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devoit en ombrager la coupole. Elmire posa la première pierre de ce petit édifice, auquel ou ajouté U^e'espeÇ^ de pérystde couvert, contenant deux bancs de pierre, afin que ce monument de la piété reconnoissante, élevé par des fugitifs rendus à leur patrie, pût servir de refuge aux voyageurs fatigués. On employa assez d'ouvriers pour que la chapelle fût promptement bâtie. EUé. était à peine achevée, lorsque Volnis reçut une lettre qui lui annonçoit le retour de son ancien curé; toute la famille de Volnis et celle de Girard furent au-devant de lui; on le rencontra à trois lieues de la ferme, et l'on fut étrangement surpris de le trouver escorté par cinq ou six charrettes remplies de paysans de tout âge, hommes, femmes et enfans; c'étoit la plus grande partie des anciens habitans du village. Ce troupeau fidèle ayant 6uivi les traces de son pasteur, s'étoit réuni à lui dans une terre étrangère, et là, par son active protection, il avoit obtenu du travail et une subsistance honorable. A son départ, ils «'hésitèrent point^à le suivre; se laisser guider par lui, c'étoit pour eux se confier à la Providence. Ils ne quittèrent pas, sans répandre des tarmes , l'asile où ils avoient vécu paisibles pendant dix ans. Plusieurs y laissoient la tombe de leurs proches, et les enfans, nés dans cette

terre hospitalière, crurent abandonner leur patrie; ils apportoient dans le pays de leurs pères un accent étranger, qui avoit quelque chose de touchant et de triste, car il altestoit la durée de l'exil de leurs familles fugitives!.... Volnis, sa femme et ses èhfans , descendirent de voiture, et toutes les charrettes s'arrêtèrent; le curé, et une grande quantité de villageois, en reconnoissant leur ancien seigneur, s'empressèrent de mettre pied à terre Ce

moment fut touchant et tumultueux; on entendit les exclamations de joie des paysans, 1, s bénédictions entrecoupées de pleurs et de sanglots , des vieilles femmes, les cris des petits enfans, dont la plupart endormis sur le sein

de leurs mères , venoient de se réveiller*

Volnis s'avança précipitamment, et bientôt il se trouva dans les bras du vénérable curé! Ils se regardèrent l'un et l'autre avec atîendrissertiént; Vôlnis n'étoit plus un jeune homme, et le malheur avoit doublé sur son visa ,e lés tristes années de l'absence. Le b:>n pasteur étoit devenu un vieillard; il entroit à peine dans" Sa cinquantième année , mais les cheveux blanchissent plus promptement dans une terre étrangère! Tous les villageois entourèrent Volnis,

en faisant retentir le vallon du cri mille fois répété vive notre bon seigneur! Quand le calme fut un peu rétabli, Volnis prenant la parole : Mes enfans, leur dit-il, je ne suis plus votre 'seigneur, mais je serai toujours votre ami; je ne puis vous offrir un asile dans mon château, il n'existe plus, et vos chaumières ne

sont que délabrées En attendant que vous

ayez pu les relever, vous trouverez un refuge dans ma ferme, les granges de Girard pourront vous contenir tous; nous prendrons dans la ferme notre respectable pasteur, et nous tâcherons d'y loger encore les femmes enceintes et les nourrices. Je ne vous laisserai pas manquer d'ouvrage; je vais bâtir, je vais planter et défricher des champs devenus incultes, vous m'aiderez dans mes travaux, je prendrai part aux vôtres», nous travaillerons avec vous au rétablissement du presbytère et du village ; cette terre, jadis fertilisée par nous, reprendra bientôt toute sa fécondité: tandis que nous en étions bannis, elle n'a produit que des épines! la main de ses anciens possesseurs lui rendra ses richesses et sa beauté; mes amis, nous en jouirons doublement ensemble, en nous rappelant les temps du malheur et de la proscription!

Ce discours fut écouté avec tous les témoignages de la plus vive gratitude. Volnis, Elmire et leurs enfans, escortés par leurs anciens vassaux, et comblés de leurs bénédictions, se rendirent avec le euré à la ferme. On passa dans le village en ruine; en y entrant , la troupe villageoise s'arrêta, et l'on entendit un murmure

sourd et confus de gémissemens! Chacun

reconnoissoit en pleurant sa chaumière, et s'attendrissoit, non-seulement en la voyant délabrée , mais en songeant aux jours amers passés loin d'elle! Plusieurs d'entr'eux s'élancèrent dans ces masures; les uns s'y précipitaient, comme pour en reprendre possession, d'autres, pour revoir la chambre où ils avoîent reçu le jour, ou pour montrer à leurs enfans, de douze et treize ans, la place où l'on avoit posé leurs berceaux!... Ces cabanes, jadis sanctifiées par la vertu, le bonheur domestique, le travail, et animées par l'industrie, n'offroient plus que des images affligeantes! La hauteur des broussailles qui remplissoienl ces décombres, l'affluence des mauvaises herbes, l'épaisseur de la mousse et du lierre qui recouvroient les murs, tout y peignoit un long et funeste abandon! Là, ces bons villageois, parmi les ruines, ne déploroient point lès pertes dont la vanité peut souffrir y ils regrettoient un toit de chaume , des meubles grossiers, quelques vases d'argile, et surtout dix années de travaux inutiles à la patrie!'

On eut beaucoup de peine à les arracher de ces débris; «"«n on arriva à la ferme, où l'on. trouva le moyen de loger tous les villageois dans les granges, dans' les écuries et sous des hangars. Le soir, la famille assemblée pria le curé de lui conter les aventures de son expatriation , et le curé prit la parole en ces termes:

« Je retrouvai toute ma paroisse en Allema- » gne, mais dispersée par le malheur , et dans » l'état le plus nnVérable. A force de soins, je » parvins à réunir ce troupeau fidèle, qui se

>» rassembla promptement à la voix de son » pasteur. Je les établis dans une contrée riche, » hospitalière, mais protestante, où nul d'en- » tr'eux n'a manqué de secours et d'ouvrages. » J'étois fixé dans leur voisinage, et cependant » séparé d'eux par une barrière que nous ne » pouvions franchir souvent: c'étoit le Rhin, » fleuve immense qui se trouvoit entre leur » canton et le château du baron de * * *, » seigneur allemand catholique, qui me donnoit » un asile, et qui m'avojt confié l'éducation de

>» ses deux fils. Le baron, après avoir .servi

» pendaut vingt - cinq ans avec distinction^ veuf

» depuis trois ans et ne possédant qu'une fortune » très-bornée, s'étoit retiré dans cette solitude, » pour s'y consacrer à l'éducation de ses enfans. » Son château, entouré de montagnes et 4c ro

» chers qui s'étendoient jusqu'aux bords du

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