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reillèrent de Quiberon, le 30 décembre, avec des vents de S.-O., et eurent à soutenir le feu des batteries de l'île dès qu'ils en furent à portée. Leurs canons répondirent toutes les fois que la route suivie le permit. Malheureusement la brise, devenue très-faible, nécessita l'emploi des embarcations avant que la petite division eût pu atteindre son mouillage, et la frégate, qui avait perdu sa vergue de grand hunier, fut portée à la côte par le courant. Les batteries dirigèrent alors exclusivement sur elle leur feu, partagé jusqu'alors entre tous les bâtiments. La Nymphe ne put être relevée, même après la prise de Noirmoutiers qui rentra le 4 janvier sous la dépendance de la République. Le conseil martial, chargé d'examiner la conduite du lieutenant de vaisseau Pitot, déclara qu'il n'y avait pas lieu à accusation contre cet officier.

Dans le courant de cette année, la corvette la Céleste, se rendant du Havre à Toulon, s'empara du brig anglais de 18° SCOUT.

Le 20 septembre, un décret avait frappé de réquisition tous les objets propres à la construction des navires, à leur armement et à leur équipement. Là ne s'arrêtèrent pas les mesures que crut devoir prendre le gouvernement républicain en faveur de la marine de l'État. La pénurie des navires de transport n'ayant pas tardé à se faire sentir, une loi du 4 octobre mit tous les navires du commerce en réquisition, en laissant à la marine le soin de choisir ceux qui pourraient lui convenir. Cette mesure était la conséquence de la guerre générale qui suivit la révolution; elle assurait une ressource immense à la République.

Cette réquisition fut suspendue par arrêté du 17 fructidor an II (3 septembre 1794).—Mais, peu de temps après, le motif qui l'avait fait établir détermina l'arrêté du Comité de salut public du19 vendémiaire an III (10 octobre 1794), portant que les navires jugés indispensablement nécessaires au service de la marine, continueraient d'être traités conformément à la loi du 4 octobre 1793. Cet arrêté ne fut définitivement abrogé que le 1" avril 1795.

Le 13 avril, l'île de Tabago, la plus Sud du groupe des Antilles, fut attaquée par une division aux ordres du contreamiral anglais Gardner et capitula.

Le 14 mai, les petites îles Saint-Pierre et Miquelon, auprès de Terre-Neuve, furent surprises sans défense par la division du vice-amiral anglais King.

Le 21 août, ce fut la ville de Pondichéry, chef-lieu des établissements français de l'Inde, qui fut prise.

Peu de jours après la déclaration de guerre à l'Angleterre, le capitaine de vaisseau Sercey (Pierre), qui fut presque aussitôt promu au grade de contre-amiral, partit de Brest pour Saint-Domingue avec les vaisseaux de 74° l'Éole et l'America; il avait mission de prendre sous son escorte les navires du commerce qui seraient prêts à effectuer leur retour en France. Mais lorsque ceux-ci furent réunis sur la rade du Cap Français, les Commissaires civils Polverel et Santhonax, qui étaient arrivés sur la frégate la Galathée, capitaine Cambis, suspendirent leur départ jusqu'à l'arrivée des nouveaux bâtiments de guerre destinés à former la station. Le commerce, mécontent à juste titre du retard apporté au départ d'un convoi d'une grande valeur, fit des représentations au gouverneur Galbaud, récemment arrivé aussi sur la frégate la Concorde. Malgré les pressantes sollicitations de ce général, et celles d'un conseil composé des principales autorités de l'île et des contre-amiraux Sercey et Cambis (1), les commissaires persistèrent à retenir le convoi. On devait craindre cependant que l'ennemi n'arrivât dans ces parages avec des forces capables de le bloquer et même de l'enlever, car aucune mesure n'avait encore été prise pour la défense du Cap Français. L'America, la frégate l'Astrée, les avisos l'Expédition, l'Actif et le Serin étaient au Port-au-Prince ; les deux contre-amiraux, mouillés sur la rade du Cap Français avec le Jupiter, l'Éole, la Concorde et la flûte la Normande, avaient défense de faire aucun mouvement. Les capitaines des navires de commerce se virent bientôt dans l'obligation de vendre une partie de leur cargaison pour subvenir à leurs dépenses. Les choses étaient dans cet état lorsque les commissaires civils firent arrêter le gouverneur. En arrivant dans la colonie, cet officier général avait trouvé le caractère des deux commissaires si peu respecté, qu'il avait cru pouvoir se soustraire à leur autorité. Il avait débuté par des mesures violentes qui n'eurent pas l'assentiment public. Les commissaires voulurent alors faire sentir la supériorité de leurs pouvoirs en défendant aux habitants d'obéir à ses injonctions. Ils déversèrent sur lui tous les dégoûts possibles et finirent par lui retirer son commandement et par le séquestrer à bord de la Normande. Les autres bâtiments de guerre étaient remplis d'hommes ardents qui y étaient également détenus prisonniers; la présence d'une victime aussi marquante électrisa toutes les haines. Leur vive expansion et le désir de la vengeance firent croire au général Galbaud qu'il pourrait briser par la force le joug sous lequel il avait fléchi. Il monta la tête aux marins des équipages et l'insurrection n'attendit plus

(1) Ce dernier avait été promu depuis son arrivée à Saint-Domingue et avait pris le commandement de la division, à la place du contre-amiral Grimouard qui était retourné en France.

qu'un prétexte pour éclater. L'occasion ne tarda pas à se présenter. Des bruits, vrais ou faux, de destitution des principaux officiers de marine de la division, se propagèrent. Ils répandirent une grande émotion parmi les équipages dont l'esprit fut bientôt porté jusqu'à l'exaltation en faveur de leurs chefs. Des luttes eurent lieu à terre entre des hommes de couleur et les marins qui y étaient sans cesse insultés. Les officiers eux-mêmes n'étaient pas à l'abri des menaces de la populace ni de ses attaques. Et cependant, loin de tenir compte des plaintes incessantes qui leur étaient portées par la marine, les commissaires prenaient à l'égard des états-majors et des équipages les mesures les plus vexatoires. Le 20 juin, le général Galbaud publia une proclamation contre les commissaires civils et se rendit à bord de tous les bâtiments de la division. L'insurrection des équipages fut bientôt à son comble. Le contre-amiral Sercey fut consigné dans sa chambre par celui de l'Éole. Ceux du Jupiter, de la Concorde et de la Normande agirent de la même manière à l'égard du contre-amiral Cambis et des capitaines. Il n'y eut plus qu'une autorité sur la rade, celle du général Galbaud. Dans l'après-midi, les navires du commerce furent retirés de dessous les batteries ; ceux de guerre s'embossèrent, et leurs équipages effectuèrent un débarquement sous la conduite de leur nouveau chef. Le lendemain, le général Galbaud attaqua l'hôtel du gouvernement où les commissaires s'étaient retirés. On se battit toute la journée et le jour suivant. Les hommes de couleur, dévoués aux commissaires, avaient été appelés à leur secours. Au milieu du désastre, ce parti foudroyé par les batteries de l'arsenal, parut un moment faiblir. Un ressentiment féroce suggéra alors aux deux commissaires l'idée la plus désastreuse. La chaîne des noirs fut rompue, les portes des prisons furent ouvertes; tous les ouvriers, tous les esclaves furent armés. Bientôt alors tout ne fut plus que sang et carnage; le pillage devint général et l'incendie éclata sur tous les points de la ville. Le parti du général Galbaud finit par plier. Forcé de battre en retraite le 23, il se replia sur le port où tout était confusion. Les vieillards, les femmes et les enfants que le fer et les flammes avaient épargnés, se précipitèrent sur ses pas et se jetèrent dans des embarcations, incapables de les contenir tous : un grand nombre de ces malheureux périrent dans les flots. En un instant, les vaisseaux furent encombrés de ceux qui avaient échappé à ce dernier désastre. Le général se rendit à bord du Jupiter, et tint sous les canons de ce vaisseau la ville et l'arsenal dont il avait eu la précaution de faire enclouer les pièces. Mais si sa personne était hors de danger, les vaisseaux ne l'étaient pas; on y éprouvait les inquiétudes les plus graves, car on savait que l'ordre avait été donné de faire feu Sur tous les bâtiments de la rade. Sur ces entrefaites, le contre-amiral Sercey reçut une députation des négociants qui le faisaient prier d'appareiller avec le convoi. Il se rendit à leurs instances, et le 24, il mit à la voile, sauvant ainsi d'une destruction à peu près certaine, tous les navires du commerce qui se trouvaient sur la rade du Cap Français. Le lendemain, le général Galbaud donna l'ordre aux autres bâtiments de guerre d'appareiller aussi. Le capitaine Vandongen, de la Concorde, qui s'y refusa fut suspendu de ses fonctions par son équipage ; la frégate mit sous voiles avec le Jupiter. Quelques jours après, ce vaisseau à bord duquel était toujours l'ex-gouverneur de Saint-Domingue, rencontra l'Éole et son convoi et fit route avec eux pour les États-Unis; mais ils se séparèrent bientôt. Les chefs du mouvement de la Concorde n'avaient pas tardé à se trouver dans le plus grand embarras. Dans la précipitation du départ, ils n'avaient pas considéré les besoins de la frégate à bord de laquelle il ne se trouvait qu'une douzaine de barriques d'eau. Le capitaine Vandongen fut prié de reprendre le commandement. Le premier soin de cet officier fut de se diriger vers un port dans le

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