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Pennelé, se perdit en se rendant à ce mouillage. Le chef d'escadre de Suffren ne fit qu'un court séjour sur cette rade ; les mauvais temps le forcèrent à quitter ces parages. Il se dirigea sur Sumatra et, le 1" novembre, il mouilla à Achem. Pendant cette relâche, il fut informé de l'arrivée à l'Ile de France des renforts que le lieutenant général de Bussy attendait pour prendre en personne la direction des affaires ; mais il apprit, en même temps, que hommes et bâtiments étaient dans l'état le plus déplorable. Le scorbut et une maladie épidémique qui régnait toujours, avaient décimé les équipages et les troupes passagères ; le général de Bussy était lui-même atteint de cette maladie. Les vaisseaux le Hardi et l'Alexandre ne pouvaient reprendre la mer de quelque temps. Le dernier, considéré comme un foyer d'infection, fut livré aux flammes. Quoi qu'il en fût, cette nouvelle fit hâter le départ et l'escadre mit sous voiles, le20 décembre, pour aller s'établir en croisière sur la côte d'Orixa (1). Cette croisière de l'escadre de l'Inde sur la côte fut très-préjudiciable au commerce anglais. Un bâtiment de guerre fut aussi capturé et cela sans combat : c'était la frégate de 30° CovENTRY qui, croyant avoir rallié son escadre, mouilla de nuit au milieu des vaisseaux français, alors à l'ancre à l'embouchure du Gange. Ayant appris la mort d'Hyder Ali par son capitaine, le chef d'escadre de Suflren prit le parti de se rendre à Goudelour d'où il fit route pour Trinquemalé. Le 10 mars, le général de Bussy arriva dans ce port avec 3 vaisseaux, une frégate et un convoi. Le lieutenant général de Bussy, nommé au commandement supérieur des forces de terre et de mer dans l'Inde, avait quitté la France, peu de mois après le départ de la division du commandant de Suffren, avec les vaisseaux le Saint-Michel et l'Illustre, la frégate la Consolante et quelquesnavires portant des troupes et des approvisionnements

(1) Partie Nord de la côte de Coromandel.

de toute espèce. Ces navires n'avaient qu'une partiedes renforts qu'on envoyait dans l'Inde. Le reste devait suivre de près; mais la seconde division, confiée au capitaine de Soulanges, fut prise ou dispersée, ainsi que je l'ai dit.— 23 avril 1782. — Arrivé à l'lle de France sans encombre, le général de Bussy avait envoyé les vaisseaux, la frégate et le petit convoi rejoindre l'escadre, et il avait attendu l'arrivée du second convoi qui fut amené par le capitaine de Peynier. On doit se rappeler que la jonction des premiers vaisseaux avait eu lieu à Benticolo. Le départ tardif du commandant en chef des forces de terre et de mer tenait donc à la décision qu'il avait prise, mais aussi à la circonstance que voici. Le capitaine Boisgelin, de la corvette de 18° le Chasseur, expédié pour annoncer l'arrivée des renforts au chef d'escadre de Suffren et lui porter des instructions, ne l'avait pas trouvé à Achem. Informé de la direction que l'escadre avait prise, il s'était mis à sa recherche; mais sa corvette avait été capturée par la frégate anglaise MEDEA. Les renseignements avaient dès lors manqué de part et d'autre. Ne revoyant pas le Chasseur, le commandant supérieur, qui avait pris le parti d'aller luimême à la rencontre de l'escadre, s'était dirigé sur Achem ; et ayant appris, devant ce port, que l'escadre française ne s'y trouvait plus, il s'était rendu à Trinquemalé où il l'avait enfin jointe. L'escadre mit de suite à la voile et, le lendemain, les troupes apportées par le convoi furent mises à terre à Porto Novo. Cette opération terminée, les vaisseaux retournèrent à Trinquemalé, à l'exception du Fendant, du Saint-Michel, des frégates la Cléopâtre et la Coventry qui furent envoyés croiser devant Madras avec le capitaine de Peynier. Presque tous les vaisseaux furent carénés à Trinquemalé; les gréments furent encore visités, car ils étaient en si mauvais état, qu'il était indispensable de faire ce travail à chaque relâche. Le manque absolu de mâtures consola un peu le commandant de l'escadre de la perte de l'Orient et du Bizarre; leurs mâts furent donnés aux vaisseaux qui en avaient le plus besoin. Le jour même où l'escadre rentrait à Trinquemalé, l'escadre anglaise qu'on croyait toujours à Bombay où elle était allée se réparer pendant la mauvaise saison, avait été aperçue faisant route au Nord. Il était important d'en donner de suite avis au commandant de Peynier et au général de Bussy. Le lieutenant Villaret Joyeuse reçut cette mission avec la Naiade, mais il ne put la remplir : sa corvette fut capturée par un vaisseau anglais. La prise de ce bâtiment n'eut pas les conséquences qu'on pouvait redouter : le commandant de Peynier, heureusement inspiré, avait quitté sa croisière la veille du jour où le vice-amiral Hughes était arrivé à Madras, et il entra à Trinquemalé sans avoir eu connaissance de l'escadre ennemie. Voici le plan général de campagne qui avait été tracé au lieutenant général de Bussy. « Si la Hollande, portaient « ses instructions, si la Hollande fait partir à une époque « convenable les 8 vaisseaux de 50° que la Compagnie « arme en ce moment, et qui sont destinés pour les lndes, « jamais l'escadre anglaise ne s'élèvera assez haut pour « pouvoir, sans un grand désavantage, se mesurer avec « les deux divisions combinées de France et de Hollande. » « Si, par des circonstances qu'on ne peut prévoir, les « 8 vaisseaux hollandais ne sortaient pas du Texel, et que « les Anglais devinssent supérieurs, la division du Roi « n'en doit pas moins sortir de l'Ile de France ; c'est au « commandant de cette division à naviguer de manière à « éviter de combattre jusqu'à ce qu'elle ait débarqué ses « troupes sur quelque partie du continent; elle combattra « ensuite sans craindre qu'un revers maritime puisse ar« rêter la révolution que l'armée du Roi doit opérer si elle « débarque dans l'Inde. « Alors, rien ne peut plus s'opposer à ce que le comte « d'Orves (1) aille attaquer la division anglaise parce que,

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(1) On ne doit pas oublier que ces instructions étaient écrites au commence

« assuré des ports de Ceylan, lorsque les Anglais auront « perdu Bombay, ils n'auront plus de retraite qu'à la côte « Est, lorsque nous en aurons de tous genres. La division « française ayant ainsi des ports de retraite, ne sera plus « obligée, comme dans les guerres précédentes, d'employer « six mois tous les ans pour aller se réparer aux îles. « L'importance de Ceylan est telle que, si les troupes « anglaises s'étaient emparées de cette île, ou si Hyder « Ali ayant fait la paix, l'armée du continent s'en était « rendue maîtresse, l'objet de la reprendre serait peut-être « plus important que toutes les autres conquêtes par les« quelles on pourrait commencer la guerre de l'Inde. » On a pu voir que, sans connaître ces instructions, le chef d'escadre de Suffren avait rempli les intentions du gouvernement. Mais la Hollande ne tint pas ses promesses ; non-seulement les vaisseaux du Texel ne parurent point, mais pendant que la sollicitude de la France la portait à employer une partie de ses forces navales à la conservation des colonies hollandaises, paisible spectateur de la lutte entre l'escadre française et l'escadre anglaise, le commandant en chef de la division que nos alliés entretenaient dans ces parages restait tranquille à Batavia, laissant au bailli de Suffren le soin de défendre des possessions dont le sort ne semblait l'intéresser que médiocrement. La prise de Trinquemalé avait porté ses fruits. Tandis que le vice-amiral Hughes s'était vu forcé de passer de l'autre côté de la presqu'île de l'Inde pour visiter ses vaisseaux, le chef d'escadre de Suffren avait fait faire aux siens dans ce port les réparations indispensables. Mais, s'il était resté maître de la mer, l'arrivée des renforts envoyés au lieutenant général de Bussy ne changea pas la face des affaires sur terre. Le défaut d'entente entre le général Duchemin et Hyder Ali dont les troupes combattaient à côté de celles de la France, ne cessa pas à la mort du général français et du chef indien : l'insouciance du général de Bussy égala certainement celle de son prédécesseur. Tous deux, du reste, avaient pour excuse, si l'on peut en admettre, que l'état de leur santé les retenait en quelque sorte forcément sous leur tente. Au lieu de s'améliorer, les choses empirèrent et l'armée des alliés, obligée de se retirer sous Goudelour, ne tarda pas à être dans la nécessité de demander un abri aux murailles de cette ville dont les fortifications étaient insignifiantes et qui était sans munitions et sans vivres. Son ravitaillement devint même bientôt impossible, car à l'investissement par terre se joignit le blocus par mer : informé de la situation, le viceamiral Hughes avait mouillé ses vaisseaux devant la ville. Le sort de l'armée était donc entre les mains du chef d'escadre de Suffren que le général de Bussy tenait au courant de la situation, en même temps qu'il le pressait de venir à son secours. Dans cette circonstance, le commandant des forces navales montra ce qu'il y avait d'énergie et de dévouement dans son âme. Il pressa les réparations et, quoiqu'il n'eût que 15 mauvais vaisseaux à opposer aux 18 anglais stationnés devant Goudelour, il mit à la voile après avoir tenu aux capitaines de son armée le langage suivant en guise d'ordre du jour : « L'état critique où se « trouvent les affaires du Roi exige que nous travaillions « tous de concert. Loin de nous toute mésintelligence ca« pable de nuire au bien de la chose; montrons que l'hon« neur d'être Français vaut bien l'avantage dont se prévaut « l'ennemi. L'armée, sous les murs de Goudelour (1), est « perdue si nous n'allons à son secours. La gloire de la « sauver nous est peut-être réservée ; nous devons du « moins le tenter. Vous connaissez, messieurs, les nou« veaux ordres du roi; croyez qu'il ne faut pas moins que

ment de 1782 et que le capitaine de vaisseau d'Orves commandait alors la division navale.

\ (1) Elle n'était pas encore renfermée dans la place.

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