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AVERTISSEMENT.

L'AUTEUR de cette traduction élégante et fidèle a pensé que je devais indiquer au lecteur l'objet que je me suis proposé en écrivant l'histoire de la littérature anglaise ; le voici, en quelques mots.

Une nation vit vingt, trente siècles et davantage, et un homme ne vit que soixante ou soixante-dix ans. Cependant une nation ressemble beaucoup à un homme. Car, dans une carrière si longue et presque indéfinie, elle a aussi son caractère propre, son esprit et son âme, qui, visibles dès l'enfance, se développent d'époque en époque et manifestent le même fonds primitif depuis les origines jusqu'au déclin. Ceci est une vérité d'expérience, et quiconque a suivi l'histoire d'un peuple, celle des Grecs depuis Homère jusqu'aux Césars Byzantins, celle des Allemands depuis le poème des Niebelungen jusqu'à Goethe, celle des Français depuis les premières chansons de Geste et les plus anciens fabliaux jusqu'à Béranger et Alfred de Musset, ne peut s'empêcher de reconnaître une continuité aussi rigoureuse dans la vie d'un peuple que dans la vie d'un individu.

Maintenant, supposez un des cinq ou six grands individus qui ont joué le premier rôle sur la scène du monde, Alexandre, Napoléon, Newton, Dante ; admettez que par un bonheur extraordinaire, nous ayons une quantité de peintures authentiques, intactes et fraîches, aquarelles, dessins, esquisses, grands portraits en pied, qui nous le représentent à tous les âges de sa vie, avec ses divers costumes, impressions et attitudes, avec tous ses alentours, notamment dans les principales actions qu'il a faites, et dans les plus fortes crises de son développement intérieur.

Voilà justement les documents que nous avons aujourd'hui pour connaître ce grand individu qu'on appelle une nation, surtout quand cette nation possède une littérature originale et complète. En effet chacune de ses æuvres littéraires est une peinture dans laquelle nous la contemplons. Et cette peinture nous est plus précieuse qu'un portrait physique, car elle est un portrait moral ; le poème de Béowulf et les Contes de Cantorbéry, le théâtre de la Renaissance et de la Réforme, les diverses lignées de prosateurs et de poètes qui se succèdent depuis Shakspeare et Bacon jusqu'à Tennyson, Dickens et Carlyle, nous présentent toutes les formes littéraires, toutes les figures poétiques, tous les tours de pensée, de sentiment et de style dans lesquels s'est complue l'âme de la nation anglaise; on y suit les variations de ses préférences, et la persistance de ses instincts; on y voit une personne qui subit l'action des circonstances et qui se transforme en vertu de sa nature, aussi bien que par l'effet de son passé; mais on y découvre aussi une personne qui dure; l'adulte ne fait qu' achever l'adolescent et l'enfant; la vivante figure contemporaine garde encore les traits essentiels du plus ancien portrait. Parmi tous ces portraits, j'ai entrepris de recueillir les plus vifs et les plus exacts, de les ranger selon leur date et leur importance, de les relier et de les expliquer, en les commentant avec admiration et avec sympathie, mais aussi avec liberté et franchise; car, s'il faut aimer son sujet, on ne doit flatter personne. Peut-être valait il mieux laisser ce soin aux gens de la maison ; ils diront qu'ils connaissent mieux le personnage, puisqu'ils sont de sa famille. Cela est vrai; mais, à force de vivre avec quelqu'un, on ne remarque plus ses particularités. Au contraire un étranger a cet avantage que l'habitude ne l'a point émoussé ; involontairement il est frappé par les grands traits; de cette façon il les remarque. C'est là toute mon excuse ; je la présente au lecteur anglais avec quelque confiance, parce que, si j'examine mes propres idées sur la France, j'en trouve plusieurs qui m'ont été fournies par des étrangers et notamment par des Anglais, .

H. A. TAINE. PARIS, Octobre 1871.

DEDICATION.

Even at the present day, the historian of Civilisation in Europe and in France is amongst us, at the head of those historical studies which he formerly encouraged so much. I myself have experienced his kindness, learned by his conversation, consulted his books, and profited by that intellectual and impartial breadth, that active and liberal sympathy, with which he receives the labours and thoughts of others, even when these ideas are not like his own. I consider it a duty and an honour to inscribe this work to M. Guizot.

H. A. TAINE.

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