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l'existence à Schwyz d'une organisation indépendante et d'une libre communauté. On ignore si les Schwyzois ont tenu compte de ces royales paroles, plus que de celles que leur avaient fait entendre, vingt-quatre ans auparavant, la femme et le fils du roi Rodolphe. C'était un terrain sur lequel ils ne reculaient jamais, que pour y faire ensuite de plus grands pas. Il ne pouvait pas en être de même, lorsqu'il était question de prérogatives qui ne constituaient point à leurs yeux un empiétement sur la libre gestion de leurs affaires communes. Telles étaient, par exemple, les attributions qui, d'après les coutumes du pays, rentraient dans l'exercice du droit de propriété. Le seul acte qui nous ait conservé le souvenir de l'intervention d'Albert dans les affaires de Schwyz se rapporte à un cas de ce genre. Il s'agissait de détacher de la paroisse de Schwyz (sur laquelle la maison d'Autriche possédait, en vertu probablement de quelque donation des Habsbourg, le droit de patronage), le village de Morschach, et il fallait que cette séparation, approuvée déjà par l'évêque du diocèse, fut ratifiée par les patrons du bénéfice démembré. On alléguait, pour motiver la formation d'une paroisse nouvelle, les difficultés que la chute des avalanches opposait aux libres communications entre Morschach et Schwyz, et, par conséquent, à la dispensation, au moment où ils étaient nécessaires, des secours religieux qu'un prêtre seul a le pouvoir d'administrer. « Qui pourrait décrire, » dit l'évêque de Constance, en faisant droit à la requête des pauvres villageois, « qui pourrait décrire les épouvantables ravages que causent ces avalanches qui, lorsqu'elles arrivent, font trembler la crête des montagnes et le fond des vallées ? Descendant avec le fracas du tonnerre du sommet des monts, elles bouleversent de fond en comble ce qui leur fait obstacle, ébranlent même la base des montagnes, détruisent tous les êtres vivants placés sur leur passage, et, creusant dans le sol de profonds ravins, rendent, là où elles se sont précipitées, tout chemin impossible. » — « On ne peut méconnaître, » dit à son tour le rescrit royal qui acquiesce aux vœux du prélat, « on ne peut méconnaître les dangers que font courir aux habitants de Morschach, quand ils veulent gagner Schwyz, ces avalanches furieuses qu'un orage ou le poids des neiges précipitent à l'improviste du haut des monts, et qui, roulant le long de pentes abruptes ou de rochers à pic jusqu'au fond des vallées, écrasent de leur masse tout ce qu'elles rencontrent, font disparaître la trace des chemins, et sont plus d'une fois devenues la déplorable cause de la mort inévitable et subite de ceux qui se sont trouvés sur leur passage. » On voit que ce redoutable phénomène produisait déjà un bien puissant effet sur les imaginations, pour que les rédacteurs de deux pièces officielles se soient livrés à une sorte de joute littéraire, en cherchant à le décrire, chacun de son mieux. Ces coups de pinceau sont alors trop rares pour qu'ils ne méritent pas d'être remarqués quand on les rencontre, quoiqu'on puisse douter, dans ce cas-ci, qu'ils aient été donnés d'après nature !*. Tout en consentant à ce qu'un curé fût spécialement affecté à ce village, perdu au pied de la Fronalp dans un repli du rivage du lac des Quatre-Cantons, afin qu'en tout temps l'office divin et les sacrements de l'Eglise fussent à la portée de ses habitants, le roi Albert, dans son rescrit du 25 avril 1302, réserve expressément, tant en S0n nom qu'en celui de ses fils, les droits de patronage possédés par eux sur l'ancienne église de Schwyz et sur la nouvelle église de Morschach (in jure patronatus earumdem ecclesiarum). Mais ici, comme à Steinen, où les ducs d'Autriche étaient aussi patrons de l'église paroissiale, il s'agissait non d'un droit de souveraineté, mais de l'un de ces priviléges féodaux qui constituaient une des formes de la propriété et dont l'usage subsiste encore dans plus d'un pays en faveur de simples particuliers. Il subsista même à Schwyz sans contestation, en faveur des ducs d'Autriche, après que toute soumission politique leur eut été déniée ; là, comme dans les autres Waldstätten, les confédérés distinguèrent toujours soigneusement, sauf dans les temps de crise violente, entre ce qu'ils devaient à la propriété et ce qu'ils refusaient à la domination".

Mais, à Schwyz aussi, plus que dans les autres Waldstätten, on fut toujours prompt à chercher dans l'emploi de la force la sanction de son droit. Nous en avons eu déjà plus d'une preuve à propos des luttes contre Einsiedeln. Sous le règne d'Albert, on retrouve les traces de cet esprit indépendant et guerroyant dans une querelle sanglante engagée, on ne sait pourquoi, entre les Schwyzois et le monastère de Schännis, situé dans la contrée qui sépare les lacs de Zurich et de Walenstad. La violence du conflit et l'impitoyable rudesse avec laquelle il fut mené sont suffisamment attestées par l'incendie et le pillage auquel ce couvent de religieuses, dont les ducs d'Autriche étaient les protecteurs, fut livré par les hommes libres de Schwyz. L'abbesse dut même leur remettre une renonciation formelle à toute plainte de sa part contre les excès dont elle avait été victime (12 décembre 1303) !°.

S'ils eurent ici le dessus, ils paraissent, en revanche, s'être moins heureusement tirés d'une autre guerre de voisinage, à la suite de laquelle un comte de Toggenbourg, chanoine de Constance, s'adresse avec toutes sortes de ménagements « à l'honorable Stuofacher, landammann de Switz, » pour solliciter de lui la restitution d'un de ses serviteurs fait prisonnier dans cette occasion par les Schwyzois. Le chanoine déclare qu'il n'est point leur ennemi, et qu'il aurait, au contraire, voulu voir leur honneur et leurs intérêts toujours satisfaits, ce qui semble indiquer qu'en dernier lieu ils avaient subi quelque échec (1305)". Quoi qu'il en soit, les égards que le haut dignitaire de l'Eglise aussi bien que l'abbesse témoignent au landammann et aux gens (lant-liite) de Schwyz montrent qu'on voyait en eux une communauté qu'il importait de ménager, et qui se trouvait assez libre, malgré sa dépendance des ducs d'Autriche, pour oser s'attaquer à un monastère placé sous leur protection. Dans l'Unterwalden (et maintenant nous pouvons employer ce nom sans anachronisme, car c'est sous le règne d'Albert qu'il paraît pour la première fois), dansl'Unterwalden, où jusqu'alors nous n'avions constaté que d'imparfaits Symptômes d'organisation commune, se montre à nous, de même que dans les autres Waldstätten, et appartenant aussi à la petite noblesse, un fonctionnaire supérieur placé à la tête des deux parties du pays. Ce fonctionnaire, c'est Rodolphe d'Oedisried, qui prend le titre de « landammann d'Unterwalden » et auquel s'adressent, le 7 mars 1304, des gens de la vallée de Hasli, pour qu'il scelle de son sceau un acte de réconciliation passé entre eux et les bourgeois de Lucerne *. Est-ce que, depuis le pacte de 1291, le Haut et le Bas-Unterwalden s'étaient unis pour ne former qu'une seule communauté, ou bien cette unité résulte-t-elle de ce que leur suzerain, le roi Albert, comte du Zurichgau, leur avait donné un même landammann? C'est ce qu'on ne peut dire avec certitude. Il est probable que les deux alternatives de la question doivent contribuer à fournir les éléments de la réponse. Que le landammann fut encore un fonctionnaire à la nomination de l'autorité souveraine et n'eut pas encore complétement échangé ce caractère contre celui d'un magistrat républicain nommé par ses pairs, cela devait être le cas dans l'Unterwalden, plus encore que dans les deux autres Waldstätten, où l'on ne saurait douter qu'il en était ainsi. Que, d'autre part, les deux parties du pays se soient réunies d'elles-mêmes, sans l'intervention de leur suzerain, c'est ce que l'on est bien forcé d'admettre, puisqu'il est positif que la vallée de Sarnen avait voulu que son nom fût gravé, après coup, à côté de celui de la vallée de Stanz, sur le sceau apposé au pacte de 1291, afin de constater qu'elle formait une partie intégrante de la communauté d'Unterwalden confédérée avec Uri et Schwyz. C'est probablement à cette occasion que, des deux côtés

du Kernwald, on s'est rapproché, et un peu plus tard, sous le roi Albert, cette fusion des deux vallées a été reconnue et consacrée par le choix d'un seul et même landammann. Quoi qu'il en soit, si l'obscurité qui a toujours enveloppé les premières destinées du pays d'Unterwalden s'étend aussi sur l'origine même de son organisation unitaire et de sa constitution en communauté, la formation et l'existence de celles-ci au commencement du quatorzième siècle n'en sont pas moins avérées, et l'on peut, dès ce moment, en suivre les traces dans la succession prochaine des événe

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