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ceux de Vittoria Colonna, de sainte Thérèse , etenfin celui de Shakspeare.

Les erreurs de pareils esprits, s'il faut s'exprimer ainsi, ces erreurs invétérées, et consacrées de plus par les écrits d'une série de penseurs et de poètes du premier ordre dont l'influence s'est fait sentir en Europe pendant plus de quatre siècles, sur quinze ou seize générations ; ces travers d'esprit , cette maladie mentale, si l'on veut, est trop importante en soi, et s'est propagée avec une telle force jusqu'à notre temps, qu'il est encore nécessaire de l'étudier et de la bien connaître. Or, ayant formé ce dessein, j'ai pensé qu'il fallait prendre pour sujet le plus illustre de ces grands aliénés ; j'ai donc choisi Dante Alighieri. Jetons d'abord un coupd'ail rapide sur ce que l'on sait de certain de sa vie réelle.

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Le premier écrivain qui ait composé une vie de Dante, Jean Boccace, mourut en 1374 ; c'est donc dans l'intervalle des cinquante-quatre années entre la mort de l'un et de l'autre de ces deux hommes que l'illustre prosateur a écrit la vie du grand poète.

Admirateur passionné des écrits d'Alighieri, Boccace ne le fut pas moins de la personne du poète dont il avait dû entendre parler dès son enfance, puisqu'il avait neuf ans lorsque Dante mourut en 1321.

Cette disposition si favorable du savant prosateur à l'égard du poète, fait naturellement supposer que l'auteur du Décaméron a employé tous ses soins à recueillir les traditions et même les souvenirs de quelques vieillards, qui se rattachaient à la vie et à la composition des ouvrages de Dante. Mais soit à cause de la vie errante du prète exilé pendant les dernières années de son existenc, soit qu'un peu de légèreté inhérente au caractère du biographe, ait influé sur le résultat de ses recherches et de son travail, cet ouvrage très-curieux est cependant fort incomplet; et, selon toute vraisemblance, Boccace l'aura composé pour satisfaire la curiosité de ses concitoyens de Florence, lorsque, vers 1373, le sénat de cette ville lui donna une chaire spéciale pour lire et expliquer publiquement la Divine Comédie.

Depuis ce temps jusqu'à nos jours, on n'a pas cessé d'écrire sur Dante, et le nombre des biographies, des mémoires, des recherches et des dissertations sur la vie et les écrits de cet homme fameux, est presque infini (1)

Malgré tous ces efforts, plusieurs circonstances importantes de la vie active de Dante sont restées perdues dans une obscurité complète, environnées au moins d'incertitude et de doutes. Telles sont celles qui se rapportent à son mariage, à la part qu'il a prise au gouvernement de la république florentine, à son exil , à l'irrégularité de ses meurs, à son séjour à Paris et en Angleterre, à l'abandon du parti guelfe, à ses colères contre sa ville natale et à son dévoûment au parti gibelin soutenu par les empereurs.

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(1) Sans parler des travaux de ce genre faits depuis Boccace jusqu'en 1800, on trouve dans le livre du professeur Giuseppe Picci, intitulé : « I luoghi più oscuri e controversi, della Divina commedia di Dante, dichiarat da lui stesso, Brescia 1843, » une liste de 212 ouvrages, tels qu'éditions commentées, commentaires généraux ou spéciaux, dissertations, biographies, etc., etc. , composés sur Dante et ses ouvrages, dans tous les pays de l'Europe, depuis le commencement du xixe siècle.

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Les biographes de Dante ont sans doute jeé des lueurs précieuses sur toutes ces questions; cependant la plupart d'entre eux, se posant d'avance commepanégyristes du poète, ne parlent ordinairement que des grandes qualités de son caractère, et glissent trop complaisamment, à mon avis, sur ses défauts. Dans l'impossibilité réelle où l'on a été jusqu'ici d'écrire son histoire, on a pris le parti de faire son Éloge, ce qui continuera d'avoir lieu tant que l'on n'aura pas les documents indispensables pour tracer avec certitude la vie privée et politique de cet homme fameux.

Ce n'est donc pas cette tâche lourde et ingrate que je m’impose en ce moment; et comme , au contraire , j'ai l'intention de m'occuper particulièrement de Dante poète, philosophe et linguiste, de Dante fondateur d'un système poétique auquel presque toute l'Europe s'est conformée, je ne rapporterai sommairement que les faits de sa vie active qui sont clairement connus et bien avérés.

Le trisaïeul de Dante était un chevalier florentin nommé Cacciaguida, dont l'un des fils prit le nom de sa mère Aldighieri et le transmit à ses enfants. Ce nom éprouva bientôt une légère altération qui le fixa tel qu'on l'écrit aujourd'hui : Alighieri.

Le grand poète naquit à Florence, en 1265, de Alighiero degli Alighieri , et d'une dame dont on connaît seulement le nom ou surnom : Bella.

On donna au jeune Alighieri le petit nom de Durante, que les habitudes de famille réduisirent encore au diminutif Dante, mais que le jeune homme conserva et qu'il ajouta à son nom de famille : Dante Alighieri.

L'intelligence du jeune Dante se développa de très

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bonne heure, et ses parents lui firent donner une instructim qui le lira promptement de la classe des écoliers ordinaires. Autant que l'on en peut juger par un passige de la Vie nouvelle, ses père et mère moururent après qu'il avait atteint sa dixième ou douzième année, et c'est vers ce temps à peu près que l'on suppose qu'il fut confié par les parents qui lui restaient, aux soins de Brunetto Latini, l'un des hommes les plus savants de ce siècle, et qui passait pour posséder les mérites variés d'orateur, d'historien, de philosophe, de théologien et de poète.

On attribue aussi à Guido Guinizzelli l'honneur d'avoir contribué, comme littérateur et poète, à former le jeune Dante. Mais toutes ces circonstances sont raj ortées sans dates et d'une manière si vague, que l'on ne doit les admettre qu'à titre de traditions.

Un événement de la vie de Dante, fort romanesque, mais qui semble avoir eu une grande importance, parce que le poète lui-même l'a fait connaître en détail et en a donné la date, c'est la connaissance qu'il a faite, à l'âge de neuf ans, en 1274, de Béatrice, fille de Folco Portinari. D'après le récit que Dante lui-même fait de cet événement dans la Vie nouvelle , et rapporté aussi par Boccace, on apprend que, lorsqu'il n'était encore âgé que de neuf ans, il fut conduit par son père chez Folco Portinari, où il vit la fille de ce noble florentin , Béatrice, qui avait à peine atteint elle-même sa neuvième année. Il raconte l'effet que produisit sur lui la beauté de cette enfant ; il rend compte de l'impression profonde qu'elle laissa dans son âme, et constate, par cette anecdote, l'époque précise à laquelle sa passion réelle pour cette personne, a commencé; comment elle s'est

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accrue, et de quelle manière, enfin, après la nort de Béatrice, en 1290, il prit le parti de recueillir toutes les poésies que cette jeune personne lui avait inspirées, et d'annoncer le projet qu'il avait déjà conçu non-seulement de chanter de nouveau les louanges de sa jeune amante, mais d'en faire en quelque sorte le principal personnage du grand poème de l'Enfer , du Purgatoire et du Paradis, dont il méditait le plan.

Si la Vie nouvelle n'est pas , comme quelques-uns le prétendent, un livre purement imaginaire et allégorique, on peut considérer comme un point fixe dans l'histoire de Dante, que, depuis l'âge de neuf ans, il a été préoccupé de Béatrice jusqu'à vingt-six ; que, déjà poète et écrivain remarquable, il acheva, en 1290, sa Vie nouvelle, livre dans lequel, au recueil de toutes les pièces de poésies amoureuses qu'il avait déjà faites , il ajouta une narration explicative de ses impressions accompagnée d'un commentaire philosophique.

L'année qui précéda celle où eut lieu cet événement, Dante, dont la famille était du parti guelfe, avait pris part à la guerre qui s'alluma entre les Arétins et les Florentins; et ce fut dans les rangs de ces derniers qu'il se comporta vaillamment à la fin du combat de Campaldino (1289).

La constitution toute civile de l'armée de Florence ne fournissait guère aux citoyens de cette ville l'idée de se faire une profession des armes, en sorte que Dante, ainsi que la plupart de ses contemporains, ne fit la guerre et ne donna des preuves de son courage qu'accidentellement.

Avant tout et par-dessus tout, Dante était alors poète et amoureux. En effet, lorsqu'en 1290, sa chère Béa

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