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pour tous ceux qui souffrent, qui voulait adoucir tous les malheurs, sécher toutes les larmes , excepté celles de la compassion et de la charité, donner à l'homme dès ici-bas la plus grande somme de bonheur dont il puisse être capable (1) ». Ces paroles ne sont-elles pas,

dans l'enseignement et dans la chaire, l'application de ces belles maximes de saint Thomas et de saint Bonaventure : « La grâce ne détruit pas la nature, mais elle la perfectionne; elle la perfectionne dans l'intelligence, dans la volonté, et même dans les régions inférieures de l'âme (2). » — «Dieu travaille à la réforme de l'humanité, mais sans amoindrir les lois de la nature (3). » « La sagesse irradie dans l'âme, elle la rend déiforme... elle éclaire l'esprit, elle enflamme le cæur, elle fortifie l'opération. Elle remplit l'intelligence de

(1) Sa Vie, p. 436.

(2) « Gratia non tollit naturam, sed perficit. » (18 p., q. 1, art. 8.) « Naturæ bonum non minuit, sed auget. » (Cont. Gent., 1. IV, c. LXXI.) « Gratia est perfectio naturæ, undè nihil quod ad gratiam attinet, naturam interimit. » (Opusc. XIX, cont. Impug., c. vi, ad 10um.) « Gratia naturam perficit, et quantum ad intellectum, et quantum ad voluntatem, et quantum ad inferiores animæ partes. » (De malo, q. 2, art. 11.)

(3) « Deus sic reformat, quod leges naturæ inditas non infirmat. » (S. Bonav., Brevil., 5 p., C. iv, t. V, p. 60.)

gracieuses clartés , et le cæur de charmes délicieux; elle rend l'action vigoureuse (1). »

Nous croyons que l'on a trop généralement négligé l'application de ces principes dans l'enseignement religieux et dans la composition des livres de piété. Sous prétexte d'attaquer le naturalisme et le rationalisme, et peut-être aussi sous l'influence d'un certain jansenisme pratique, a-t-on bien évité les extrémités contraires ? A-t-on bien réfléchi à cette parole profonde du Père Faber : « Nous sommes tous en danger de perdre le surnaturel, en nous en servant tout d'abord pour détruire le naturel (2)? » Ne s'est-on pas, sans doute par irréflexion, mis en opposition plus ou moins directe avec les méthodes des Pères et des Docteurs de l'Église? Autant de questions sérieuses, et dont la solution importe plus qu'on ne pense à la propagation de l'Évangile et au retour des âmes égarées.

« Dieu, dit Mme Swetchine, épure et perfectionne : certaines écoles ne savent que mutiler,

(1) « Sapientia descendens a Patre luminum, et radians in animam , facit eam deiformem... Illustrat intellectivam , inflammat affectivam, roborat operativam. Facit intellectivam speciosam, affectivam amanam, operativam robustam. » (De sept. donis, de dono sap., C. I, p. 312, t. V.)

(2) Le P. Faber., Conf., p. 52, texte anglais.

retrancher et détruire : on dirait que le procédé de Dieu leur déplaît : en fait de préférences, elles ne connaissent que les exclusions (1). »

Nous n'avons jamais été, nous ne serons jamais le disciple de ces écoles qui ne savent que mutiler, retrancher et détruire. Elles ont toujours existé parmi les chrétiens sous différents noms, et à toutes les époques. Nous avons toujours pensé et nous pensons encore qu'elles font un grand mal à la religion; et au jugement de Dieu, on sera peut-être effrayé du nombre d'âmes qu'elles auront contribué à éloigner (2). Dans nos différentes publications, nous cherchons à faire prévaloir des idées tout opposées, parce que nous les croyons les seules vraies et les seules capables, sinon de convertir toujours, au moins de rapprocher les hommes de notre époque. Nous avons en face de nous une société qui, si elle a ses travers et ses crimes , n'est dépourvue ni de raison, ni de vertus : elle est intelligente, très jalouse de ses droits vrais ou prétendus; et si on

(1) Mme Swetchine, OEuvres, t. II, p. 137.

(2) M. le comte Molé, avant sa conversion, écrivait au P. de Ravignan : « Il y a des dévots et des dévotions qui me repoussent autant que la sainteté m'attire. » (Cité dans la Vie du P. de Rarignan par le P. de Pontlevoy, c. XIII, t. I, p. 376.)

lui conteste, au nom du Christianisme, ce qu'il peut y avoir de légitime en ses aspirations, on parviendra à élargir les abîmes entre elle et nous, à élever de ces murailles de séparation que le temps seul et les longs travaux d'un apostolat éclairé et charitable peuvent détruire.

Nous nous appuyons constamment sur la doctrine des grands maîtres de la religion, afin de prouver à quelques chrétiens défiants et soupçonneux que nous sommes dans le vrai des traditions catholiques. C'est cette considération qui expliquera aux lecteurs intelligents le nombre et la fréquence de nos citations. Et encore puissionsnous ne pas nous attirer le reproche qu’on adressait à l'orateur romain, et qu'il expose de manière à le réfuter : « Ce ne sera pas la première fois que j'aurai passé pour novateur, tout en ne disant que des choses fort anciennes, mais ignorées de plusieurs, ego autem et me sæpe nova videri dicere intelligo, cùm pervetera dicam, sed inaudita plerisque (1). »

Ce volume (2) renferme deux traités, l'un sur (1) Cicéron, Orat., c. III. — Cicéron dit ailleurs : « Ce que l'on met ainsi sous le patronage de ces illustres morts acquiert, je ne sais comment, une autorité toute nouvelle. » (De Amicit., c. I.)

(2) La première édition était en deux volumes.

l'Humilité, l'autre sur les Lectures. L'humilité est une vertu peu connue : elle a été et elle est encore dénaturée par les partis les plus extrêmes. Nous présenterons sur ce point un résumé de la doctrine des Pères, et la manière dont nous envisagerons notre sujet intéressera peut-être le philosophe et le moraliste, autant que le chrétien. L'humilité est une de ces vertus fondamentales qui supporte tout l'édifice de l'existence : c'est une racine cachée en terre, mais qui a des ramifications continuelles avec ce qu'il y a de plus extérieur et de plus intime, de plus découvert et de plus secret dans la .vie humaine. A l'humilité se rattacheront toutes les questions qui peuvent concerner l'orgueil, les louanges, la vanité, l'amour-propre. — Les lectures ont une importance souveraine dans la vie des femmes. Nous avons cherché à en montrer les avantages, à expliquer la meilleure méthode pour les faire fructifier, et aussi à en signaler les abus et les nombreux périls.

Ces Conférences ont fait du bien à la Rochelle. Puisse la publicité le continuer en quelques âmes! c'est notre désir, et ce serait notre plus douce récompense.

La Rochelle, le 11 juin 1865, fête de la Très Sainte-Trinité.

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