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L'introduction de ces descriptions au cours du récit nuit à la clarté de l'exposition et à la facilité des recherches. Il est également regrettable que les notes placées au bas des pages ne consistent qu'en de simples renvois. Quand il s'agit de titres inédits ou même de documents imprimés, auxquels la plupart des lecteurs peuvent difficilement recourir, il est bon d'en donner quelques extraits, à titre de pièces justificatives. On peut enfin reprocher à M. Ledain d'avoir fait entrer dans le cadre modeste que lui imposait le titre de son ouvrage un trop grand nombre de faits étrangers à sa petite province. Mais, en somme, si la Gâtine historique et monumentale n'offre pas un intérêt de premier ordre au point de vue de l'histoire générale, on ne peut lui refuser l'estime que mérite tout travail d'histoire locale écrit avec conscience et puisé aux sources originales.

Le volume auquel nous avons décerné la première mention honorable, et qui porte pour titre: La guerre de Metz en 1324, est une œuvre collective, dont un vieux poëme, connu sous le nom de Guerre des IVrois, forme le fond principal. La préface est due à M. Léon Gautier ; l'introduction, les notes historiques et la traduction du poëme en français moderne appartiennent à M. de Bouteillier, ancien député de Metz; enfin M. Bonnardot s'est chargé de l'établissement du texte, qu il a fait suivre d'études grammaticales sur le dialecte messin au xiv6 siècle. Bien que les trois collaborateurs aient travaillé dans un but commun, il s'en faut bien que leur part soit égale. La préface de M. Léon Gautier est très-courte et mérite à peine d'être signalée à côté des grands et beaux ouvrages du même auteur que vous avez couronnés à plusieurs reprises. Les études grammaticales de M. Bonnardot dénotent un philologue exercé et consciencieux, mais elles n'ont ici qu'un rôle accessoire et se présentent en quelque sorte sous la forme d'un appendice. Le morceau capital de l'œuvre commune est l'introduction historique due à la plume de M. de Bouteillier. Il s'agissait pour l'ancien représentant de Metz de retracer les différentes phases de la guerre dirigée en 1324 contre les bourgeois de sa ville natale par Jean de Luxembourg, roi de Bohême; Ferry, duc de Lorraine; Edouard, comte de Bar, et Baudoin, archevêque de Trêves. Les éléments du récit ne devaient pas être puisés seulement dans le vieux poëme, dont la publication n'était à vrai dire que le prétexte des recherches

• entreprises par M. de Bouteillier, mais encore dans les archives de Nancy, de Metz et de Coblentz. La guerre fut longue et cruelle. Les quatre rois, comme on les nommait, ne commirent pas moins d'atrocités que les bourgeois. Mais à peine les hostilités étaient-elles terminées que la discorde éclata au sein de la cité. Délivré des assauts extérieurs, le peuple se tourna contre les principaux habitants, les chassa et remplaça le gouvernement régulier par une commune révolutionnaire, qui mit tout au pire en prétendant tout réformer. Il y avait assurément dans cette succession d'événements, dont le fond était connu, mais dont les détails étaient pour la plupart ignorés, la matière d'un beau tahleau d'histoire. M. de Bouteillier a su les grouper dans un récit sagement ordonné, simplement écrit, dont l'intérêt ne

faiblit pas un seul instant.

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Nous avons accordé la seconde mention honorable à M. Hervieu, ancien élève de l'Ecole des chartes, pour ses recherches, en partie imprimées, en partie manuscrites, sur Les premiers Etats généraux et tes assemblées représentatives pendant la première moitié du XIV siècle. Le sujet était aussi neuf qu'intéressant, car les Etats généraux, ou pour mieux dire les Etats qui se tinrent en France depuis Philippe le Bel jusqu'à Philippe de Valois, ne nous sont connus que d'une manière trèsimparfaite. Les historiens du temps et les ordonnances contemporaines ne nous donnent qu'une idée superficielle de leurs travaux, sans nous rien apprendre de leur composition et de leur organisation. M. Picot lui-même leur consacre à peine quelques pages dans sa belle Histoire des États généraux, qui ne commence en réalité qu'aux Etats tenus sous le roi Jean. C'est donc une heureuse idée qu'a eue M. Hervieu de nous faire connaître la nature et les actes de ces assemblées, qu'on peut considérer comme le berceau de la représentation nationale. Malheureusement les forces du jeune auteur ont quelquefois trahi son zèle. M. Hervieu a puisé dans l'enseignement substantiel et sévère de l'Ecole des chartes l'exactitude du paléographe et la curiosité attentive de l'érudit. La nature l'a doué d'intelligence et de sagacité. Il a donc patiemment recueilli toutes les indications que pouvaient lui fournir les layettes et les registres du Trésor conservés aux Archives nationales. Il s'en est utilement servi pour éclairer les parties les plus obscures du sujet et augmenter la somme de nos informations. Il a fait plus encore : il a su dégager de l'ensemble des témoignages certains principes essentiels qu'on n'avait point aperçus avant lui, comme par exemple lorsqu'il a démontré que le clergé ne siégeait pas dans les Etats à titre d'ordre privilégié, mais simplement à titre de propriétaire possédant fief et justice. Mais il s'en faut qu'il ait fait preuve des mêmes qualités dans l'ordonnance et la rédaction de son mémoire.

Après avoir exposé d'une manière un peu confuse ce qui touche au mode de convocation, d'élection et de tenue des Etats, il passe successivement en revue les diverses sessions de ces assemblées dont il a pu retrouver les traces. C'est précisément l'inverse de l'ordre qu'il aurait dû suivre. Au lieu de descendre des aperçus généraux aux faits particuliers, il fallait remonter du détail aux généralités. Ce défaut de méthode ne permet que difficilement de saisir les principaux résultats de ses recherches. D'un autre côté le style est souvent incorrect, et plus d'une fois l'impropriété du langage nuit à la clarté du raisonnement.

La franchise avec laquelle nous signalons à M. Hervieu les imperfections de son travail lui prouvera le cas que nous faisons de son esprit et l'attention que nous avons portée dans l'examen de son mémoire. La distinction honorifique que nous lui accordons ne doit pas du reste être considérée comme un simple témoignage d'estime ou un encouragement : elle est la récompense légitime des progrès qu'il a fait faire à l'histoire politique par le nombre de faits importants et de renseignements inédits qu'il a mis en lumière.

La dissertation de M. Longnon sur Les limites de la France et l'étendue de la domination anglaise à l'époque de la mission de Jeanne d'Arc, se fait au contraire remarquer par sa méthode et sa précision. L'auteur l'a divisée en trois parties, dont la première traite des limites du royaume de France, la seconde de l'étendue de la domination anglaise au début et à la fin de la carrière militaire de Jeanne d'Arc, la troisième enfin donne l'énumération et la description des principaux fiefs relevant du royaume ; cette troisième partie est précédée d'aperçus tout à fait neufs sur le morcellement de la France par les Anglais.

L'Académie a déjà eu l'occasion d'apprécier les connaissances spéciales et la sagacité de M. Longnon. Elle sait que ce jeune érudit a fait une étude approfondie de la géographie de la France au moyen âge, qu'il poursuit cette étude avec persévérance, et qu'il s'est acquis en cette matière une incontestable notoriété. Elle ne sera donc pas étonnée d'apprendre qu'en interrogeant tour à tour les documents imprimés et manuscrits, il ait réussi à porter la lumière dans une question sur laquelle nous ne possédions encore que des notions incomplètes ou confuses, qu'il soit parvenu à dresser la carte de la France pour la période de temps qui s'étend de 1425 environ à 1431, et qu'enfin chacune des limites ou des positions indiquées sur cette carte se trouve justifiée par des témoignages certains ou par d'ingénieuses inductions.

Si M. Longnon eût donné à son mémoire les développements dont il était susceptible, votre commission lui aurait probablement accordé une distinction d'un ordre plus élevé. Dans l'état où il nous l'a soumis, malgré le nombre et la valeur des renseignements qu'il contient, nous avons cru mesurer la récompense au travail en lui accordant la troisième mention honorable.

Nous avons disposé de la quatrième en faveur du Cartulaire du chapitre de l'église cathédrale de Nîmes, publié et annoté par M. Germer Durand. Ce travail, auquel M. Germer Durand s'était préparé par la publication du Dictionnaire topographique du Gard, offre d'incontestables mérites. Le cartulaire est par lui-même un monument du plus haut intérêt, les chartes qu'il renferme étant contenues entre les années 876 et 1141. La transcription, autant qu'on en peut juger sans avoir le manuscrit sous les yeux, paraît avoir été faite avec soin. Le texte est accompagné de notes historiques et géographiques, qui facilitent singulièrement l'intelligence des chartes; il est précédé d'un index analytique offrant un bon résumé de chaque document, et suivi d'une double table des noms de lieux et de personnes. Enfin le volume s'ouvre par une préface importante, dans laquelle l'éditeur a traité plusieurs des questions qui naissent de la lecture du cartulaire. On voit donc qu'à bien des égards, M. Germer Durand doit être considéré comme un éditeur consciencieux, maître de son sujet, et ne reculant devant aucune des difficultés qu'il soulève.

Mais, après lui avoir rendu la justice qu'il mérite, il convient de faire la part de la critique. C'est en grande partie sur l'introduction que portent nos réserves. Votre savant et regretté confrère M. Guérard avait donné d'admirables modèles de ce genre de travail dans ses éditions des cartulaires de Saint-Père de Chartres et de Notre-Dame de Paris. M. Germer Durand s'en est évidemment inspiré, mais il est demeuré bien en arrière du maître. Les chapitres où il traite de la description du manuscrit, de l'histoire du chapitre et de la topographie de ses possessions, sont de beaucoup les meilleurs. Celui qu'il a consacré aux donations, testaments, ventes, échanges, inféodations, est déjà plus faible et surtout moins complet; il est facile de s'apercevoir, jusque dans les notes, que la langue juridique du moyen âge ne lui est pas familière. Mais c'est surtout dans le chapitre où il étudie la composition des noms d'origine franque que nous avons cru rencontrer de regrettables erreurs. La science des noms germaniques a naturellement fait plus de progrès en Allemagne qu'en France. Elle repose aujourd'hui sur des ouvrages d'une autorité incontestée. M. Germer Durand n'en a connu aucun. Il paraît même ignorer les principes de la grammaire allemande et jusqu'à la prononciation des mots. Cette ignorance l'a induit à de fréquentes méprises; il en a même gratuitement augmenté le nombre en étendant ses recherches à une foule de noms propres, qui ne figurent pas dans le cartulaire, et dont il était par conséquent superflu d'examiner la formation.

Les Anglais en Guyenne, de M. Brissaud, avaient déjà figuré à l'état de mémoire manuscrit au concours de 1874, et le rapporteur de votre commission, rendant justice aux qualités de l'auteur, avait exprimé l'espoir que ce travail nous reviendrait sous forme de livre imprimé, dégagé des imperfections qui n'avaient pas permis de le récompenser. Il est en effet revenu; M. Brissaud a fait disparaître quelques erreurs de détail qui lui avaient été signalées, mais l'ensemble de l'œuvre n'a reçu qu'un bien petit nombre d'améliorations. L'histoire de l'administration générale et des institutions municipales de la Guyenne sous la domination anglaise y est exposée avec plus d'art que de profondeur. M. Brissaud n'a pas étendu ses recherches au-delà des sources qu'il avait d'abord consultées. Cest toujours aux hvres des Bouillons et de la Jurade, récemment publiés par la ville de Bordeaux, qu'il emprunte ses principaux renseignements. La

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