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ronne du martyre vers l'an 311 de notre ère. Méthodius, surnommé Eubulius, enchérissant encore, s'il est possible, sur Platon dont il peut passer pour un imitateur, composa un Banquet des Dix Vierges ou De la Chasteté, livre dans lequel il semble avoir pris à tâche de réunir les images et les paroles les plus opposées à la vertu dont il veut faire l'éloge. Par respect pour la pieuse naïveté de cet évêque de Tyr, je n'entrerai dans aucun détail sur son Banquet, que je ne signale que pour faire observer qu'ainsi que Platon, dont il emprunte même les termes, il avance : « Que le Beau est incréé, immuable, et qu'en lui-même il n'est sujet à aucune altération. »

Entre les Latins du moyen-âge, dont les écrits ont contribué à conserver et même à répandre les doctrines platoniciennes avec le plus de succès en Europe, il faut distinguer Aurelius Macrobe, fils d'un chambellan de l'empereur Théodose (vers 395). Après Senèque, c'est un des écrivains qui se sont élevés avec le plus de force contre l'esclavage, sujet sur lequel il revient souvent dans ses Saturnales. Mais son principal ouvrage, celui surtout qui lui a donné tant d'autorité, depuis le ive siècle jusqu'à la fin de la renaissance, vers 1600, c'est le Commentaire qu'il a fait sur le Songe de Scipion de Cicéron. Depuis l'apparition de ce livre du consul romain, l'Apocalypse et les systèmes bizarres des gnostiques avaient encore élargi la carrière à toutes les imaginations ; mais du moment que Macrobe eut donné une importance nouvelle au Songe de Scipion par le commentaire tant soit peu mystique et cabalistique qu'il composa à son sujet, les Songes, les Visions, les Voyages imaginaires, ainsi que les personnifications dont Platon

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avait donné tant de modèles dans son Banquet , devinrent bientôt des lieux-communs et des machines indispensables de la poésie moderne.

Les doctrines de Platon, quelque dénaturées qu'elles fussent déjà, dominaient donc toujours les esprits, parce qu'au fond ses opinions s'accordent avec une disposition inaltérable de l'esprit humain. En effet, vers le ive siècle parut saint Augustin, d'abord admirateur passionné des écrits de ce philosophe, quoiqu'il les réfuta avec tant d'ardeur après sa conversion, mais qui ne put jamais cependant se soustraire à l'influence au moins littéraire, que l'auteur du Phédon avait exercée sur lui pendant sa jeunesse. Avant sa conversion , Augustin avait écrit un traité du Beau qui, d'après ses propres indications (Confessions, 1. IV, chap. 13, 14 et 15), était conçu et écrit selon les principes de Platon, car il a soin de recommander à ceux qui se laisseraient toucher par le beau dans les corps, « de profiter de cette disposition pour louer Dieu, qui leur a donné l'étre, et de faire remonter l'amour de l'ouvrage à l'ouvrier. » Devenu chrétien, il avoua sincèrement : qu'il devait à la lecture des platoniciens le développement de la disposition qu'il sentit à se scruter intérieurement et à s'étudier profondément. « Ce que j'avais lu dans leurs livres, dit-il (Conf. , liv. VII, chapitre 10), me fit comprendre que, pour trouver ce que je cherchais, la connaissance de Dieu et la vie bienheureuse, il fallait rentrer dans moi-même. »

Mais des différentes ouvres de saint Augustin , où la trace du platonisme est le plus fortement empreinte, ce sont celles où il parle de sa mère, sainte Monique. Son opuscule, intitulé : De la Vie heureuse, est effectivement la relation d'un Banquet qu'il offre à ses amis, mais pendant lequel on s'entretient de la vie future, sous la présidence de sainte Monique qui dirige la discussion. Là, déjà, on retrouve le souvenir de Diotime. Mais dans les Confessions (1. IX, chap. 10) non-seulement Diotime apparait encore, mais cette fois elle est agrandie et sanctifiée. C'est la respectable mère d'Augustin, personnage féminin sur lequel l'amour filial a concentré le triple caractère de la vertu, de la piété et de l'inspiration divine. Augustin rend compte d'un entretien qu'il eut à Ostie avec sa mère, peu de jours avant qu'elle mourût ; et voici comment le Platon chrétien s'exprime en s'adressant à Dieu :

« Peu de jours avant que ma mère mourût , temps, ô mon Dieu ! qui vous était aussi connu qu'il nous était caché, il arriva qu'à Ostie, où nous prenions du repos, après les fatigues d'un long voyage et n'ayant autre chose à faire qu'à nous préparer à nous embarquer, nous nous trouvâmes seuls, elle et moi, appuyés près d'une fenêtre qui donnait sur le jardin. Là, nous nous entretenions tous deux avec une merveilleuse douceur , portant nos pensées et toutes nos affections vers ce qui était devant nous, à la faveur de la vérité éternelle, toujours présente à tout et qui n'est autre que vousmême. Nous cherchions ce que sera la vie bienheureuse qui doit être le partage des saints durant toute l'éternité, mais que l'ail n'a point vue, que l'oreille n'a point entendue et que le cæur de l'homme ne conçoit pas. Cependant nous ne laissions pas de présenter encore la bouche de notre cour au courant des eaux célestes de la fontaine de la vie dont la source est en vous, afin qu'en étant abreuvés nous pussions porter nos pensées

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assez haut pour comprendre, autant qu'il est possible, une chose si élevée.

» Après avoir dit sur ce sujet plusieurs choses d'où il semblait résulter que, quand bien même cette vie icibas serait accompagnée de toutes les jouissances corporelles, et que l'on y pourrait jouir de ce que les beautés visibles ont de plus séduisant, elle ne pourrait être comparée à la félicité de l'autre vie ; nous tâchions de nous élever, par une ardeur encore plus grande, vers ce qui subsiste en soi-même et par soi-même, sans changement et sans fin, parcourant, dans cette intention, tout ce qu'il a de corporel jusqu'au ciel même, d'où le soleil, la lune et les étoiles font luire leur lumière sur la terre. De là, dirigeant nos pensées encore plus haut et admirant toujours de plus en plus la beauté de vos ouvrages, nous vînmes à considérer nos propres âmes. Nous passâmes encore au-delà pour faire en sorte d'atteindre cette région de délices inépuisables où vous repaîtrez à jamais votre peuple choisi, d'une chair incorruptible qui n'est autre que la vérité, comme la vie, dont on y vit, n'est que la sagesse éternelle qui a fait tout ce qui a été, est et sera... Dans le moment où nous nous entretenions ainsi, et que le mouvement de nos affections nous portait vers cette vérité éternelle, un transport soudain de nos caurs, nous fit arriver jusqu'au point de l'entrevoir, de la goûter en quelque sorte; et la vue de ce grand objet, nous fit soupirer d'amour et de douleur de n'être pas encore en état d'en jouir pleinement...

» Nous disions donc : Si le tumulte qu'entretiennent en dedans de nous les mouvements de la chair et du sang venait à s'apaiser dans une âme; si les fantômes

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que son imagination a tirés du grand spectacle de tout ce qu'enferme la vaste étendue de la terre, de la mer, de l'air et du ciel même, s'écartaient, et ne lui disaient plus rien ; si l'âme ne se disait plus rien elle-même, et qu'elle s'élevât au-dessus de ses propres pensées ; et que, dans cet état, la vérité même lui parlât, non par des songes et des révélations, par la voix d'an homme, d'un ange ou du tonnerre, ou par d'autres signes au moyen desquels il a plu souvent à Dieu de se faire entendre; parce que toutes ces choses disent : nous ne nous sommes pas faites nous - mêmes, mais nous sommes l'ouvrage de celui qui subsiste éternellement; si donc, non pas ces choses, mais celui-là même qui les a créées parlait, et que l'âme l'entendit lui-même, comme cela nous est arrivé dans le moment où, nous étant élevés au-dessus de nous-mêmes, nous avons atteint cette sagesse suprême qui est au-dessus de tout et subsiste éternellement; si tout ce qui n'a fait que passer comme un éclair pour nous, se continuait à l'égard de cette âme, et que, sans être distraite par aucune vision, elle fût absorbée tout entière dans la joie intérieure et céleste, de manière à ce que cette joie se trouvât fixée pour jamais dans l'état où nous l'avons éprouvée nous-mêmes pendant cet éclair de pure intelligence qui nous a fait soupirer d'amour et de douleur, faute de n'y pouvoir subsister ; ne serait-ce pas là cette joie du Seigneur dont il est parlé dans l'Évangile? Mais quand serons-nous dans cet heureux état? ne serace qu'après cette résurrection dernière qui rendra la vie à tous les hoinmes ?

» Voilà à peu près ce que nous disions, et vous sa. vez, ô mon Dieu, que ce même jour, pendant que nous

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