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apprit la nouvelle du succès remporté sur les Zurichois par un de ses officiers (13 avril 1292), ce qui brisait la ligue qu'ils avaient formée contre lui ; mais ce fut là aussi qu'il apprit que la couronne d'Allemagne avait été donnée à son compétiteur, le comte Adolphe de Nassau (5 mai 1592), ce qui détruisait ses espérances monarchiques. Toutefois cet échec, qu'il devait réparer plus tard, ne lui inspira que plus d'empressement à mettre partout ses affaires sur un bon pied. Il se rendit aussitôt en Suisse, où, pour en finir avec Zurich qui, malgré sa première défaite, continuait sa résistance,A il mit le siége devant cette ville, et la força à conclure avec lui, le 26 août 1292, une paix qui la plaça pour longtemps dans la dépendance de l'Autriche*. Il amena bientôt ses autres adversaires, par persuasion ou par force, à cesser toute résistance; en sorte que cette levée de boucliers eut, comme un feu de paille, plus d'éclat que de durée. Toutefois, l'opposition qui s'était manifestée dans les Waldstätten ne paraît pas avoir été aussi promptement éteinte. On voit, en effet, l'année suivante, que les gens d'Unterwalden (Waldleute) et ceux d'Uri sont toujours en guerre (urlige) avec les officiers du duc Albert, dont ils ne veulent pas reconnaître l'autorité (mars-avril 1293), et que les bourgeois de Lucerne, quoique, depuis la fin de mai 1292, ils soient rentrés sous la domination d'Albert, et aient reçu de lui toutes sortes de faveurs, continuent cependant à leur prêter indirectement aide et secours*. Il est probable que les confédérés (car Schwyz devait être de la partie) auraient réussi dans leur résistance, s'ils avaient pu compter sur l'appui du nouveau roi d'Allemagne, qui, ayant eu p0ur rival le duc d'Autriche, semblait devoir le conserver pour ennemi, et qui leur aurait fourni, par cette hostilité même, comme il le fit ensuite, mais trop tard, une occasion précieuse de consolider leur émancipation. Mais, pour le moment, l'antagonisme des deux princes s'était assoupi, et le roi avait reconnu et confirmé tous les droits du duc (décembre 1292). L'assistance de l'Empire leur manquant, il devenait difficile aux États forestiers de prolonger longtemps leur opposition, car ils étaient enfermés, comme dans un cercle de fer, par la maison d'Autriche, qui, Sous un titre ou sous un autre, commandait à Lucerne, à Interlaken, à Urseren, à Glaris, à Einsiedeln, à Zug, à Arth, à Küssnacht, de manière qu'elle bloquait étroitement pour les Waldstätten toutes les issues de leurs vallées et tous les abords des marchés voisins. Il suffisait d'un investissement rigoureux pour les réduire sans les combattre. Il leur fallut donc céder, afin d'obtenir que les communications fussent rouvertes et les relations de voisinage rétablies, car à ces conditions seulement ils pouvaient vivre. Le retour des bons rapports entre le duc et les confédérés replaçait ceux-ci dans une situation qui, se trouvant semblable à celle qu'ils avaient occupée avant le règne de Rodolphe, était, par conséquent, diverse pour chacun d'eux. L'Autriche demeurait sans droits sur Uri, mais elle reprenait ceux qu'elle avait exercés dans l'Unterwalden et à Schwyz. Les stipulations du pacte fédéral de 1291 restaient probablement suspendues dans leurs effets, sans cesser de subsister en droit dans l'intention de ceux qui les avaient jurées. Mais le silence des documents ne permet point de se prononcer sur les relations qui continuèrent alors à exister entre les confédérés. On ne connaît, non plus, aucun acte de juridiction accompli dans les Waldstätten, sous le règne d'Adolphe, par les agents du duc ou par ceux du roi. En revanche, on peut constater certains faits qui témoignent que l'indépendance communale des trois vallées était en progrès plutôt qu'en déclin. A Uri la présence, à la tête de la communauté, en 1294, de Werner d'Attinghausen devenu landammann, suffit à attester qu'aucune atteinte n'aVait été portée aux franchises impériales de la Vallée, car l'homme qui avait pris part au pacte de 1291, et servi de garant au traité contre l'Autriche, ne pouvait devenir le représentant de libertés amoindries".

On peut en dire autant de Schwyz, où c'est toujours Conrad Ab Iberg qui remplit les fonctions de landammann, et où la communauté exerce son autonomie avec plus d'énergie que jamais. Nous faisons ici allusion à un decret rendu, en 1294, par les Schwyzois réunis dans une assemblée générale, qui est la première landsgemeinde dont la mention se soit conservée. Cette institution est déjà un indice du développement intérieur de la communauté des hommes libres de Schwyz, et une preuve que, dèsl'origine, c'est surl'application la plus complète du principe démocratique, que cette rustique peuplade a cherché à régler sa constitution. Mais le contenu même du décret a plus d'importance encore. Son but est d'assurer, par des mesures plus efficaces sans doute que libérales, l'existence homogène de la communauté et la parfaite égalité de ses membres. Il est dirigé, d'une part, contre les couvents, de l'autre, contre les étrangers, qu'un sentiment très-Vif faisait envisager aux Schwyzois comme étant, les uns et les autres, les adversaires naturels de leur pleine indépendance républicaine.

En conséquence, il est interdit de vendre ou de donner, soit aux monastères situés dans la vallée, soit à des personnes étrangères, aucun fonds de terre, sous peine d'une amende dont la cinquième partie reviendra au juge et le reste au pays (deme lande viery). Toute propriété aliénée de cette manière doit être rachetée pour faire retour à celui qui s'en est défait ou à ses héritiers, sinon elle sera confisquée au profit de la communauté (sol es sin des landes). Les couvents doivent payer, pour les biens-fonds qu'ils possèdent dans la vallée, les mêmes impôts et supporter les mêmes charges que tous les autres membres de la communauté, et ils seront privés, s'ils s'y refusent, de leur part de jouissance des propriétés communales. Les étrangers possesseurs de fonds de terre sont, de même, obligés d'en acquitter les taxes, sans qu'ils puissent ni exiger aucun dédommagement de ceux auxquels ils ont donné en fiefles dits fonds, ni leur en enlever la possession; quiconque consentirait à se les laisser inféoder sera passible d'une forte amende et tenu de restituer le fief au précédent détenteur. Enfin, il est défendu de payer, en acquittant les impôts, aucune gratification (pfenning) aux fonctionnaires qui les perçoivent ". Cet édit de réformation est remarquable à un double titre : il caractérise avec une évidence incontestable l'esprit d'indépendance jalouse et exclusive qui animait les hommes libres de Schwyz, et il témoigne en même temps des pas qu'a déjà faits vers son affranchissement intérieur une communauté qui peut prendre de telles résolutions. Pour décréter une loi de cette nature; pour se mettre en garde contre les envahissements des religieux et des nobles, ces deux classes privilégiées et toutes puissantes de la société d'alors; pour les placer sur un pied de parfaite égalité, dans l'intérieur du pays, avec les simples paysans de Schwyz ,pour s'attribuer à eux-mêmes le droit de punir la désobéissance à leurs injonctions; pour régler ce qui doit, dans les amendes, revenir au juge (richter) et ce qu'on doit refuser au percepteur d'impôt (ammann); il fallait qu'ils se sentissent en possession d'une juridiction presque sans entraves. Ils se rapprochaient toujours davantage, sur ce point, des communes bourgeoises dotées de l'autonomie municipale; mais, du libre exercice de cette autonomie, il ne résultait pas nécessairement pour eux, non plus que pour les villes qui en jouissaient, que leur communauté ne fût plus soumise à aucune suprématie politique ; il n'en résultait pas, en particulier, qu'ils fussent affranchis, envers les ducs d'Autriche, de la soumission qu'ils avaient rendue aux comtes de Habsbourg. On peut seulement conclure que, tout en acceptant derechef les conséquences de cette soumission, ils n'en avaient pas moins poursuivi, dans leurs propres affaires, leur œuvre d'affranchissement, et qu'ils aspiraient, plus que jamais, à être les maîtres chez eux. Dès que l'occasion se présenta de faire, à cet égard, un nouveau pas, ils la saisirent avec empressement. Ce fut la rupture entre le roi Adolphe et le duc Albert qui la leur fournit. Tandis que les vallées d'Unterwalden, qui pendant cette époque continuent à demeurer dans l'ombre, ne songent point à tirer parti, au profit de leur liberté, de l'occasion favorable qui leur était ainsi offerte, leurs confédérés d'Uri et de Schwyz n'hésitent pas, dès qu'en 1297 le chef de l'Empire et celui de la maison d'Autriche se furent de nouveau brouillés, à solliciter du premier de ces princes la confirmation et le renouvellement de

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