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de Latouche crut avoir la certitude qu'il ne serait pas possible de relever la frégate, il fit amener le pavillon et héla qu'il se rendait. Une quarantaine d'hommes avaient quitté le bord dans deux embarcations. Les précautions prises par le capitaine de l'Aigle n'empêchèrent pas les Anglais de remettre cette frégate à flot et de l'emmener au large.

, Le vaisseau de 7M° le Scipion, capitaine Grimouard, et la frégate Sibylle, capitaine comte de Kergariou Locmaria, faisant route pour Saint-Domingue après avoir accompagné en dehors des débouquements un fort convoi qui se rendait en France, furent chassés, le 18 octobre, par les vaisseaux anglais LoNDoN de 108°, capitaine Kemptone, et ToRBAY de 82, capitaine Gidoin. La brise était faible de l'E.-S.-E. Les deux bâtiments français furent gagnés et, après un échange de quelques boulets en chasse et en retraite, le LoNDoN atteignit une position d'où il allait faire sentir au Scipion la puissance de son artillerie. Il était alors 8" 30" du soir. Le capitaine Grimouard n'en attendit pas l'effet; il laissa arriver sur l'avant du vaisseau ennemi, lui envoya sabordée de tribord à double projectile et revint immédiatement au vent pour éviter une bordée d'enfilade. Mais cette arrivée avait tellement rapproché les deux vaisseaux que, quand le Scipion revint au lof, il se trouva bord à bord et à tribord du LoNDoN. Le combat dura peu dans cette position; quelque précipitées et meurtrières que fussent les décharges de la mousqueterie du vaisseau anglais, —il était presque impossible de se servir des canons —celles du Scipion l'étaient encore davantage et bientôt son adversaire réussit à se dégager. Le Scipion vint de suite sur bâbord, passa derrière le vaisseau anglais en lui envoyant une volée d'écharpe et continua de le canonner à bâbord. La Sibylle était à grande distance; elle avait fait de la voile pour se faire poursuivre par le ToRBAY, mais le capitaine anglais ne s'était pas laissé prendre à cette manœuvre et il s'était dirigé sur le lieu du combat. Lorsqu'il y arriva, le LoNDoN avait cessé de tirer ; il venait de perdre sa vergue de petit hunier et l'oloffée subite qui avait été la conséquence de cette avarie avait mis toutes ses voiles sur le mât. Le capitaine Gidoin n'eut pas un instant la pensée que ce vaisseau pût être son compagnon de croisière et, dans le but d'être fixé sur le motif de son silence, il lui tira plusieurs coups de canon ; revenant bientôt de son erreur, il dirigea son feu sur le Scipion qui gouvernait alors sur Saint-Domingue. Il était 10" 30". L'intention du capitaine Grimouard n'était pas de recommencer une nouvelle lutte; il se borna à échanger quelques bordées avec ce vaisseau qui, du reste, ne s'éloigna pas du LoNDoN ; lorsque les principales avaries de celui-ci furent réparées, tous deux reprirent la chasse : ce fut inutile cette fois. Le Scipion entra dans la baie de Samana peu de temps après le lever du soleil.Au moment où il allait laisser tomber l'ancre dans le Port à l'Anglais, il toucha sur une roche dont la position n'était pas déterminée et il coula sur place ; tout l'équipage fut sauvé. Le capitaine Grimouard avait été blessé au combat de la veille. · Le capitaine de Kergariou ne crut pas devoir s'approcher d'un champ de bataille sur lequel il ne pouvait trouver d'autre adversaire qu'un vaisseau; il fit route pour le Cap Français et la Sibylle y entra sans autre rencontre. Le Palmier qui était chargé de l'escorte du convoi avec 3 frégates eut une fin encore plus déplorable que celle du Scipion. A la suite d'un coup de vent qui dispersa son convoi, à une trentaine de lieues des Bermudes, une voie d'eau considérable se déclara à bord de ce vaisseau et, les pompes ne pouvant plus franchir, le capitaine Martelly Chautard l'abandonna et passa avec son équipage sur les navires qui étaient encore auprès de lui.

Au mois d'octobre, la corvette de 18°la Sémillante, capi

A.

taine chevalier d'Arraud, combattit, en vue de Madère, la corvette anglaise de même force MoLLY, et l'obligea à amener son pavillon, après une heure et demie de vigoureuse résiStanCe.

La corvette la Cérès qui avait été capturée, au mois d'avril, après la bataille de la Dominique, fut prise, en décembre, par les frégates la Nymphe et la Concorde.

L'année se termina par la prise du vaisseau le Solitaire de 64°, que commandait le chevalier de Borda. Parti de la Martinique avec le vaisseau le Triton, les frégates la Résolue, la Nymphe, et la corvette la Speedy pour croiser devant la Barbade, le Solitaire se trouva, le 6 décembre au matin, après une nuit très-obscure, au milieu d'une division de 8 vaisseaux anglais sous les ordres du contre-amiral sir Richard Hughes. Le vaisseau français prit chasse; mais, à midi 30", il fut joint par le RUBY de 72°, capitaine Collins, qu'il combattit jusqu'à 2"; un second vaisseau arriva alors. Démâté de son mât d'artimon et désemparé dans toutes ses parties, le Solitaire succomba. Le RUBY portait des traces nombreuses de la résistance de son adversaire.

La corvette de 24° la Speedy fut aussi atteinte et eut le même sort que le Solitaire.

Dans les mers des Antilles, la campagne s'ouvrit par la prise de l'île anglaise de Saint-Christophe. A peine de retour de son expédition contre Saint-Eustache, le gouverneur général marquis de Bouillé se concerta avec le lieutenant général de Grasse pour diriger une attaque contre l'île anglaise de la Barbade (1). L'armée navale mit à la voile, le

(1) La Barbade est à une centaine de milles dans le S.-S.-E. de la Martinique. 17 décembre 1781, mais elle tenta vainement de remonter jusqu'à cette île : la force du vent et les avaries que firent les vaisseaux la forcèrent deux fois à relâcher. On renonça alors à l'attaque contre la Barbade, et Saint-Christophe fut choisie comme but de l'expédition (1). Le 5 janvier, 26 vaisseaux ayant à bord 6,000 hommes de troupes mirent à la voile. L'Hector, le Palmier, le Conquérant et le · fléchi qui avaient le plus souffert dans les sorties du mois précédent restèrent au Fort-Royal; le Solitaire avait été envoyé à Saint-Domingue. L'armée navale arriva, le 11, sur larade de la Basse-Terre de Saint-Christophe. Elle était à peine mouillée qu'une députation des habitants les plus notables vint donner au commandant en chef l'assurance qu'ils ne prendraient aucune part à la lutte qui allait s'engager, et qu'ils conserveraient la plus stricte neutralité. Les troupes expéditionnaires purent dès lors être mises à terre sans aucune opposition et marcher de suite sur le fort de Brimstone-hill, — montagne de soufre — dans lequel la garnison de la ville s'était renfermée. Brimstone-hill est une montagne escarpée que l'art et la nature ont fortifiée; elle est voisine de la côte et distante de 9 milles et demi dans le N.-O. de la Basse-Terre. Un peu plus haut, toujours dans le N.-O., direction que la côte cesse alors de courir, se trouvent la petite ville et le mouillage de Sandy-point, — pointe sablonneuse — placés tous les deux sous l'artillerie du fort de Brimstone-hill. Cette considération, quoique ayant sa valeur, n'arrêta pas le gouverneur général. Les difficultés qui lui restaient à surmonter étaient telles, qu'il n'hésita pas à s'établir à la pointe Sandy d'où il pouvait avoir des communications faciles avec l'armée navale. La perte du transport qui portait l'ar

(1) Saint-Christophe est à environ cinquante lieues dans le N.-N.-E. de la Martinique.

tillerie de siége retarda les opérations; deux batteries purent cependant bientôt ouvrir leur feu. Dès que le vice-amiral Hood, qui avait remplacé l'amiral Rodney dans le commandement des forces navales de l'Angleterre dans ces parages, apprit les projets des Français, il appareilla de la Barbade et se dirigea sur Saint-Christophe avec 22 vaisseaux; le 25 au matin, il était en vue, dans le Sud de cette île. L'apparition de l'armée anglaise faillit occasionner la perte de l'Isis. Pressé d'avertir le Généreux qui était à Nièves, petite île voisine et dépendante de Saint-Christophe, le capitaine de cette frégate ne prit pas toutes les précautions nécessaires pour atteindre le mouillage et il s'échoua. L'Isis put être remise à flot le lendemain, et elle rejoignit l'armée navale ainsi que le vaisseau. La rade de Sandy-point est incontestablement le meilleur mouillage pour une escadre qui voudrait jeter des secours dans le fort de Brimstone-hill ; et comme cette fortification était la plus considérable de l'île, le lieutenant général de Grasse eut de suite la pensée que le commandant en chef de l'armée anglaise allait conduire ses vaisseaux à cet ancrage. Il vit promptement combien l'occupation de cette position par l'armée ennemie pouvait avoir de conséquences fâcheuses pour le corps expéditionnaire qui investissait ce fort. Non-seulement l'amiral anglais coupait ses communications avec la mer, mais il allait probablement lui susciter de nouveaux embarras en débarquant un corps de troupes capable, sinon de faire lever le siége, du moins d'en faire ralentir et peut-être même suspendre les travaux. En présence de ces considérations, le lieutenant général de Grasse n'hésita pas; et quoique la distance à laquelle il était de Sandy-point ne fût pas grande, il mit de suite sous voiles sans même attendre que l'amiral anglais eût marqué sa manœuvre et indiqué la route qu'il comptait suivre et il se dirigea vers le N.-O. Il ne tarda pas à s'apercevoir que le commandant de l'armée

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