confiant une partie de ses forces navales, « est assurée que votre capacité et votre valeur sauront les « multiplier et en tirer parti pour la gloire de son pavillon « et l'honneur de ses armes. Elle n'attend pas moins des « sentiments des officiers généraux et des commandants « sous vos ordres; ils doivent sentir que toute l'Europe, et « la marine de S. M. en particulier, ont les yeux ouverts « sur la première escadre qui soit sortie de nos ports de« puis la guerre dernière, et qu'ils seront responsables au « roi et à la nation de tout ce qu'ils auraient pu faire et « qu'ils n'auront pas fait, Il s'agit de rendre au pavillon « français tout l'éclat dont il brillait; il s'agit de faire ou« blier des malheurs et des fautes passées : ce n'est que « par les actions les plus signalées que la marine peut « espérer d'y parvenir. S. M. a le droit d'attendre les plus « grands efforts de ses officiers; la reconnaissance dont ils « doivent être pénétrés pour les distinctions et les grâces « dont S. M. les a comblés depuis son avénement au trône, « leur en font un devoir; l'honneur seul suffira pour le leur « prescrire. Ils doivent s'attendre qu'ils auront à lutter « contre de grands obstacles, à vaincre une résistance opi« niâtre, à combattre des ennemis puissants par leur nombre « et hardis par un grand exercice de la mer et fiers de leurs « succès passés. Les forces dont vous disposez suffisent pour « vous assurer la supériorité; votre courage et celui des « officiers que vous commandez doivent faire le reste.

« Mais, quelles que soient les circonstances dans les« quelles l'armée navale du roi puisse se trouver, l'instruc« tion de S. M., qu'elle me charge expressément de vous « faire connaître ainsi qu'à tous les officiers commandants, « est que ses vaisseaux attaquent avec la plus grande vi« gueur et se défendent, en toute occasion, jusqu'à la der

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nière extrémité. Les capitaines doivent être certains que, si quelque vaisseau du roi était forcé de se rendre à l'ennemi, S. M. n'admettrait pour justification que l'impossibilité physique et prouvée où se serait trouvé le capitaine de prolonger sa défense : toute autre raison ne serait pas reçue, et S. M. ne pourrait se dispenser de marquer toute son indignation à un capitaine qui aurait rendu son vaisseau sans avoir fait toute la résistance que sa force pouvait comporter. « Cet événement n'aura pas lieu ; mais j'ai dû vous faire connaître les intentions du roi, que les dispositions des capitaines ont sûrement prévenues, et je n'ai point laissé ignorer à S. M. tout ce qu'elle peut attendre du zèle et des sentiments dont la marine ambitionne de lui donner les preuves les plus éclatantes. « Il me reste un article dont S. M. m'a souvent fait l'honneur de m'entretenir; c'est celui de la subordination. Je ne puis que m'en rapporter à vous, Monsieur, sur les moyens que vous croirez devoir employer pour l'introduire et la maintenir dans l'armée dont vous avez le commandement. S. M. vous autorise et vous ordonne même de démonter les commandants et d'en nommer d'autres à votre choix. Si S. M. exige de la subordination de la part des commandants, les officiers des grades inférieurs et les gardes de la marine doivent sentir quelle doit être la leur, les premiers à l'égard de officiers supérieurs et de leur capitaine, et les gardes à l'égard de tous les officiers. C'est aux capitaines, qui ont l'autorité en main, que S. M. s'en prendrait si le service ne se faisait pas sur les vaisseaux avec la régularité qu'elle exige ; en leur remettant une portion de son pouvoir, elle leur impose le devoir d'en user avec fermeté pour s'opposer à tout relâchement. « Cette subordination de grade en grade ne peut nuire à la bonne harmonie qui doit régner entre les officiers « d'un même état-major, et entre celui-ci et le capitaine ; « au contraire, en mettant chacun à sa place, elle doit con« tribuer au maintien de cette harmonie que S. M. vous « commande d'établir et d'entretenir sur vos vaisseaux. « Chaque capitaine, chaque officier doit y concourir en « particulier en oubliant toute la vivacité et toute la di« versité d'opinion qui pourrait la troubler. Rappelez-leur « quelquefois qu'il ne suffit pas de remplir strictement ce « que l'on doit au service ; que la société impose des obli« gations, et que ces obligations deviennent un devoir pour « la marine, où, étant forcés de vivre, par état, continuel« lement ensemble, il faut être indulgents les uns pour les « autres, se supporter mutuellement dans des choses qui « peuvent tenir à des causes qui ne se trouvent pas parfai« tement analogues, afin d'éviter toute discussion d'où peut « naître la dispute, et vivre dans la bonne intelligence et « l'union qui doivent particulièrement distinguer des mili« taires qui courent les mêmes dangers et aspirent aux « mêmes honneurs (1). « Signé : DE SARTINE. »

Combien ce langage était différent de celui qu'on tenait aux amiraux français dans le cours de la guerre précédente, car ce serait une erreur de croire qu'ils aient suivi par goût et par caractère le système craintif et défensif qui prédominait dans la tactique navale. Le gouvernement, trouvant toujours excessifs les sacrifices qu'exige l'emploi d'une marine militaire, prescrivit trop souvent à ses amiraux de tenir la mer le plus longtemps possible, sans en venir à des batailles, même à des engagements le plus souvent fort coûteux, et d'où pouvait s'ensuivre la perte de vaisseaux difficiles à remplacer. Souvent on leur enjoignit, s'ils étaient forcés d'accepter le combat, d'éviter avec grand

(1) Dépôt des cartes et plans du ministère de la marine.

soin de compromettre le sort de leurs escadres par une action trop décisive. Ils se croyaient, par conséquent, obligés de battre en retraite dès que l'engagement prenait une tournure trop sérieuse. Ils acquéraient ainsi la funeste habitude de céder volontairement le champ de bataille dès qu'un ennemi, même inférieur, le leur disputait avec courage. Ainsi donc, entretenir à grands frais une armée navale pour lui prescrire de ne pas faire un usage entier de sa puissance effective ; l'envoyer à la recherche de l'ennemi pour se retirer honteusement de sa présence ; recevoir le combat au lieu de le donner; commencer des batailles pour les terminer par des simulacres de défaite; perdre la force morale pour épargner la force physique, voilà l'esprit qui, ainsi que l'a dit fort judicieusement M. Charles Dupin, guida le

ministère français à cette époque; on en connait les ré

sultats. L'agression de l'amiral Keppel ne permettait plus à la France de continuer sa politique temporisatrice. Le 8 juillet, une armée navale de 32 vaisseaux et 16 frégates sortit de Brest sous les ordres du lieutenant général comte d'Orvilliers. Le 23, à 1" de l'après-midi, on aperçut l'armée de l'amiral Keppel qui comptait 30 vaisseaux, 6 frégates, 2 cutters et 2 brûlots, L'île d'Ouessant restait alors à 90 milles dans l'E.-S.-E. Le lieutenant général d'Orvilliers, qui ne croyait rencontrer que 21 vaisseaux, ne voulut pas engager le combat et vira de bord à l'entrée de la nuit. Le signal qui ordonnait cette manœvre ne fut probablement pas aperçu par les derniers vaisseaux, car le Duc-de-Bourgogne et l'Alexandre se séparèrent de l'armée. Instruit de la force de l'armée anglaise, le gouvernement français adressa au lieutenant général d'Orvilliers des instructions nouvelles dans lesquelles on lui faisait savoir que le roi s'en rapportait à sa prudence pour la conduite à tenir dans un moment où il avait sous ses ordres toutes les forces maritimes dont la France pouvait disposer. Le commandant en chef communiqua cette dépêche aux lieu

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