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de grands chemins. Pour votre Henri VII il n'était

qu'un coupeur de bourse, etc. Je suis avec respect, etc.

CLXXV.

A MADAME LA DUCHESSE DE CHOISEUL.

15 juillet.

La femme du protecteur est protectrice, la femme du ministre de la France pourra prendre le parti des Français contre les Anglais, avec qui je suis en guerre. Daignez juger, madame, entre M. Walpole et moi. Il m'a envoyé ses ouvrages, dans lesquels il justifie le tyran Richard III, dont ni vous ni moi ne nous soucions guère; mais il donne la préférence à son grossier bouffon Shakespeare sur Racine et sur Corneille, et c'est de quoi je me soucie beaucoup.

Je ne sais par quelle voie M. Walpole m'a envoyé sa déclaration de guerre; il faut que ce soit par M. le duc de Choiseul, car elle est très spirituelle et très polie. Si vous voulez, madame, être médiatrice de la paix, il ne tient qu'à vous. J'en passerai par ce que vous ordonnerez.Je vous supplie d'être juge du combat. Je prends la liberté de vous envoyer ma réponse. Si vous la trouvez raisonnable, permettez que je prenne encore une autre liberté, c'est de vous supplier de lui faire parvenir ma lettre, soit par la poste, soit par M. le comte du Châtelet.

Vous me trouverez bien hardi; mais vous pardonnerez à un vieux soldat qui combat pour sa patrie, et qui, s'il a du goût, aura combattu sous vos ordres.

CLXXVI.

A M. LE COMTE D'ARGENTAL.
27 juillet.

Vous savez, mon cher ange, que vos ordres me sont sacrés, et que le souffleur de la Comédie aura son petit recueil, si la douane des pensées le permet. J'ai adressé le paquet à Briasson le libraire, et l'ai prié de le faire rendre audit souffleur.Le succès de cette affaire dépend de la chambre syndicale.Vous savez quej'ai peu de crédit dans ce monde.J'espère en avoir un peu plus dans l'autre, grace aux bons exemples que je donne. Je ne suis pas revenu de ma surprise, quand on m'a appris que ce fanatique imbécile d'évêque d'Anneci, soi-disant évêque de Genève, fils d'un très mauvais maçon, avait envoyé au roi ses lettres et mes réponses. Ces réponses sont d'un père de l'église qui instruit un sot. Je ne sais si vous savez que cet animal-là a encore . sur sa friperie un décret de prise de corps du parlement de Paris, qu'il s'attira quand il était porte-Dieu à la Sainte-Chapelle-Basse. En tout cas, je suis très bien avec mon curé, j'édifie mon peuple; tout le monde est content de moi, hors les filles. Que Dieu vous ait en sa sainte garde, mes chers anges ! Je ne sais pas ce que c'est que la vie éternelle, mais celle-ci est une mauvaise plaisanterie. A propos, j'ai coupé la tête à des colimaçons : leur tête est revenue au bout de quinze jours ; le tonnerre les a tués ; dites à vos savans qu'ils m'expliquent cela.

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CLXXVII.

A MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND. 3o juillet.

Voici des thèmes, Dieu merci, madame. Vous savez que mon imagination est stérile quand elle n'est pas portée par un sujet, et que, malgré mon attachement de plus de quarante années, je suis muet quand on ne m'interroge pas.Je suis un vieux Polichinelle qui a besoin d'un compère. Vous me dites que le président est à plaindre d'avoir quatre-vingts ans; ce sont ses amis qui sont à plaindre. D'ailleurs, pensez-vous que soixante-quinze ans, avec des maladies continuelles et des tracasseries plus tristes encore, ne vaillent pas bien quatre-vingts ans ? Nous sommes tous à plaindre, madame; il faut faire contre nature bon cœur. Vous me parlez du janséniste ou de l'ex-janséniste La Bletterie : je suis son serviteur. Il logeait autrefois chez ma nièce Florian, et ne cessait de dire du mal de moi. Il imprime aujourd'hui que j'ai oublié de me faire enterrer; ce tour est neuf, agréable et très bien placé dans une traduction de Tacite. Ai - je eu tort de lui prouver que je suis encore en vie ? On m'a écrit que, dans une autre note aussi honnête, il se contredit, il veut qu'on m'enterre à la façon de mademoiselle Lecouvreur et de Boindin. Vous m'avouerez que, pour peu qu'on ait du goût pour les obsèques, on ne tient point à ces bonnes plaisanteries. Sérieusement, je ne vous comprends pas, et je ne retrouve ni votre amitié ni votre équité, quand vous me dites que je devais me laisser insulter par un homme qui a dédié une traduction à M. le duc de Choiseul. Je crois M. le duc de Choiseul et votre grand'mère trop justes pour m'immoler à La Bletterie. Vous m'affligez sensiblement. Je n'aime ni la traduction de Tacite, ni Tacite même comme historien.Je regarde Tacite comme un fanatique pétillant d'esprit, connaissant les hommes et les cours, disant des choses fortes en peu de paroles, slétrissant en deux mots un empereur jusqu'à la dernière postérité; mais je suis curieux, je voudrais connaître les droits du sénat, les forces de l'empire, le nombre des citoyens, la forme du gouvernement, les mœurs, les usages. Je ne trouve rien de tout cela dans Tacite; il m'amuse, et Tite-Live m'instruit. Il n'y a d'ailleurs dans Tacite ni ordre ni dates; le président m'a accoutumé à ces deux choses essentielles. M. Walpole est d'une autre espèce que La Bletterie. On fait la guerre honnêtement contre des capitaines qui ont de l'honneur; mais pour les pirates, on les pend au mât de son vaisseau. J'adresserai à votre grand'mère ce que je pourrai faire venir d'Hollande. Je sais qu'elle est un très honnête homme. Je compte d'ailleurs sur sa protection, autant que je suis charmé de son esprit juste et délicat. Sans justesse d'esprit il n'y a rien. Souvenez-vous toujours, madame, que lorsque je cherche et que j'envoie ces bagatelles pour vous amuser, je vous conjure, au nom de l'amitié dont vous m'honorez depuis long-temps, de ne les confier qu'à des personnes dont vous soyez aussi sûre que de vousmême, et de ne pas prononcer mon nom. Il y a des gens qui diraient à peu près comme le curé de La Fontaine :

Autant vaut l'avoir fait que de vous l'envoyer.

Je ne fais rien que mes moissons, et le Siècle de Louis XIV que je pousse jusqu'à 1764.J'y rends justice à tous ceux qui ont servi la patrie, en quelque genre que ce puisse être, à tous ceux qui ont été Français et non Welches.Je ne suis ni satirique ni flatteur; je dis hardiment la vérité. Voilà mes seules occupations. Je n'en suis pas moins persécuté par des fanatiques; mais heureusement le fanatisme est sur son déclin, d'un bout de l'Europe à l'autre. La révolution qui s'est faite depuis vingt ans dans l'esprit humain est un phénomène plus admirable et plus utile que les têtes qui reviennent aux limaçons. A propos, madame, le fait est vrai ;j'en ai fait l'expérience; j'ai eu peine à en croire mes yeux. J'ai vu des limaçons à qui j'avais coupé le cou manger au bout de trois semaines.Saint Denis porta sa tête, comme vous savez, mais il ne mangea pas. Adieu, madame; conservez la vôtre. Hélas! il revient des yeux aux limaçons.Adieu, encore une fois. Que je vous plains ! que je vous aime! que la vie est courte et triste !

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F E R M IER G É N É R A L.
A Ferney, le 13 auguste.

Monsieur, M. Marmontel, votre ami et le mien, vous a dit sans doute ou vous dira combien notre langue répugne au style lapidaire, à cause de ses verbes auxiliaires et de ses articles. Il vous dira qu'une épigraphe en vers est encore plus difficile, et que de cent il n'y en a pas une de passable, excepté celles qui sont en style burlesque : tant le génie de la nation est tourné à la plaisanterie !

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