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pour la bonne foi, est bien plus commun qu'on ne le pense, puisque, même sous les noms auxquels l'usage semble avoir le plus attaché l'idée d'une mesure fixe, tels que pied, aune, etc., il existe une foule de différences très-réelles. Rien ne saurait justifler un tel abus : il était réservé à l'assembléè nationale de l'anéantir. » · Elle l'anéantira sans doute; car les objections de la routine et du préjugé ne peuvent être, pour des hommes éclairés, que ce qu'elles sont en effet; et quant à l'empire des localités et des habitudes, la raison publique en prépare depuis long-temps l'heureuse décadence, pour que l'assemblée nationale, objet et témoin journalier de ces grandes et inconcevables conquêtes de l'esprit public, puisse se croire obligée de composer avec ces limites comme avec des obstacles invincibles. ' - La nécessité de changer cet ordre de choses, et les moyens de porter dans ce changement toute la perfection possible, sont établis dans la proposition de M. l'évêque d'Autun, avec cette lumière, cette netteté d'idées et cette précision analytique de pensée et de langage qui ont toujours distingué ses écrits, et qui sont le vrai caractère de la supériorité de l'esprit. On sait qu'il existe des différences dans les mesures qui p raissent les plus fixes par leur dénomination. On verra, dans l'édrit de M. l'évéque d'Autun, combien ces différences sont considérables. Il en a tracé le tableau d'après l'Encyclopédie, par ordre de matières, et différens auteurs, tels que Giraudeau, Paucton, etc. C'est dans ce tableau qu'on voit varier la nature du pied, depuis 120 lignes, mesure de Rouen, jusqu'à 151-20, mesure de Grenoble; l'aune, depuis 299-80, mesure de Dunkerque, jusqu'à 597-20, mesure de Bretagne; la canne, depuis 551-70, mesure de Troyes, jusqu'à 894-60, mesure de Montpellier. La même variété, sous une dénomination uniforme, se trouve dans les mesures rondes pour les choses sèches. Le boisseau varie depuis 12895 pouces cubes, mesure de Mâcon, jusqu'à 128, mesure de Rouen; le muid, depuis 108257, mesure de Rouen, jusqu'à 19540, mesure d'Orléans; l'émine, depuis 1289, mesurede # #

Montpellier, jusqu'à 20629, mesure d'Auxonne; le sac, depuis 7549, mesure de Gimons, jusqu'à 5715, mesure de Tournon ; le setier, depuis 924, mesure de Strasbourg, jusqu'à 10850, mesure de Montauban; le tonneau, depuis 12205, mesure de Nantes, jusqu'à 97989, mesure de Beauvais, etc., etc. * . La variété des poids et mesures est, parmi nous, comme celle des lois et des coutumes, le produit de l'anarchie féodale. Philippe-le-Long et Louis XI essayèrent vainement de rétablir l'uniformité du régime primitif tel qu'il existait sous Charlemagne; cette idée fut reproduite sous Louis XIV par trois académiciens célèbres, Amontons, Picard et Huyghens ; Louis XV fut près de la réaliser; et, de nos jours, M. Turgot allait ajouter cette grande innovation à celles qui avaient déjà signalé son ministère, lorsque les ennemis du bien public l'arrachèrent à une place qu'il prétendait, par de trop difficiles devoirs, environner d'une nouvelle espèce d'honneurs, et au peuple dont il avait la folie de vouloir créer le bonheur et la liberté. « Vous ferez aujourd'hui, dit M. l'évêque d'Autun à l'assemblée nationale, ce que ce grand homme regretta de n'avoir pu faire. La nation vous aura encore cette obligation. Non-seulement le commerce vous devra des encouragemens, par le mouvement rapide imprimé à sa marche, et par une circulation nécessairement plus productive; mais la propriété foncière, la culture, l'industrie, mais la consommation journalière en éprouveront un avantage sensible. L'habitant des campagnes, obligé d'assurer sa subsistance par le débit de ses productions, ne sera plus découragé à la vue de cette foule de poids et de mesures différens qui l'attendent de tous côtés, pour peu qu'il s'éloigne de son séjour ordinaire. Quels soupçons, en effet, ne doit pas éveiller dans son esprit cette variété dont la seule étude l'épouvante! Aussi ose-t-il à peine quitter le cercle étroit qui renferme ses possessions. Enchaîné aux mêmes lieux, aux mêmes correspondans, il préfère à un gain trop incertain une perte réelle, tandis que de son côté l'acheteur étranger n'aborde qu'avec crainte un marché inconnu. Il faut que désormais le citoyen rassuré, soit qu'il vende, soit qu'il achète, puisse librement parcourir tous les marchés du royaume; qu'il y verse avec confiance ses denrées ou son argent; qu'il s'y voie à l'abri de la fraude, sous la protection de la loi. Eh ! combien il la bénira, cette loi, lorsqu'après en avoir éprouvé les bienfaits sous tant de rapports essentiels, il la retrouvera encore attentive à ses moindres besoins ! » · Le moyen le plus simple d'établir l'uniformité des poids et mesures, serait de les déterminer, pour toutes les parties du royaume, sur le double étalon de livre et de toise qui existe à Paris. Il y aurait même plusieurs sortes d'avantages attachés à cette méthode. Mais quelques facilités qu'elle offre dans la pratique, comme l'observe M. l'évêque d'Autun, elle ne répondrait pas assez ni à l'importance de l'objet, ni à l'attente des hommes éclairés et difficiles. Ce n'est pas avoir tout fait que d'avoir réduit à un seul poids, à une seule mesure; il faut que cette réduction se rapporte à un modèle invariable pris dans la nature, afin que toutes les nations puissent y recourir en cas de perte ou d'altération de leurs étalons. Or, l'étalon de poids qui se trouve à Paris n'a été déterminé sur aucune mesure naturelle. M. l'évêque d'Autun propose donc, et son vœu sur ce sujet est celui d'un grand nombre de savans, de faire une nouvelle opération, dont l'exactitude fût appuyée sur des preuves et des témoignages irréfragables, et dont les résultats pussent présenter aux yeux de toute l'Europe, un modèle inaltérable de mesures et de poids. Deux méthodes principales ont été indiquées par de célèbres académiciens. M. l'évêque d'Autun préfère la seconde, comme offrant plus de facilités dans l'exécution. « Elle consiste à prendre, pour mesure élémentaire, la longueur du pendule simple à secondes par la latitude de 45 degrés. Les nombreux partisans de cette méthode ont préféré ce point comme étant terme moyen entre l'équateur et le pôle. On donnerait à l'aune la longueur exacte de ce pendule, à notre toise le double de cette longueur, et la toise se subdiviserait en pieds, pouces et lignes, suivant les rapports connus de ces subdivisions.-De là passant aux mesures de capacité, telles que le muid, le setier, le boisseau, la pinte, etc., et en assignant pour base de leurs dimensions le pied cube, déduit d'après la longueur du pendule, on pourrait également fixer, d'une manière invariable, toutes les mesures. — Enfin on appliquerait aux poids cette mesure, en faisant usage d'un procédé ingénieux de M. Lavoisier, qui a déterminé, avec la plus grande précision, le poids d'un pied cube d'eau douce, distillée une fois à la température de 14 degrés 4 dixièmes du thermomètre de Réaumur : par-là on trouverait le moyen de fixer invariablement la livre de pesanteur; car on donnerait le nom de livre au poids réel de l'eau ainsi distillée, qui serait contenue dans un vase cubique, dont la hauteur serait la douzième partie de la longueur du pendule. La livre ainsi trouvée, il serait facile de déterminer ses subdivisions, comme ses multiples. » Afin de donner à cette méthode le caractère de solennité, d'universalité et d'exactitude rigoureuse qu'elle mérite d'avoir, M. l'évêque d'Autun propose à l'assemblée mationale d'écrire au parlement d'Angleterre, pour l'engager à concourir avec la France, et par des commissaires choisis en nombre égal dans l'Académie des sciences de Paris et dans la Société royale de Londres, à la fixation de l'unité naturelle des mesures et des poids. • * « Chacune des deux nations, ajoute-t-il, formerait sur cette mesure ses étalons, qu'elle conserverait avec le plus grand soin ; de telle sorte que si, au bout de plusieurs siècles, on s'apercevait de quelque variation dans l'année sidérale, les étalons pussent servir à l'évaluer, et par-là à lier ce point important du système du monde à une grande époque, celle de l'assemblée nationale. Peut-être même est-il permis de voir dans ce concours de deux nations, interrogeant ensemble la nature pour en obtenir un résultat important, le principe d'une union politique, opérée par l'entremise des sciences. Cette vue me peut échapper à des législateurs, et mérite sans doute une haute considération de leur

part. » ]

sÉANCE DU 8 MAI. [M. de Bonnay. Depuis long-temps la majeure partie de la nation a fait connaître son vœu de voir établir dans le royaume, l'uniformité des poids et mesures. Ce vœu serait exprimé par la raison, quand il ne le serait pas par le commerce; il faut que l'assemblée nationale ajoute ce bienfait à tous les autres; ce que Colbert et Louis XIV voulaient faire, ce que Louis XV avait entrepris, ce que M. de Turgot était digne d'entreprendre, ce que les Romains seuls avaient exécuté, Louis XVI et l'assemblée nationale l'exécuteront. Votre comité, qui respecte vos momens, ne vous parlera pas des différens systèmes qui lui ont été présentés sur cet objet; les uns veulent que les mesures de Paris soient celles de tout le royaume; d'autres ont proposé la hauteur moyenne du mercure d'Autorichelli; l'Angleterre est prête à se joindre à nous pour exécuter cette uniformité. Quand ces deux nations, qui n'ont de rivales qu'elles-mêmes, l'auront adoptée, toute l'Europe ne manquera pas de l'adopter aussi, Voici le projet de décret que votre comité a l'honneur de vous proposer : « L'assemblée nationale désirant faire jouir à jamais la France entière de l'avantage qui doit résulter de l'uniformité des poids et mesures, et voulant que les rapports des anciennes mesures avec les nouvelles soient clairement déterminés et facilement saisis, décrète que sa majesté sera suppliée de donner des ordres aux administrations des divers départemens du royaume, afin qu'elles se procurent, qu'elles se fassent remettre par chacune des municipalités comprises dans chaquedépartement, et qu'elles envoient à Paris, pour être remis au secrétaire de l'Académie des sciences, un modèle, parfaitement exact, des différens poids, et des mesures élémentaires qui y sont en usage. « Décrète ensuite que le roi sera également supplié d'écrire à sa majesté britannique, et de la prier d'engager le parlement d'Angleterre à concourir avec l'assemblée nationale à la fixation de l'unité naturelle des mesures et des poids; qu'en conséquence, sous les auspices des deux nations, des commissaires de l'Aca

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