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inais lorsque le vaisseau rasé anglais fut à distance convenable, le capitaine Thevenard lança subitement au vent et lui envoya une bordée entière. Cette maneuvre, qui fut sans résultat, permit à l’ARTois d'atteindre le travers de dessous le vent de la Révolutionnaire. Le combat continua dans cette position. Une demi-heure plus tard, la Diamond arriva, suivie de près par les 2 autres frégates. Le capitaine Thevenard dut céder à la force : à 10h 30m, il fit amener le pavillon. La Révolutionnaire avait perdu ses vergues de grand hunier et de perroquet de fougue.

Le jury déclara qu'il n'y avait pas lieu à accusation contre le lieutenant de vaisseau Thevenard.

Lorsque, le 1er février 1793, la guerre avait été déclarée à l'Angleterre et à la Hollande, la France était en possession des colonies qui lui avaient été reconnues par le traité de paix de 1783. C'étaient, dans l'Amérique du Nord, les deux petites îles Saint-Pierre et Miquelon sur la côte de Terre-Neuve; aux Antilles, les îles de la Martinique, les Saintes, la Guadeloupe, la Désirade, Sainte-Lucie, Tabago, Marie Galante, une partie de Saint-Martin et de Saint

que, Saint-Louis et l'ile de Gorée. Aux Indes, Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Yanaon, Mahé, les îles de France et de Bourbon (1) et Foulpointe à Madagascar.

J'ai dit comment les troubles de la Vendée, en obligeant le gouvernement à tenir un grand nombre de bâtiments sur la côte occidentale de la France, avaient momentanément empêché d'envoyer des secours aux colonies. Aussi, dès le 14 avril 1793, les Anglais s'emparaient-ils de Tabago. Dans l'Inde, on avait promptement appris la déclaration de guerre par l'isthme de Suez; et avant qu'on eût pu prendre aucune mesure, Chandernagor, Karikal, Yanaon, Mahé étaient au pouvoir des Anglais. Au mois d'août, ils s'étaient emparés de Pondichéry. Les îles de Saint-Pierre et Miquelon avaient aussi été prises.

Les colonies des Antilles se trouvèrent bientôt dans la position la plus critique; elles étaient dans un état de pénurie affligeant, et les gouverneurs ne conservant plus qu’une ombre d'autorité, elles tombèrent dans l'anarchie la plus complète. Des planteurs de la Martinique et de la Guadeloupe députèrent vers les Anglais et promirent de livrer ces îles à la première expédition qui se présenterait. Le pavillon blanc flotta de nouveau sur certains quartiers de la Martinique et les deux partis se faisaient une guerre à mort, lorsque une division anglaise de 8 vaisseaux et plusieurs frégates, sous le commandement du contre-amiral Gardner, se présenta, le 11 janvier 1793, devant le FortRoyal, et fit un débarquement. Les passions et les haines s'éteignirent un instant. Culbutées sur tous les points, les colonnes d’Anglo-émigrés se rembarquèrent.

Une députation de propriétaires de la Martinique avait déjà demandé l'intervention du chef de division Rivière qui s'était retiré à l'île espagnole de la Trinité avec les bâtiinents sous ses ordres. Un conseil avait été tenu à cet effet, dans les premiers jours d'avril, et il avait été convenu que le pavillon espagnol flotterait à côté de celui de la France sur tous les forts de l'île, dans le cas où l'on parviendrait à rétablir l'ordre. Mais ce ne fut que longtemps après que le gouvernement espagnol consentit à accorder la protection qui lui était démandée; et lorsque le chef de division Barella se présentą devant la Martinique, l'amiral anglais Jervis venait de s'en rendre maître.

Humiliée de l'échec qu'elle avait reçu, l'Angleterre avait envoyé des forces assez considérables pour le réparer. Une expédition commandée par l'amiral Jervis était partie d'Europe, et avait paru, le 4 février 1794, devant la Martinique. Le 22 mai, après trente-deux jours de bombarde

ment, le général Rochambeau avait capitulé dans le fort Bourbon, seul point de l'Ile qui ne fût pas au pouvoir de l'ennemi.

Le 4 avril, l'île de Sainte-Lucie capitulait aussi.

Les Anglais se dirigèrent ensuite sur la Guadeloupe et, chemin faisant, ils s'emparérent des Saintes. Le 11, ils firent un débarquement dans la baie de la Pointe-à-Pitre, et ayant réussi à faire abandonner toutes les positions en passant la garnison de la batterie de Fleur-d'Épée par les armes (1), ils furent bientôt maîtres de la Grande-Terre. Le 21, le général Collot signa la capitulation de la Guade, loupe et de ses dépendances. Toutes les possessions françaises des îles du Vent tombèrent ainsi en un mois au pouvoir des Anglais.

L'Angleterre ne vit pas sans orgueil le succès qu'elle venait d'obtenir dans les Antilles. Maîtresse de presque toute la partie française de Saint-Domingue que ses trames et ses séductions lui avaient soumise, elle caressait l'idée d'enlever pour toujours cette précieuse colonie à la France. Souveraine absolue des îles du Vent, elle se flattait que l'hydre toujours renaissante des passions ne permettrait pas de longtemps à la France de la troubler dans la possession de ces îles. La Martinique, que le dévouement d'une faible, mais influente partie des habitants lui rendait précieuse, obtint ses libéralités intéressées. La Guadeloupe, au contraire, qui n'avait pas perdu le souvenir des incendies et des dévastations des Anglais, fut traitée avec la plus grande rigueur.

La nouvelle des événements qui viennent d'être relatés n'était pas encore parvenue en France lorsque, vers la fin du mois d'avril, le capitaine de vaisseau Leissegues partit de Rochefort avec les frégates la Pique et la Thétis, le

(1) Bryan Edwards. History of the British colonies in the West Indies.

côtre le Cerf-volant, les flûtes le Marsouin et la Prévoyante qui portaient 800 hommes destinés à renforcer les garnisons des Antilles. Les généraux nommés au commandement de ces colonies et les délégués de la Convention nationale avaient pris passage sur ces bâtiments. Le commandant Leissegues n'apprit la prise de la Martinique et de la Guadeloupe qu'en arrivant en vue de cette dernière ile; bientôt il sut que toutes les colonies françaises étaient au pouvoir des Anglais. Le projet de reprendre la Guadeloupe fut de suite arrêté; le 3 juin, la division jeta l'ancre dans la baie de la Pointe-à-Pitre.

La colonie de la Guadeloupe est, on le sait, partagée en deux parties par un petit bras de mer qui porte le nom de rivière Salée; l'île la plus occidentale est la Guadeloupe proprement dite; l'autre se nomme la Grande-Terre. C'est sur cette dernière, et à l'entrée méridionale de la rivière Salée, que se trouve la ville de la Pointe-à-Pitre. Un enfoncement assez considérable entre les deux îles forme la baie à laquelle la ville a donné son nom. Resserrée vers le fond, cette baie offre un bon ancrage abrité par un vaste banc et de nombreux îlots généralement placés du côté de la Guadeloupe. Le principal, l'îlot à Cochons, qui est aussi le plus rapproché de la Grande-Terre, marque la limite Sud de la rade. Devant la ville, la profondeur des eaux varie entre 3 et 7 mètres. La passe, située dans l'Est de cet îlot, est défendue par la batterie de Fleur-d'Épée qui bat également un enfoncement de la côte dit la GrandeBaie. Cette batterie, établie à peu près à mi-distance de la ville et du bourg du Gozier, de l'autre côté de la GrandeBaie, est à environ 2 milles de chacun de ces points.

Le soir même de l'arrivée, les troupes furent mises à terre, ainsi que les marins qui purent leur être adjoints sans trop affaiblir les équipages, et pendant la nuit du 6, ce petit corps d'armée, dirigé par les généraux Cartier et Rouyer, enleva d'assaut la batterie de Fleur-d'Épée défendue par 900 hommes et 17 pièces de canon. Étonnés de tant d'audace, les Anglais abandonnèrent toutes les positions qu'ils occupaient de ce côté de la ville; ils ne s'arrêtèrent même pas à la Pointe-à-Pitre. Les Français l'occupèrent immédiatement, et la division put alors entrer dans ce qu'on appelle le port, c'est-à-dire dans la partie de la rade la plus rapprochée de la ville; elle s'empara de 87 navires qui s'y

Menacés d'être chassés de l'île, les Anglais ne tardèrent pas à paraître avec des forces considérables. L'amiral Jervis arriva, le lendemain, avec 6 vaisseaux, 12 frégates ou corvettes, 5 canonpières, 16 transports, et débarqua au Gozier un corps de 3,500 homines. Le commandant Leissegues avait pris les dispositions les plus actives pour empêcher l'ennemi d'entrer dans la rade; 2 transports avaient été coulés dans la passe qui y conduit, et une partie des canons des frégates avaient été mis à terre pour établir des batteries sur la plage; le service en était confié à des marins et à des officiers de marine. Les Anglais marchérent d'abord sur Fleur-d'Épée, mais ils ne furent pas tentés d'imiter la manière de faire des Français. Ils construisirent des batteries, en tout 30 canons ou mortiers, sur le morne Mascotte qui domine cette fortification, et ils l'attaquèrent de ce bord pendant que leurs canonnières la canonnaient du côté de la mer. Ce fut en vain que la garnison de Fleur-d'Épée voulut débusquer l'ennemi de cette position : deux fois elle fut repoussée. Les Anglais avaient aussi établi une batterie de mortiers en face de la ville et les bombes dévastaient la Pointe-à-Pitre, en même temps que les boulets détruisaient les revêtements de Fleur-d'Épée. La consternation se répandit promptement parmi les habitants, et les frégates ne furent préservées de l'incendie qui ne tarda pas à se déclarer dans plusieurs quartiers, que grâce à la

telas et de leur faire un rempart avec les navires du commerce.

Le bombardement durait depuis un mois, et la fièvre

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