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velle intelligence qu'Amour en pleurs met en lui et qui le fait monter si haut.

>> Arrivé là où Amour le désire, il (le soupir) voit une Dame entourée d'honneurs et dont l'éclat est si resplendissant qu'à l'aide de tant de lumières l'esprit-pélerin la contemple et l'admire.

» Il la voit telle que, quand il m'en rapporte des nouvelles, je ne le comprends pas; car il parle à mon coeur désireux de l'entendre, un langage que ne saisit pas mon intelligence.

» Je sais cependant qu'il parle de cette noble personne, puisqu'il rappelle souvent le nom de Béatrice, de telle façon, mes Dames, que ceci, je l'entends trèsbien. »

Après avoir terminé ce sonnet , j'eus une vision extraordinaire pendant laquelle je fus témoin de choses qui me firent prendre la ferme résolution de ne plus rien dire de cette Bienheureuse, jusqu'à ce que je pusse parler tout-à-fait dignement d'elle. Et pour en venir là, j'étudie autant que je peux, comme elle le sait très-bien, Aussi , dans le cas où il plairait à Celui par qui toutes choses existent, que ma vie se prolongeât, j'espère dire d'elle ce qui n'a jamais encore été dit d'aucune autre ; et ensuite qu'il plaise à Celui qui est le seigneur de la courtoisie que mon âme puisse aller voir la gloire de la Dame, c'est-à-dire la bienheureuse Béatrice, qui regarde glorieusement en face Celui qui est per omnia sæcula benedictus. Laus Deo.

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ENTRE

LES FIDÈLES D'AMOUR.

Pour ne point surcharger le texte de la Vie nouvelle d'une note trop longue, et donner aux correspondances des poètes contemporains de Dante, toute l'attention qu'elles réclament, j'ai reporté ici ce qui a été conservé de ces étranges documents littéraires, afin de les présenter en ordre et de manière à ce que les efforts que l'on tentera pour en pénétrer le véritable sens, se fassent plus facilement.

Au commencement de la Vie nouvelle (page 156), Dante, après avoir eu une vision, dit : « Qu'il se décida' à composer un sonnet dans lequel il saluerait tous les Fidèles d'Amour ; » puis il ajoute que, pour les prier de juger sa vision, il leur envoya ce sonnet qui commence par ces mots : A chaque âme éprise , etc. Il dit ensuite qu'au nombre de ceux qui lui répondirent est Guido Cavalcanti , et que cette correspondance fut en quelque sorte l'origine de l'amitié qui s'établit entre eux.

Non-seulement on a le sonnet que répondit Cavalcanti, mais on possède aussi ceux que Cino de Pistoia et Dante de Maiano ont faits et envoyés en cette même occasion. Parmi les bizarreries sans nombre que présente

les compositions des poètes dantesques, il n'y en a peut-être pas de plus étranges que ces réponses à l'appel du grand poète demandant l'explication de sa vision aux Fidèles d'Amour. Est-ce le résultat d'un jeu d'esprit, comme les cours d'Amour; ou, sous ce langage rendu obscur volontairement, ces poètes du xive siècle s'entretenaient-ils des questions politiques les plus sérieuses, comme on le prétend de nos jours ? C'est ce qu'il n'est pas facile de décider encore. Mais ce qui est certain , est que l'esprit se refuse à admettre l'idée que des hommes tels que Dante Alighieri, Guido Cavalcanti et la plupart de leurs contemporains, se soient contentés d'un verbiage qui , pris à la lettre , n'offre absolument aucun sens et ne fait naître aucun intérêt. Le bon sens porte donc à penser que , sous ces allégories forcées et incohérentes, il y avait des idées et par conséquent des

y sentiments et des opinions. Je donne donc le texte et la traduction de ces sonnets avec le même respect aveugle qui fait conserver dans nos bibliothèques des manuscrits inintelligibles, dans l'espérance que quelque savant OEdipe en déchiffrera les énigmes.

DANTE

AUX FIDÈLES D'AMOUR.

A chaque âme éprise, à tout noble coeur à qui ce présent sonnet parviendra, afin qu'ils en disent leur avis, salut ! au nom de leur seigneur, c'est-à-dire Amour.

Le tiers des heures, pendant lesquelles les étoiles sont le plus brillantes, était passé, quand Amour m'apparut tout-à-coup; Amour dont l'essence me remplit de crainte quand j'y repense.

Amour me semblait gai, tenant mon cour dans sa

DANTE ALIGHIERI

AI FEDELI D'AMORE,

A ciascun' alma presa, e gentil core

Nel cui cospetto viene il dir presente,
In cio che mi riscrivan suo parvente,

Salute in lor signor, cioè Amore.
Già eran quasi ch'aterzate l'ore

Del tempo ch' ogni stella n'è lucente,
Quando m'apparve Amor subitamente,

Cui essenza membrar mi dà orrore.
Allegro mi sembrava Amor, tenendo

main, et soutenant dans ses bras une Dame endormie et enveloppée dans un voile.

Puis il la réveillait, et faisait repaître humblement la Dame épouvantée de ce ceur ardent. Après je le voyais fuir en pleurant.

RÉPONSE

DE GUIDO CAVALCANTI A DANTE ALIGHIERI,

Tu as vu, selon moi (dans ton songe), tout ce qu'un homme peut connaître de fort, d'agréable et de bon, si en effet tu as été mis à pareille épreuve par le puissant seigneur Amour qui domine le monde de l'honneur.

Mio core in mano, e nelle braccia avea

Donna avvolta in un drappo dormendo.
Poi la svegliava, e d'esto core ardendo

La paventosa umilmente pascea :
Appresso gir lo ne vedea piangendo.

RISPOSTA

DI GUIDO CAVALCANTI,

Vedesti a'l mio parere, ogni valore

E tutto gioco, e quanto bene huom sente;
Se fosti in pruova de'l signor valente
Che signo reggia il mondo de'l honore.

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