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traité de la Monarchie (de Monarchiâ) qui, selon toute vraisemblance, a été composé vers cette même année 1313, lorsque tout dévoué à la faction gibeline, il crut devoir prouver scientifiquement que les droits de la monarchie impériale, fondés sur ceux de l'empire romain, ne relevaient que de Dieu seul, et non du SaintSiège. Ce morceau fort curieux en lui-même, est l'acto politique le plus important de la vie de Dante, parce qu'en défendant le parti gibelin auquel il se rattachait , le poète traita et trancha même la grande question de la rivalité des papes et des empereurs, soulevée depuis deux siècles et demi , par Grégoire VII (1).

Dante eut sans doute la précaution de ne pas avouer cet ouvrage de son vivant, car cette manière scientifique de réduire à néant les prétentions de la cour de Rome, jointe aux satires virulentes contre les pontifes, si fréquentes dans ses poèmes, aurait achevé de le mettre mal avec la Sainte Inquisition. Heureusement il n'en fut pas ainsi, quoique l'on ait de la peine à saisir la nuance de sévérité et d'indulgence qui engagea le Saint Office à épargner Dante, tandis qu'il fit brûler vif le pauvre Cecco d'Ascoli, mauvais poète contemporain dont on aurait pu se contenter de jeter simplement le livre de l'Acerba dans les flammes, ce qui aurait fait beaucoup plus d'honneur à la justice des inquisiteurs. Quoiqu'il en soit, il paraît que Dante fut accusé d'hérésie à différentes époques de sa vie, et l'on sait même par une note qui se trouve en tête d'un ancien manuscrit de sa paraphrase en vers du Credo, qu'il se crut obligé de faire cette profession de foi catholique, pour éviter les poursuites que

(1) Voyez Florence et ses vicissitudes, t. II, pages 66-98.

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voulaient commencer contre lui des Frères Mineurs, docteurs en théologie qui, blessés de la manière plus que cavalière dont il a traité les Religieux de cet ordre dans les X et XIIe chants de son Paradis, avaient désigné plusieurs d'entre eux pour étudier soigneusement toutes les parties des ouvrages du poète, et s'assurer si il ne s'y trouverait rien qui pût le faire brûler, lui et ses livres, comme héritiques (1).

Un écrit qui fait grand honneur au caractère de Dante, est la lettre qu'il adressa à un Religieux de ses amis à Florence, en 1315, lorsque l'on fit quelques efforts dans cette ville , en faveur des bannis contre lesquels on venait de prononcer la troisième sentence qui frappait encore le poète errant et malheureux. Exilé, privé de ses biens, on consentait à ce qu'il rentrât dans sa ville natale, mais sous la condition qu'il paierait une somme d'argent destinée à être offerte en amende honorable à l'autel Saint-Jean. L'innocence et la fierté du poète ne purent lui faire accepter un pardon qui l'aurait fait juger coupable, et après avoir donné toutes les raisons qui pouvaient justifier son refus , il termina sa lettre en disant : « Non, mon père, ce n'est pas là la vraie voie pour rentrer au sein de la patrie. Mais si vous, ou d'autres , pouvez en trouver une qui convienne à l'honneur et à la réputation de Dante, croyez que je ne tarderai pas à la suivre pour rentrer dans mon pays. Que si je ne puis rentrer à Florence par un chemin honorable, alors je n'y rentrerai jamais. Et pourquoi non ? en quelque lieu

(1) ... « E fù commesso ne' più solenni maestri che studiasseno nel suo libro se vi trovassenno cosa da farlo ardere, e simile lui per eretico, u

que je me trouve, ne verrai-je pas le soleil et les étoiles ? Ne pourrai-je pas toujours me livrer, sous la voûte du ciel, aux douces spéculations de la vérité, sans que, privé de gloire et chargé même d'ignominie , j'aille me rendre à la discrétion de ce peuple et de cette cité de Florence ? Après tout, on ne manque jamais do pain ! »

Aucun renseignement positif ne nous est resté sur l'époque à laquelle il a composé son traité de Vulgari eloquio; mais l'objet même de l'ouvrage, c'est à dire la comparaison des différentes langues ou dialectes de l'Italie, fait croire que Dante a commencé ce travail de très bonne heure. En supposant même qu'il ne l'ait rédigé qu'à la fin de sa carrière, il est vraisemblable qu'il s'en est occupé pendant tout le cours de sa vie. Plusieurs passages de la Vie nouvelle semblent indiquer que, jeune encore, la linguistique le préoccupait déjà, et qu'il pensait à perfectionner la langue vulgaire, au point de la substituer, comme il le fit en effet, à la lan

gue latine.

Rien n'est si incertain ni si vague que les détails que l'on donne sur la vie de Dante pendant son exil, et durant les quinze dernières années de sa vie. On sait qu'il fut accueilli par les seigneurs de Véronne, Alboin et Bartoloméo de la Scala, puis enfin par Kan le grand, frère de ce dernier. Kan le grand honora particulièrement Dante dans ses malheurs, et c'est à ce prince que le poète a adressé une lettre par laquelle il lui fait connaître la marche allégorique qu'il a cru devoir suivre dans la composition de ses trois fameuses Cantiques, dont il lui dédia le dernière, celle du Paradis.

Jean Villani prétend que Dante, vers la fin de sa vie, fut chargé d'une ambassade auprès de la république de

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Venise, de la part du prince de la Polenta. Mais, s'il faut en croire les auteurs qui ont parlé de cette commission, tout en prouvant le cas que l'on faisait du caractère honorable du poète florentin exilé, cette fonction diplomatique lui aurait tourné assez mal , par l'indiscrétion avec laquelle il aurait, dit-on, parlé des Vénitiens, dans une lettre adressée au prince qui l'avait envoyé près d'eux.

En admettant cette tradition, ce serait à son retour de Venise à Ravenne, qu'il serait tombé malade dans cette ville où il est mort le 14 septembre 1321, à l'âge de cinquante-six ans (1). Il y fut enseveli avec pompe, et voici l'étrange épitaphe qu'il s'était, dit-on, préparée :

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JURA MONARCHIÆ, superos, Phlegetonta , lacusque,
Lustrando cecini, voluerunt fata quousque :
Sed quia pars cessit melioribus hospita castris,
Auctorem que ducem petiit, felicior astris.
Hîc claudor Dantès patriis extorris ab oris,
Quem genuit parvi Florentia Mater amoris.

«« En visitant les lieux supérieurs (Paradis), ceux arrosés par le Phlegéton (Enfer), et les lacs (Purgatoire,

(1) Ceux des lecteurs qui désireraient prendre connaissance des recherches approfondies faites sur la vie de Dante , pourront consulter priucipalement : « La II“ parte delle cronichette d'Italia, compilale de G. Degli Orelli. Coira. 1822. Il Veltro allegorico, overo Vita di Dante e di U. della Faggiola, del C. Troya. Firenze 1826. Vita di Dante scritta da Cesare Balbo. Torino, 1839. Histoire de Dante Alighieri, par M. le Ch. Artaud de Montor. Paris, 1841. Gli Amori di Dante et Beatrice da F. Arrivabene. Mantova 1833, etc.

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qui forme une ile au milieu des eaux), j'ai chanté les DROITS DE LA Monarchie autant que l'ont permis les destins. Mais comme la partie étrangère mon corps) s'en est allée dans un meilleur lieu, et que plus heureuse elle est montée aux cieux et a été trouver l'auteur et le chef de toutes choses, c'est ici que je suis renfermé, moi, Dante, exilé de ma terre natale, moi, à qui Florenco, mère peu tendre, a donné le jour. »

Les ouvrages qui nous restent de ce grand homme, outre ses trois grands poèmes, l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis sont, la Vie nouvelle, le Banquet d'amour, le Traité du langage vulgaire, un recueil de Poésies, chansons, sonnets et ballades ; sept lettres, des Paraphrases en vers , du Credo, du Pater et des Psaumes de la pénitence, et des Éclogues latines. On prétend qu'il avait composé une histoire des Guelfes et des Gibelins ; mais

5 il n'est pas resté trace de cet ouvrage, non plus que d'un traité écrit en latin, intitulé : « Tractatum de symbolo civitatis Jerusalem et almæ Romce. »

En sa qualité d'Italien, Dante, poète et linguiste, tient dans son pays une place analogue à celle qu'occupe Homère en Grèce. Il échauffa et féconda, dans l'esprit de ses compatriotes, le germe de toutes les connaissances intellectuelles. Considéré sous ce rapport seulement, Alighieri peut être placé au nombre des plus grands hommes des temps modernes.

Mais là ne se bornent pas son influence et sa gloire ; car ses écrits ont fait prévaloir dès le commencement du xive siècle, des idées et des opinions fondamentales, qui se sont aussitôt propagées dans toute l'Europe, et dont l'influence se fait encore sentir de nos jours. On ne saurait nier que la poésie amoureuse ne date

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