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îa médecine depuis cette époque : une chose remarquable , c*est que de quelque manière que soit exërcée la médecine, quelque système que Ton suive, les calculs sur la durée de la vie humaine (suivant la température des pays ) se retrouvent toujours à peu près les mêmes. On a remarqué qu'il y avoit à la cour de Louis XIV, sur la fin de son règne, beaucoup plus d'octogénaires, et même de centénaires, que nous n'en avons vu depuis; mais lorsque le souverain est très-avancé en âge, toute la cour a vieilli avec lui: au commencement d'un nouveau règne, tous les vieillards disparoissent; les uns sont congédiés, les autres se retirent, et la cour se repeuple da jeunes courtisans; ainsi nous ne pouvons pas aujourd'hui y voir même des septuagénaires. On s'étonne encore que la pratique de la médecine de nos jours étant aussi différente de celle des siècles derniers, on ait pu vivre alors, ou qu'avec la science perfectionnée, attribuée à nôtre médecine moderne, on puisse mourir aujourd'hui. Le fait est que l'on meurt comme on mouroit jadis, ni plus ni moins, et qu'au vrai, les médecins célèbres du temps passé ont mérité leur réputation, ainsi que ceux du temps présent méritent celle qu'on leur accorde, quoique ces derniers aient des systèmes tout à fait différens, parce que les systèmes en médecine doivent n«a. U

cessairement changer suivant les mœurs, le* usages, le régime, le genre de vie, qui forment diverses constitutions physiques, et donnent lieu à plusieurs maladies dominantes; et par exemple , dans le dix-septième siècle, la saignée étoit excessivement à la mode. Guy-Patin conte dans ses mémoires, qu'en iG53, M. Cousinot, qui fut depuis premier médecin du roi, fut, par un violent rhumatisme, saigné soixante-quatre fois en huit mois, par ordonnance de son père et de son beau-père M. Bouvard, et qu'ensuite on purgea copieusement le malade. Guy-Patin ajoute que, pour une pleurésie, il a saigné treize fois un enfant de sept ans. Enfin, durant tout ce siècle, on se faisoit saigner ainsi, non-seulement lorsqu'on étoit malade, mais on ne manquoit pas de se faire saigner encore en parfaite santé par précaution, au printemps et en automne. Mais c'est qu'alors la maladie dominante et presqu'universelle, et à tout âge, étoit l'apoplexie sanguine et foudroyante. On trouve dans les mémoires manuscrits de Dangeau, une liste mortuaire faite exactement et sans interruption pendant quarante ans, de toutes les personnes en place, ou ayant un état honnête à la ville et dans les provinces, que l'auteur a vu mourir dans cet espace de temps, et l'on apprend que toutes ces personnes, sans exception, sont mortes de eoups de sang, d'apoplexie ou de la petite vérole, mais surtout d'apoplexies. On avoit donc raison alors de se faire saigner. Louis XIV n'évita l'apoplexie que par les saignées de précaution: Monsieur, et son fils le régent, qui négligèrent ce moyen, moururent d'apoplexie ainsi que Louvois et son frère l'archevêque dè Reims, et son fils, ses petits-fils, arrière-petits-fils, et même ses arrière-petites-filles, madame la marquise de Puisieulx,*et madame la maréchale

d'Estrées. 1 Pourquoi donc ces apoplexies héréditaire»

et universelles? En cherchant bien, il est certain qu'on en trouveroit la cause, comme je l'ai dit, dans la manière de vivre, dans le régime et même dans le costume. Il étoit d'usage alors de se couvrir excessivement la tête, surtout la nuit; les femmes portoient d'épais bonnets piqués; les hommes, des bonnets de nuit trèschauds, et dans le jour d'énormes perruques; ces coiffures devoient faire porter le sang à la tête. Dans ce temps on avoit beaucoup moins de légumes et de fruits, on en mangeoit trèspeu; on mangeoit infiniment plus de viande, la nourriture étoit plus abondante, plus nourrissante; on dînoit et on soupoit, on faisoit moins d'exercice, et même les femmes n'en faisoient point du tout; on étoit plus robuste, on avoit le sang plus épais, etc. D'autres causes encore pouvoient se joindre à celles-ci. Enfin, l'usage du café, du thé, celui du tabac ont dû avoir une influence physique sur la santé; alors d'autres constitutions, d'autres maux, ont rendu nécessaires des modifications, et même un bouleversement dans la pratique de la médecine. Si, avant de se moquer de nos pères, ou de critiquer les modernes, en citant les exemples du temps passé, on se donnolt la peine de réfléchir et de remonter aux causes, on trouveroit presque toujours que les choses universellement établies, ne le sont point sans un fondement raisonnable. Ce qui doit vous prouver, mes enfans, une vérité qu'il est bon de connoître, c'est que les esprits qui sont le plus disposés à la censure, ne peuvent être solides; les gens moqueurs ne savent rien approfondir, ils sont toujours superficiels.

Quant à ces petites recettes et à ces remèdes applicables dans certains maux pressans, dans des cas où l'on ne peut se méprendre (i) ; enfin à ces soins du moment J qu'on appelle médecine domestique, ilestbiennécessaire de se persuader, i°. que le zèle et la charité ne donnent pas la science, que par conséquent, une femme qui n'a

'( i ) Tek que les remèdes administrés aux noyés, etc.

point fait d'études, soigneroit des pauvres et des malades pendant cinquante ans, sans être un bon médecin; et que même, si elle ne se rendoit pas justice à cet égard, elle seroit une très-mauvaise garde-malade, parce qu'elle n'auroit pas pour le médecin l'obéissance exacte et si indispensable qu'elle doit avoir; 2°. qu'il est essentiel encore , pour exercer ces soins charitables , d'acquérir quelques connoissances: par exemple, il faut connoître les plantes usuelles, fraîches et sèches, telles qu'on les vend chez l'herboriste; deux petites études différentes, qui demandent de l'attention et de la mémoire, et connoissance sans laquelle on ne peut prévenir de fâcheux quiproquos; car les herboristes quelquefois, très-peu instruits, donnent souvent une plante pour une autre. Gomme il est possible que les garçons de boutique d'un pharmacien puissent se tromper, il est très-utile aussi de connoître, à la seule inspection, les drogues les plus usitées en médecine. Elle doit encore connoître les propriétés de tous les alimens, savoir panser une plaie simple, poser et conduire un vésicatoire, et traiter parfaitement tous les maux pour lesquels on n'appelle point ordinairement de médecin. Il est même quelques maladies dont les caractères ne sont pas équivoques, qui peuvent subitement survenir en voyage, ou qui demaa~

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