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sous la guérite, et que j'avois fait courber ma verge de fer à angles aigus; afin que l'eau qui pourroit couler le long de cette verge, ne pût arriver jusques sur le tabouret. C'est aussi dans le même dessein que j'ai fait clouer sur le haut et au milieu de mes perches, à trois pouces au-dessus des cordons de soie, des espèces de boîtes formées de trois petites planches d'environ quinze pouces de long, qui couvrent par-dessus et par les côtés une pareille longueur des cordons de soie, sans leur toucher.

Il s'agissoit de faire, dans le tems de l'orage, deux observations sur cette verge de fer ainsi disposée ; l'une étoit de remarquer à sa pointe une aigrette lumineuse, semblable à celle que l'on apperçoit à la pointe d'une aiguille, quand on l'oppose assez près d'un corps actuellement électrisé; l'autre étoit de tirer de la verge de fer des étincelles, comme on en tire du canon de fusil dans les expériences électriques; et afin de se garantir des piqûres de ces étincelles, j'avois attaché le tenon d'un fil d'archal au cordon d'une longue fiole pour lui servir de manche.

Le Mercredi, 10 Mai, 1752, entre deux et trois heures après midi, le nommé Coiffier, ancien dragon, que j'avois chargé de faire les observations en mon absence, ayant entendu un coup de tonnerre assez fort, vole aussitôt à la machine, prend la fiole avec le fil d'archal, présente le tenon du fil à la verge, en voit sortir une petite étincelle brillante, et en entend le pétillement; il tire une seconde étincelle plus forte que la première et avec plus de bruit ! il appelle ses voisins, et envoie chercher M. le Prieur. Celui-ci accourt de toutes ses forces; les paroissiens, voyant la précipitation de leur curé, s'imaginent que le pauvre Coiffier a éte tué du tonnerre; l’alarme se répand dans le village ; la grêle qui survient n'empêche point le troupeau de suivre son pasteur.

que

Cet honnête ecclésiastique arrive près de la machine, et voyant qu'il n'y avoit point de danger, met lui-même la main à l'æuvre et tire de fortes étincelles. La nuée d'orage et de grêle ne fut pas plus d'un quart-d'heure à passer au zénith de notre machine, et l'on n'entendit que ce seul coup de tonnerre. Sitôt le

nuage fut passé, et qu'on ne tira plus d'étincelles de la verge de fer, M. le Prieur de Marly fit partir le sieur Coiffier lui-même, pour m'apporter la lettre suivante, qu'il m'écrivit à la hâte.

“ Je vous annonce, Monsieur, ce que vous attendez; l'expérience est complette. Aujourd'hui à deux heures vingt minutes après midi, le tonnerre a grondé directement sur Marly; le coup a été assez fort. L'envie de vous obliger et la curiosité. m'ont tiré de mon fauteuil, où j'étois occupé à lire.; je suis allé chez Coiffier, qui déjà m'avoit dépêché un enfant que j'ai rencontré en chemin, pour me prier de venir ; j'ai doublé le pas à travers un torrent de grêle. Arrivé à l'endroit où est placée la tringle coudée, j'ai présenté le fil d'archal, en avançant successivement vers la tringle, à un pouce et demi, ou environ ; il est sorti de la tringle une petite colonne de feu bleuâtre sentant le soufre, qui venoit frapper avec une extreme vivacité le tenon du fil d'archal, et occasionnoit un bruit semblable à celui qu'on feroit en frappant sur la tringle avec une clef. J'ai répété l'expérience au moins six fois dans l'espace d'environ quatre minutes, en présence de plusieurs personnes, et chaque expérience que j'ai faite a duré l'espace d'un pater et d'un ave. J'ai voulu continuer; l'action du feu s'est ralentie peu à peu ; j'ai approché plus près, et n'ai plus tiré que quelques étincelles, et enfin rien n'a paru.

“ Le coup de tonnerre qui a occasionné cet événement, n'a été suivi d'aucun autre ; tout s'est terminé par une abondance de grêle. J'étois si occupé dans le moment de l'expérience de ce que je voyois, qu'ayant été frappé au bras un peu au-dessus du coude, je ne puis dire si c'est en touchant au fil d'archal ou à la tringle; je ne me suis pas plaint du mal que m'avoit fait le coup dans le moment que je l'ai reçu ; mais comme la douleur continuoit, de retour chez moi, j'ai découvert mon bras en présence de Coiffier, et nous avons apperçu une meurtrissure tournante autour du bras, semblable à celle que feroit un coup de fil d'archal, si j'en avois été frappé à nud. En revenant de chez Coiffier, j'ai rencontré M. le Vicaire, M. de Milly, et le Maître d'école, à qui j'ai rapporté ce qui venoit d'arriver; ils se sont plaints tous les trois qu'ils sentoient une odeur de soufre qui les frappoit davantage à mesure qu'ils s'approchoient de moi; j'ai porté chez moi la même odeur, et mes domestiques s'en sont apperçus sans que je leur aie rien dit.

“Voilà, Monsieur, un récit fait à la hâte, mais naif et vrai, que j'atteste, et vous pouvez assurer que je suis prêt à rendre témoignage de cet événement dans toutes les occasions. Coiffier a été le premier qui a fait l'expérience et l'a répétée plusieurs fois; ce n'est qu'à l'occasion de ce qu'il a vu qu'il m'a envoyé prier de venir. S'il étoit besoin d'autres témoins que de lui et de moi, vous les trouveriez. Coiffier presse pour partir.

“ Je suis, avec une respectueuse considération, Monsieur, votre, &c.

(Signé) “Raulet, Prieur de Marly. “10 Mai, 1752."

On voit, par le détail de cette lettre, que le fait est assez bien constaté pour ne laisser aucun doute à ce sujet. Le porteur m'a assuré de vive voix qu'il avoit tiré pendant près d'un quart-d'heure avant que M. le Prieur arrivât, en présence de cinq ou six personnes, des étincelles plus fortes et plus bruyantes que celles

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dont il est parlé dans la lettre. Ces premières personnes, arrivant successivement, n'osoient approcher qu'à dix ou douze pas de la machine; et à cette distance, malgré le plein soleil, ils voyoient les étincelles et entendoient le bruit.

Il résulte de toutes les expériences et observations que j'ai rapportées dans ce mémoire, et surtout de la dernière expérience faite à Marly-la-ville, que la matière du tonnerre est incontestablement la même que celle de l'électricité. L'idée qu'en a eu M. Franklin cesse d'être une conjecture; la voilà devenue une réalité, et j'ose croire que plus on approfondira tout ce qu'il a publié sur l'électricité, plus on reconnoîtra combien la physique lui est redevable pour cette partie.

THE ABBÉ MAZÉAS TO STEPHEN HALES.

Giving a further Account of the Electrical Experiment

at Marly.

READ AT THE ROYAL SOCIETY, MAY 2874, 1752.

SIR, The Philadelphian experiments, that Mr. Collinson, a member of the Royal Society, was so kind as to communicate to the public, having been universally admired in France, the King desired to see them performed. Wherefore the Duke d’Ayen offered his Majesty his country-house at St. Germain, where M. de Lor, master of experimental philosophy, should put

* The early letters of Dr. Franklin on electricity having been translated into French, and printed at Paris, the Abbé Mazéas, in a letter to Dr. Stephen Hales, dated St. Germain, May 20th, 1752, gives the above account (printed in the “ Philosophical Transactions”) of the experiment made at Marly, in pursuance of that proposed by Mr. Franklin.

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those of Philadelphia in execution. His Majesty saw them with great satisfaction, and greatly applauded Messieurs Franklin and Collinson. These applauses of his Majesty having excited in Messieurs de Buffon, Dalibard, and de Lor a desire of verifying the conjectures of Mr. Franklin, upon the analogy of thunder and electricity, they prepared themselves for making the experiment.

M. Dalibard chose for this purpose a garden, situated at Marly, where he placed upon an electrical body a pointed bar of iron, of forty feet high. On the 10th of May, twenty minutes past two in the afternoon, a stormy cloud having passed over the place where the bar stood, those that were appointed to observe it, drew near and attracted from it sparks of fire, perceiving the same kind of commotions as in the common electrical experiments.

M. de Lor, sensible of the good success of this experiment, resolved to repeat it at his house in the Estrapade, at Paris. He raised a bar of iron ninety-nine feet high, placed upon a cake of resin, two feet square, and three inches thick. On the 18th of May, between four and five in the afternoon, a stormy cloud having passed over the bar, where it remained half an hour, he drew sparks from the bar, like those from the gunbarrel, when, in the electrical experiments, the globe is only rubbed by the cushion, and they produced the same noise, the same fire, and the same crackling. They drew the strongest sparks at the distance of nine lines, while the rain, mingled with a little hail, fell from the cloud, without either thunder or lightning; this cloud being, according to all appearance, only the consequence of a storm, which happened elsewhere. I am, with a profound respect, Your most humble and obedient servant,

G. MAZÉAS.

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